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Assurance-chômage, encore la faute à l’Europe ?

Le gouvernement relance sa réforme de l’assurance chômage en pleine pandémie, avec comme souci premier de s’attaquer les prestations pour réduire la dette de l’UNEDIC. Soyons clairs, ceci risque d’aboutir à des pertes massives pour la partie la plus précaire de notre population.

La responsabilité en revient à l’Europe, bien entendu. Laissons en paix François Asselineau, pour une fois, et tournons nous vers les économistes atterrés. Henri Sterdyniak ne nous l’envoie pas dire, nous apprenons dès le résumé de son papier que « le gouvernement maintient une réforme de l’assurance-chômage, conforme aux exigences des instances européennes. » Puis dans l’introduction : « Ne pas y renoncer aujourd’hui, c’est lancer un signal fort aux marchés financiers et au patronat comme aux instances européennes. »

Tout est clair ! Chers amis, nous sommes gouvernés depuis Bruxelles, le gouvernement français prend ses ordres auprès de la Commission. Sommes-nous encore en démocratie ?

On aura pas le mauvais goût de rappeler que les règles budgétaires, obligatoires depuis Maastricht, sont souverainement ignorées par la France. Autant dire que les recommandations non obligatoires de la Commission n’y sont pas lues avec un effroi sacré.

Mais passons. Quelqu’un a-t-il eu la curiosité de lire les recommandations de Bruxelles à la France en matière d’assurance chômage ? Pas ceux qui les dénoncent, apparemment.

Pour la bonne bouche, commençons par les recommandations de cette année. Elles sont fort courtes, rappellent que le pacte de stabilité et de croissance est mis de côté pour la durée de la pandémie et appellent  : « à prendre toutes les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre la pandémie, stimuler l’économie et soutenir la reprise qui s’ensuivra; lorsque la situation économique le permettra, à mener des politiques budgétaires visant à parvenir à des positions budgétaires à moyen terme prudentes […] à atténuer les conséquences de la crise sur le plan social et de l’emploi, notamment en promouvant l’acquisition de compétences et un soutien actif pour tous les demandeurs d’emploi »

En d’autres termes, l’Europe appelle la France à ne pas réduire les allocations chômage pendant la pandémie ni pendant la reprise, et on verra après pour les déficits. Le projet du gouvernement va donc CONTRE les recommandations européennes, ce dont nous ne serions pas au courant si nous écoutions nos critiques de l’Europe en pilotage automatique.

Bien sûr ! Mais nous connaissons le fonds de sauce, et le Gouvernement ne fait qu’anticiper les ordres habituels de la Commission coincée dans son ornière néolibérale ! Que nous disent les économistes atterrés? « Les gouvernements successifs et les économistes néo-libéraux prétendent résoudre la question de l’emploi, et plus précisément de l’emploi dit non qualifié, par la compression des bas salaires et la flexibilité de l’emploi. Pendant longtemps, ils ont asséné l’idée que le système d’assurance chômage, et plus largement l’ensemble des dépenses sociales, doivent encourager les salariés privés d’emploi à accepter des emplois précaires, même moins rémunérés ou à temps partiel. » Le Gouvernement ne lutte pas contre le travail précaire, bien au contraire.

Prenons donc les recommandations européennes de l’an dernier, et lisons :

« Le marché du travail français reste fortement segmenté. Près de 85 % des nouvelles embauches se font sous la forme de contrats à durée déterminée (CDD), alors que le taux de conversion des CDD en contrats à durée indéterminée (CDI) est l’un des plus faibles de l’Union. Par ailleurs, la proportion de salariés qui travaillent à temps partiel sans l’avoir choisi est très élevée, puisqu’elle a atteint 42,3 % de l’ensemble du travail à temps partiel en 2018. La réforme prévue du système d’assurance-chômage (Unédic) vise à lutter contre la segmentation du marché du travail en réduisant les incitations à l’embauche en contrats de très courte durée et aux réembauches, et à réduire la dette du système. Des négociations entre les partenaires sociaux concernant le système d’assurance-chômage ont débuté à l’automne 2018. L’objectif était: i) de désendetter le système, ii) de revoir les incitations au retour à l’emploi pour les chômeurs et iii) de trouver un mécanisme incitatif pour réduire la propension à embaucher en contrats de très courte durée. » L’Europe appelle donc « à favoriser l’intégration de tous les demandeurs d’emploi sur le marché du travail, à garantir l’égalité des chances, en mettant particulièrement l’accent sur les groupes vulnérables, notamment les personnes issues de l’immigration, et à remédier aux pénuries et aux inadéquations de compétences. »

La mise en place de mécanismes de lutte contre l’emploi précaire semble important aux yeux de l’Europe, sauf à ce qu’on ne sache pas lire ?

Il s’est créé une espèce de doxa dans laquelle l’Europe serait un carcan qui orienterait et dirigerait nos vies selon un cadre néo-libéral univoque. Cette illusion est particulièrement dangereuse pour la Gauche, car elle empêche de penser sereinement les conditions de l’amélioration sociale. Et de regarder nos responsabilités.

