De la Méditerranée à l’Europe centrale, des territoires agricoles aux grandes métropoles, une même urgence s’impose : préserver une ressource en eau qui se raréfie, protéger des milieux naturels à bout de souffle et adapter nos pratiques agricoles. Avec quels moyens financer ces transformations ? En tant que présidente du Comité européen des régions (CrR), j’ai cosigné cette tribune dans Ouest-France (vendredi 4 septembre) avec le président de la région Bretagne (Loïg Chesnais-Girard) et Isabelle Boudineau (conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine et présidente de la délégation française du CdR) pour que le prochain budget européen soit à la hauteur et permette aux territoires d’agir.
La sécheresse n’est plus un phénomène exceptionnel en Europe : elle s’installe dans la durée et affecte l’agriculture, l’industrie, les écosystèmes, notre santé et, plus largement, la capacité de nos territoires à vivre et produire durablement.
La Bretagne n’est pas épargnée. Malgré son climat océanique, les épisodes successifs de sécheresse fragilisent cultures, végétaux et élevages, tandis que la ressource en eau se raréfie. Après des semaines de canicule et sans précipitations, sols et cours d’eau atteignent des niveaux critiques, avec des conséquences multiples : restrictions d’eau, chaînes alimentaires sous tension, navigation compromise, production électrique fragilisée.
De la Méditerranée à l’Europe centrale, des territoires agricoles aux grandes métropoles comme Budapest, une même urgence s’impose : préserver une ressource en eau qui se raréfie, protéger des milieux naturels à bout de souffle et adapter nos pratiques agricoles. Et surtout, avec quels moyens financer les politiques nécessaires pour accompagner ces transformations ?
Ces enjeux doivent figurer parmi les priorités du prochain cadre financier pluriannuel européen pour 2028-2034 négocié cet automne. La contradiction d’exiger des agriculteurs, entreprises, collectivités et territoires qu’ils investissent massivement dans l’adaptation au changement climatique tout en réduisant les moyens européens consacrés à cette ambition ne sera pas acceptable.
Nous avons besoin d’une politique de cohésion forte, prévisible et suffisamment dotée pour financer la modernisation des réseaux d’eau, la réduction des consommations, la restauration des écosystèmes, la résilience des exploitations et des entreprises et les infrastructures nécessaires à l’adaptation. La politique agricole commune doit répondre à la même exigence et rester le premier levier de soutien aux agriculteurs. L’affaiblir reviendrait à leur retirer les moyens d’engager des transformations exigeantes mais indispensables.
Investir dans des modèles plus robustes n’est pas une dépense que l’Europe peut repousser. Chaque euro consacré aujourd’hui à la prévention, à l’adaptation et à la sobriété permettra d’éviter demain des coûts bien plus élevés.
C’est pourquoi le prochain budget européen ne peut se traduire par une politique de cohésion moins ambitieuse ou moins accessible. Supprimer les critères européens garantissant les enveloppes de cette politique pour les régions en transition et les régions plus développées, qui incluent l’ensemble des régions métropolitaines françaises, serait une lourde erreur. Toutes les régions doivent pouvoir accélérer leur transition environnementale et énergétique et préserver la cohésion économique et sociale de leurs territoires.
La gouvernance sera tout aussi déterminante. Simplifier ne doit pas signifier centraliser. Les régions et collectivités doivent être pleinement associées à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des futurs plans nationaux et régionaux, car elles connaissent les besoins et réalités de leurs territoires.
L’Europe doit être cohérente. Le prochain budget européen n’est pas un exercice technique : c’est un choix politique majeur entre une Europe qui concentre les financements et les décisions et une Europe qui investit dans ses territoires et leur fait confiance.
Notre choix est clair : face au changement climatique, l’Europe doit donner aux territoires les moyens d’agir.

Crédit photo illustration : Franck Dubray / Ouest France


