L’Europe commence dans nos communes !

« L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! », s’emporte de Gaulle, à la veille du second tour de l’élection présidentielle de 1965, face à ceux qui l’accusent de la torpiller depuis que la France – faute d’un accord satisfaisant – a quitté la négociation sur le marché commun agricole. Son message consiste à dire qu’il n’y a pas de formule magique qui permet de construire l’Europe unie, que celle-ci doit commencer par la coopération et la solidarité.

Qui ne voit pas qu’au sein du Parlement européen Jordan Bardella et ses 85 élus (troisième force politique dans l’Hémicycle) votent contre un prêt de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine et démontrent par là une complicité avec Poutine, ou soutiennent Donald Trump en demandant l’organisation d’une minute de silence après l’assassinat de l’influenceur d’extrême droite Charlie Kirk ? Qui ne voit pas que les mêmes votent contre la suppression progressive des importations de gaz naturel russe, ou affirment leur radicalité sur les grands dossiers de l’Union européenne tels que l’immigration ou le climat, pour mieux montrer leur attachement à la sécurité, à la Nation, aux nationalismes mortifères et au conservatisme étroit en matière sociétale ? Qui ne voit pas que multiplication des discours de rejet, de haine, et de repli sur soi sont une impasse ?

Il est aujourd’hui important de porter l’idée d’une Europe puissante, écologique et féministe. Une Europe qui reprend son destin en main et s’affirme sur la scène internationale. Depuis les premiers temps de la construction européenne, c’est-à-dire depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, il a fallu de grandes voix françaises – Schuman, Monnet, Veil, Delors, etc. – pour, contre vents et marées, faire entendre haut et fort la voie des « petits pas », pour susciter une unité de fait entre les États européens, pour que le Vieux Continent incarne son idéal de paix sur les cendres de guerres à répétition. Le discours prononcé le 9 mai 1950 par Robert Schuman est ainsi passé à la postérité comme le véritable acte de naissance de la construction européenne. Il est aujourd’hui encore célébré comme la Fête de l’Europe.

Une fête légitime car depuis lors, Européens, nous avons changé d’ère. Fondée par six pays, l’Union européenne est désormais composée de vingt-sept pays. Cette Europe qui invente une vie politique et son territoire, qui mutualise la souveraineté tout en favorisant la liberté de ses pays membres, est attirante. Cette Europe qui est aujourd’hui attaquée, affaiblie, ne se meurt toutefois pas. Au contraire, elle se montre capable d’apporter, en un temps très bref, des réponses concrètes au Brexit, au Covid ou encore à la guerre de la Russie en Ukraine.

Là où nous sommes, faisons-nous l’écho de ce discours fondateur du 9 mai 1950 de Schuman, mais aussi de l’actuel appel du réseau des Jeunes européens qui défend une Europe plus démocratique et affirme que l’Europe commence dans nos communes. Il ne tient qu’à nous d’adopter certaines de ses préconisations :

  • intégrer une dimension européenne dans les commémorations nationales rappelant que la construction européenne est un projet de paix,
  • accueillir les nouveaux habitants et habitantes, européen·nes et extra-européen·nes, qui s’installent dans la commune à l’occasion d’une cérémonie ou d’un événement,
  • désigner un·e élu·e délégué·e aux relations européennes,
  • favoriser les projets des associations de jeunesse et d’éducation populaire qui intègrent une dimension européenne,
  • créer ou renforcer des jumelages avec des communes de l’Union européenne et des pays candidats,
  • européaniser l’espace public en baptisant des lieux publics avec des noms en lien avec l’Europe et en valorisant ainsi des mémoires européennes partagées,
  • organiser une journée ou une semaine européenne dans les écoles, les mairies, les médiathèques et les festivals, etc.

 

Jacques Tyrol-Chary
Jacques Tyrol-Chary
Jacques Tyrol-Chary est conseiller municipal Place Publique à Caluire (69)

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10 Commentaires

  1. La méthode Coué est une méthode fondée sur l’autosuggestion et l’autohypnose, due au psychologue et pharmacien français Émile Coué de la Châtaigneraie (1857-1926).