L’expérience Hollande n’a pas échoué sur l’Europe. La France a été le seul pays européen à ne pas réduire sa dépense sociale en réponse à la crise des finances publiques, et ne s’est pas préoccupé de réduire sensiblement son déficit. Elle s’est heurtée à un ras-le-bol fiscal qui a obéré les moyens d’action de la gauche au pouvoir. Toute tentative de renouveau à gauche qui ne cherche pas les leçons de cette expérience historique est condamnée à vaticiner vainement sur des boucs émissaires.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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7 Commentaires

  1. Adhérent CFDT attaché à l’intégration européenne et hostile à la réforme française de l’assurance chômage, je trouve que vous traitez un sujet très important. Tous les medias que je consulte présentent comme une évidence que l’Europe exige de al France une réforme de l’assurance chômage pour débloquer le versement des fonds du plan de relance. Du coût je trouve que l’article ne va pas assez loin. Il emploie même dans le titre le registre de l’ironie et se contente de citer des textes de la Commission qui restent ambigus. Il faut prendre une position beaucoup plus nette.
    En fin d’article vous dénoncez la gauche française pour laquelle le marqueur de gauche est d’augmenter toujours la pression fiscale. . Vous avez raison et il faut prendre sur ce point des positions très claires.
    Je vous encourage à aller plus loin.

  2. Si ce n’est pas la faute à lEurope,alors c’est la faute à Macron…. alors faut faire quoi ? S’en prendre aux dirigeants qui ne veulent que suivre les intérêts de la Finance, sans s’apercevoir que plein de choses sont en train de changer, à commence par l
    Les États-unis et même l’Allemagne semble avoir compris qu’il fallait vraiment partir sur la voie du social et de l’ écologie ! Encore que la France n’est pas la plus mal lottie en matière sociale quand on la compare aux autres Européens, je vis au Portugal et je constate tout simplement. Et là l’Europe a besoin d’harmoniser ses lois et ses règles du jeu économique.
    Je suis de gauche, c’est peu de le dire, et bien de gauche, mais pour une Europe ffffirte sociale, écologique, armée, avec lz contribution de TOUS les pays de l’union.
    Jai apprécié votre texte aujourd’hui, bien à vous Danielle Foucaut Dinis

    1. Bonjour à une fidèle habituée !
      Comme vous pourrez le lire dans une réponse à un autre commentaire, on ne peut que saluer le dynamisme de la présidence portugaise actuelle de l’Union à la tête du Conseil réunissant différentes formations au niveau des ministres. Je suis de plus en plus convaincu que le salut de l’UE viendra essentiellement du Sud… parole de cht’i (d’adoption) !

  3. Pourquoi avez-vous rétréci l’espace d’écriture à une ligne mal lisible en plus ????Je n’ai pas pu me relire et j’ai laissé des fautes involontaires… !!!!!!!

  4. Il semble que Henri Sterdyniak ait commis le crime de lèse-majesté Commission Européenne!
    La rédaction de SLE voudrait-elle nous convaincre que la Commission Européenne actuelle a renoncé à ses credo néolibéraux et qu’elle est devenue un ardent défenseur des politiques sociales ?
    S’opposer à cette orientation libérale de la commission en formulant des projets d’avancées sociales est certainement une excellente manière de promouvoir l’idée européenne, celle des peuples plutôt que celle des marchés

    1. C’est à juste titre que vous précisez: la Commission européenne « actuelle ». Ayant contribué aux travaux de cette institution en d’autres temps, je ne peux dissimuler l’irritation que j’éprouve parfois en présence de certaines dérives excessivement « libérales » qui entravent le progrès vers des approches plus en phase avec les attentes des citoyens de l’UE.

      Cela dit, sur le terrain politique, on ne peut non plus ignorer l’emboîtement des « tuyaux » qui conduisent à pareille situation. Si la majorité des membres de la Commission aujourd’hui en place reflète une tendance idéologique apparemment prédominante dans les cercles dirigeants, c’est parce qu’ils ont été les candidats de gouvernements eux-mêmes marqués du sceau d’un certain conservatisme – mais procédant en fin de compte, et avec des nuances d’un pays à l’autre, d’un vote populaire privilégiant cette tendance. Un tel constat est aujourd’hui-même corroboré par l’exemple tout frais du résultat des élections régionales en Espagne où, à Madrid (vote anticipé), la droite a « cartonné » aux dépens, notamment, des socialistes.

      Quant à ce que vous qualifiez ironiquement de « crime de lèse-majesté Commission européenne », il semblerait que, là encore, l’actualité de ces dernières semaines en ait déjà donné une illustration largement médiatisée avec l’incident protocolaire d’Ankara, où la présidente de l’institution a publiquement éprouvé un sentiment de « mal à l’aise – majesté »…

      En fait, pour en revenir aux questions de fond évoquées dans l’article, j’éviterai pour ma part de jeter inconsidérément le bébé avec l’eau du bain.

      Certes, encore une fois, l’observation de la partie apparente de l’iceberg offre la vision d’une glaciation quasi-polaire en matière sociale (où, du reste, la compétence des Etats membres est prédominante selon les attributions définies par les traités).

      Mais, en se risquant un peu plus dans les profondeurs – notamment à la veille d’un « Sommet social » que la présidence portugaise actuelle a souhaité organiser à Porto dans les jours qui viennent – on ne peut non plus ignorer que la Commission von der Leyen s’est aussi donné pour mission, en liaison avec le Conseil européen, de faire fructifier un héritage recueilli de la précédente Commission présidée par Jean-Claude Juncker: à savoir un « socle européen des droits sociaux », que le Parlement européen, le Conseil (au niveau des ministres) et la Commission ont entériné à l’issue d’un précédent Sommet social réuni dans la ville suédoise de Göteborg en novembre 2017.

      Aussi, pour ne pas prolonger un commentaire déjà assez long – ce qui serait peu apprécié des habitués de « Sauvons l’Europe » – je me limiterai à attirer l’attention sur un très intéressant article que l’Institut Jacques Delors a publié le 3 mai sous la signature de deux chercheuses dans le domaine social. L’article est accessible sur le site de l’Institut via le lien suivant:
      https://institutdelors.eu/publications/sommet-social-de-porto-passer-des-principes-a-laction/

      Bonne lecture !

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