Pour ce premier avril, nous recevons Jean-Luc Mélenchon qui nous livre l’évolution de sa pensée sur le fait européen.
Monsieur Mélenchon, vous avez longtemps combattu la construction européenne, que vous regardiez comme un carcan néolibéral condamnant toute politique démocratique en France. Qu’est ce qui vous a fait cheminer ?
Il faut savoir regarder le moment politique quand il advient. L’Europe entre dans une crise existentielle.
A l’extérieur, elle se vautrait dans un atlantisme éhonté et se jetait servilement au pied du maître américain du jour. Patatras ! Trump est d’une telle brutalité qu’il fait voler le pagne qui protégeait la pudeur de nos petits marquis européens. L’Amérique ne nous exploite pas moins, mais elle n’y met plus les manières. C’est plus honnête me direz-vous, mais c’est moins agréable et il vient des dégoûts à la servitude volontaire d’hier.
A l’intérieur, la clique internationale des milliardaires et des puissants joignent leurs mains, pour acheter les médias officiels, réduire toute règle qui les contiendrait dans l’espace du ouèbe ou sur notre planète, qu’ils brûlent avec autant d’entrain que les réglementations de ce pauvre Pacte vert. La droite n’en finit pas de frétiller pour se faire bien voir de l’extrême droite, avec ces chrétiens démocrates bien peignés qui se font prendre bêtement à s’envoyer des petits billets doux avec les partis néonazis au Parlement européen pour durcir les règles sur la migration !
La réalité, c’est que dans ce moment, nos idées sont le seul espace de sauvegarde du projet Européen, de la défense de notre identité, appelez-ça comme vous voudrez. Les Insoumis ne sont plus une minorité dans un groupe minoritaire au Parlement européen. Nous sommes le coeur du combat populaire européen. Les autres partis de gauche – je dis de gauche parce que c’est l’expression, hein ! Il paraît que je suis d’extrême-gauche maintenant – se sont trop compromis dans des combinaisons pour se garder des miettes de pouvoir et ils ont ruiné leur crédit auprès du Peuple. Leur seule utilité réelle, s’ils avaient une conscience ou décidaient de s’en servir, serait de s’unir derrière les Insoumis pour renverser la Commission de Madame von der Leyen et assumer réellement le pouvoir pour le Peuple.
Vous êtes candidat pour être président de la Commission ?
A mon âge ça ne m’amuse pas plus que ça vous savez. Je commence à être un vieux bonhomme. Mais bon, c’est comme ça, il faut y aller. J’aurais beau jeu, après une vie donnée à la lutte, de me détourner de mon devoir à la fin du parcours en disant, pardon, je suis fatigué, je dois m’occuper de mes poules !
Mais si vous regardez, les choses sont simples. Vous savez qu’il y a eu des candidats de gauche les trois dernières élections européennes pour être président de la commission ? Non ? Et bien voilà. De son côté, la droite s’est acoquinée avec l’extrême-droite, bon. Le centre, c’est à dire la droite mais qui ne s’assume pas, ils votent avec les Insoumis dans plus de la moitié des cas au Parlement européen. C’est l’évidence : le moment est venu d’un Front républicain à l’échelle européenne, et personne d’autre que moi n’est en capacité de l’incarner. Si vous croyez que je courrais après ça… En plus, il faudra modifier les règles pour que je puisse exercer ce mandat en même temps que la présidence de la République française, vous allez voir que ça va encore être une affaire ça…
Comment comptez-vous Sauver l’Europe ?
Il faut faire face aux USA ! Sortir de l’OTAN, créer notre propre alliance militaire pour la paix avec la Russie, l’Iran, la Chine, l’Algérie, Gaza et Cuba, il faut…
Nous ne sommes pas en conflit avec la Russie ?
On nous a retourné la tête avec cette histoire ! La Russie fait ce qu’elle veut chez elle, et je n’ai jamais très bien compris ce que c’était que cette prétention à créer artificiellement un pays comme l’Ukraine. Il faut faire attention quand joue à créer des Etats tampons, l’histoire montre que ça finit souvent très mal. Et puis franchement, je ne vois pas ce que la France a en commun avec l’Ukraine, les pays baltes, la Pologne ou l’Allemagne. Enfin, je n’ai rien contre eux mais ce ne sont pas nos affaires.
Il faut garder l’oeil sur l’essentiel : l’opposition aux USA. Ce sont eux les véritables agresseurs, et le réalisme politique consiste à trouver ses amis en face de ses ennemis.
Tout de même, ce ne sont pas vraiment des démocraties ?
Et qu’est-ce qui vous permet de dire ça ? Vous croyez que nous vivons dans une magnifique démocratie avec nos juges aux ordres du pouvoir qui convoquent chaque semaine nos amis, avec nos journalistes qui courent quérir leur laisse ?
Et vous croyez que les autres pays de notre alliance ne sont pas libres ? Ils sont libres des USA d’abord, et c’est l’essentiel. Bien sur, ça nécessite un effort national, une mobilisation du Peuple. Alors je comprends bien que pour ceux qui n’épousent pas la cause du Peuple, pour ceux qui dans ces moments s’opposent à lui, ça peut être inconfortable. Mais on ne peut pas prétendre être libre contre la démocratie du Peuple en mouvement !
Vous aimez le poisson ?
Beaucoup figurez-vous. J’ai même consacré un livre au Hareng de Bismarck !


