Vieux d’une décennie, le référendum britannique sur l’Europe du 23 juin 2016, suivi du Brexit le 31 décembre 2020, restent l’incarnation la plus aboutie d’une « alter-vérité » l’emportant dans les urnes, puis des effets délétères à long terme d’un populisme lorsqu’il accède au pouvoir. Dix ans après leur vote, les citoyens britanniques de toutes tendances politiques estiment que la décision de quitter l’UE a eu un impact « négatif » sur leur pays. Qu’il s’agisse du coût de la vie (66% d’opinions négatives), de l’état de l’économie (65%), des opportunités pour les jeunes (57%), y compris même concernant la lutte contre l’immigration clandestine (56%). Lorsqu’on leur demande d’identifier les principaux avantages du Brexit, la réponse la plus fréquente est : « Je ne sais pas ». En parallèle, la vie politique ne s’en ai pas trouvé « ressourcée », ballotée entre fantasme et réalité. La récente démission du Premier ministre travailliste Keir Starmer est la sixième en à peine dix ans. Tous ont quitté Downing Street, laminés et défaits, avant même la fin attendue de leur mandat.
La campagne pro-Brexit s’était matérialisée au travers du fameux bus rouge de Boris Johnson sillonnant le pays avec la promesse : « Nous versons 350 millions de livres sterling chaque semaine à l’UE, finançons plutôt notre NHS (service de santé national) ». Dès l’annonce de leur victoire, les leaders du Brexit avouaient sans vergogne avoir menti. Leur promesse ne pourrait pas être tenue. Ce bus rouge n’était rien de plus qu’un mirage, celui d’une restauration narcissique et matériel pour les exclus du Thatchérisme et du Blairisme.
En fait, le referendum de 2016 avait surtout soldé une fracture territoriale et sociale de plus de 30 ans. Durant les années 1980, Margaret Thatcher avait brutalement détruit l’univers industriel et minier britannique. « La décennie Tony Blair » avait ensuite concentré et policé la richesse au profit de l’Angleterre des « inclus », oubliant l’autre Angleterre… Enfin, David Cameron avait institutionalisé l’austérité budgétaire, particulièrement des services publiques. Du coup l’Angleterre des « exclus » avait voté massivement (70%) pour le Brexit.
A moins d’un an de la présidentielle française, « la vérité du Brexit » vient d’être crûment rappelée sur Euronews par Michel Barnier, notre monsieur Brexit. Une vérité à destination des futurs Blair et Cameron du scrutin français : « Aucune démocratie ne peut ignorer durablement les inquiétudes populaires. Le vote britannique a exprimé des colères réelles : le sentiment d’un déclassement économique, l’impression d’une mondialisation sans protection, la fermeture d’usines et de services publics, l’affaiblissement des territoires ruraux et industriels… Ces inquiétudes existent partout en Europe. Les nier ou les mépriser serait une faute politique. » Se « régaler » des turpitudes d’un populisme n’efface jamais les conditions de son arrivée au pouvoir !