    Elle utilise la répétition de la prophétie autoréalisatrice, censée entraîner l’adhésion du sujet aux idées positives qu’il s’impose et ainsi un mieux-être psychologique ou physique. Elle se veut autant préventive que curative. https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_Cou%C3%A9

  2. Je suis tout à fait d’accord avec les préconisations listées à la fin de l’article. C’est important de donner une dimension européenne aux activités des communes.

    Par contre, je ne vois pas le lien de ces préconisations avec le discours de Schuman. Le discours de Schuman préconisait la création d’une Haute Autorité pour la production franco-allemande du charbon et d’acier, qui serait ouverte à la participation des autres pays d’Europe. Ceci est au niveau européen, et n’est pas lié aux activités des communes.

    Ref: https://tinyurl.com/4cteffsb

    • Le lien avec la déclaration Schuman est le suivant : cet édito devait paraître – du moins a-t-il été écrit en ce sens – aux alentours du 9 mai et non mi-juin. D’où le décalage que vous identifiez à juste titre

  3. L’Europe dans nos communes c’est en effet mettre ce que nous avons en commun concernant l’Europe et les communs ne sont pas les institutions mais ce que la chartes des droits fondamentaux de l’Union européenne nous invite à partager et mettre en pratique localement : Dignité, liberté, égalité, solidarité, citoyenneté et justice. Le partage de ces valeurs aux quelles il convient d’ajouter la devise de l’Europe « unis dans la diversité » est un agir et une ascèse permanente qui engage chaque citoyen, chaque responsable politique local, régional national et européen . C’est en partageant ces valeurs que les institutions pourrons se transformer comme elles se doivent de la faire pour correspondre aux nouveaux enjeux et évolution de nos sociétés.
    Phm

  4. Merci à l’auteur de l’article auquel je réponds non sans quelques détours.
    D’une manière générale, il me semble que, si la déclaration Schuman est effectivement liée à la date du 9 mai, ce que je me permets d’appeler le « schumanisme » (néologisme qui, soit dit en passant, englobe le terme « humanisme ») est à considérer aussi au-delà de ce détail de calendrier.
    Certes, il peut paraître logique de privilégier dans cette déclaration l’invitation à placer la production franco-allemande de charbon et d’acier sous les auspices d’une Haute Autorité supranationale tout en prônant également l’ouverture d’une telle initiative à la participation d’autres pays. Les impératifs d’une reconstruction de l’Europe après les ravages du conflit mondial militaient en ce sens avec, de surcroît, le symbole fort que représentaient deux secteurs fortement impliqués dans l’économie de guerre. Mais on a peut-être perdu de vue aujourd’hui que les perspectives ouvertes par le ministre français des Affaires étrangères allaient au-delà de considérations de nature essentiellement industrielle. Ainsi, outre une référence appuyée à la contribution au développement du continent africain présentée comme l’une des tâches essentielles incombant à l’Europe (on a tendance à oublier ce fragment du texte), la clef de voûte de la déclaration résidait dans l’intuition selon laquelle, à la différence d’une démarche globale (« d’un coup ou dans une construction d’ensemble »), l’Europe se ferait « par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait ».
    C’est dans cet esprit des « solidarités de fait » que l’ancrage d’une construction européenne plus « citoyenne » dans le terreau des communes peut trouver un terrain favorable. Tout en soulignant que leur action mériterait d’être davantage mise en valeur, le rayonnement des « Maisons de l’Europe » parsemant le territoire européen peut s’avérer de bon augure dans cette perspective « d’appropriation » locale.
    Ne négligeons pas par ailleurs que, dans les traités actuellement en vigueur, le chemin est balisé par quelques dispositions susceptibles d’éclairer l’approche – à l’enseigne du tout premier article du traité sur l’UE (TUE) qui postule qu’à l’effet de créer « une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe », les décisions sont prises dans le plus grand respect possible du principe d’ouverture et le plus près possible des citoyens :
    – le principe d’ouverture, consacré par l’article 10 TUE, se concrétise notamment par la publicité des débats au sein des institutions et l’accès aux documents produits par ces dernières (article 15 du traité sur le fonctionnement de l’UE, TFUE)
    – le principe de proximité, réaffirmé lui aussi par l’article 10 TUE, peut avoir une certaine résonance auprès de celles et ceux qu’intéresse la maturation d’une citoyenneté européenne.
    On ne négligera pas en outre le renfort du fameux principe de subsidiarité (article 5 TUE), en vertu duquel, dans les domaines ne relevant pas de sa compétence exclusive, l’Union intervient « seulement si et dans la mesure où » (conditions insistantes) les objectifs envisagés ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les Etats membres à divers niveaux. Or, parmi ces niveaux, en plus de l’échelle centrale et du degré régional, l’échelon local, qui semble englober des entités telles que les communes, est expressément mentionné… une manière de signifier que l’Europe ne se façonne pas exclusivement dans les « officines bruxelloises », contrairement à ce que tente d’accréditer une propagande très superficielle en vogue chez les europhobes.

    • Un plaisir que de vous lire pour avoir entendu que les communes de France ont un rôle décisif à jouer dans la construction européenne

      • De mon point de vue, il n’est sans doute pas facile d’apprécier la mesure dans laquelle les communes ont un rôle véritablement « décisif » à jouer dans la construction européenne.

        Mais il est important, comme votre article le suggère, que cet échelon de l’espace démocratique apporte sa propre pierre à l’édifice. Paradoxalement, les remous récemment suscités par la présence du drapeau européen au fronton des mairies en France pourraient s’avérer un élément au moins « incitatif » pour une réelle prise de conscience à cet égard.

        Par comparaison avec un autre terrain d’action, c’est tout l’enjeu de l’ « appropriation » (« ownership », dirait-on Outre-Manche) : je l’ai évoqué en songeant par exemple – en vertu d’une longue expérience vécue personnellement dans le domaine sensible de la coopération européenne au développement – à l’impératif, pour les pays « du Sud » bénéficiaires de l’aide, de faire réellement « leurs » les projets financés par l’UE.

  5. C’est un très bel article qui en effet aurait eu sa place pour le 9 Mai (en respect et en honneur du message européiste de Schuman).

    Force est de constater néanmoins que l’UE actuelle tend plutôt vers une « renationalisation » de ses institutions laissant peu de places pour la subsidiarité et le fédéralisme (ou juste la décentralisation).
    Cela peut se voir facilement avec les débats récents concernant la PAC et le fonds de développement que Bruxelles veut dorénavant confier aux gestionnaires de chaque Etat-membre et non plus une agence dédiée (ce qui serait un recul terrible au niveau de l’autonomie des régions et communes). Mais aussi avec les discussions au sujet du rôle de Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, actuellement tenu par Kaja Kallas, et que certains Membres voudraient affaiblir pour confier la diplomatie extérieure au seul Conseil Européen.
    C’est bien entendu sans parler de la progression de l’Extrême-Droite à travers le continent (comme dernièrement ce fut presque le cas en Roumanie grâce à l’alliance de circonstance entre Socialistes et Ultra-Nationalistes), ou le sentiment de déconnexion entre l’UE et ses citoyens est de plus en plus visible dans les enquêtes d’opinions publiées par l’UE et autres Think Tank (Vos propositions à la fin de l’article pourraient d’ailleurs aider à lutter contre ce sentiment d’abandon).

    Enfin bon, tout ça pour dire que l’Europe peut commencer dans nos communes mais les communes ensuite doivent pouvoir recevoir l’oreille de l’Europe même lors des crises et autres instabilités (ce qui semble devenir notre quotidien).

    Bien à vous.

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