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1968, l’année de tous les possibles en France et en Europe

Nous avons vécu les évènements de 1968 en France, beaucoup d’entre nous s’en souviennent, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, les peuples ont bougé, se sont révoltés, se sont exprimés.

Ces « anniversaires » sont aussi l’occasion de transmettre la mémoire des formidables moments vécus en direct, aux générations d’aujourd’hui, pas par nostalgie, mais pour l’Histoire et pour continuer d’écrire ces belles pages des peuples libres de manière intergénérationnelle. Mais quel était le contexte politique français et européen ?

Quelques points de rappels :

Le Comité Economique et Social Européen – CESE – né avec le Traité de Rome en 1957, était en place. Son Président était Louis Major. Le Comité des régions n’existait pas (créé le 10 mai 1994) et le Parlement européen qui s’appelait « l’assemblée consultative » était composé de membres désignés au second degrés par les assemblées nationales des six Etats membres fondateurs de ce qu’est l’Union européenne aujourd’hui. Il a fallu attendre 1979 pour procéder à l’élection des parlementaires européens au suffrage universel dans tous les Etats membres de la Communauté économique européenne – CEE – et se féliciter de l’accession à la première Présidence du Parlement européen élu au suffrage universel de Simone Veil. Prochaine élection : fin mai 2019…

En France,les organisations syndicales se résumaient à 5 confédérations et une fédération : CFDT (Eugène Descamps au secrétariat général, tandis que Georges Séguy était à la tête de la CGT, André Bergeron secrétaire général de FO, Joseph Sauty, présidait la CFTC,  André Malterre assumait la présidence de la CGC et James Marangé le secrétariat général de la  FEN – Fédération de l’Education Nationale).

Au plan patronal deux principales organisations : le Centre National du Patronat Français – CNPF – (Medef aujourd’hui) avec Paul Huvelin comme Président et la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises – CGPME – avec Léon Gingembre comme premier Président.

Le général de Gaulle est Président de la République française et Georges Pompidou premier Ministre, Jean-Marcel Jeanneney, Ministre des affaires sociales.

Le 27 mai, signature des accords de Grenelle au ministère des affaires sociales après de très longues heures de négociations, actant des avancées sociales importantes parmi lesquelles, la création de la section syndicale d’entreprise concrétisée par la loi du 27 décembre 1968, l’augmentation du SMIC de 10% en moyenne…

En Europe

1968 : 18 ans déjà que le Ministre français des affaires étrangères,  Robert Schuman proclamait sa déclaration, le 9 mai 1950, prenant les moyens de garantir la Paix entre les Etats membres de la Communauté économique européenne, devenue l’Union européenne.

Le Président de la Commission européenne est Jean Rey, celui de l’Union Soviétique était Nikita Khrouchtchev et des Etats Unis Lyndon B. Johnson.

Le 1er janvier 1968, la France prend son tour pour assumer  la présidence semestrielle de la Communauté économique européenne.

Le 12 mars 1968, Alain Poher est réélu, par ses pairs, Président du Parlement européen.

1968 était l’année du 11e anniversaire du Traité de Rome signé le 23 mars 1957, les institutions européennes regroupaient six pays membres fondateurs, encore dénommés ainsi aujourd’hui (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays Bas, Luxembourg). Depuis 7 ans le Mur de Berlin était édifié (sa construction a débuté dans la nuit du 12 au 13 août 1961) en plein centre-ville, la guerre froide battait son plein. Il y avait l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest. L’Espagne, le Portugal et la Grèce étaient sous régimes dictatoriaux, il y avait la République Démocratique d’Allemagne – la RDA et la République Fédérale d’Allemagne – la RFA. Depuis la nuit du 2 au 3 octobre 1990, nous n’avons qu’une seule Allemagne membre de l’Union européenne, suis à la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989.

Succédant au Pape Jean XXIII, le 21 juin 1963 Giovanni  Battista Montini était élu Pape, prenant le nom de Paul VI, est en fonction lors des évènements en 1968.

Le 1er juillet l’Union douanière est une réalité : Les droits de douane ont complètement disparus entre les six Etats membres de la Communauté économique européenne, de ce fait le commerce intra-communautaire est multiplié par six et les échanges avec le reste du monde par trois.

De Tokyo à Zurich, du Canada aux Etats Unis d’Amérique, du Vietnam au Mexique, de la Pologne, à la Tchécoslovaquie, bref sur tous les continents, souffle un vent de libertés, d’expression et de revendications.

Dans ce contexte, en Europe, l’accession du jeune (47 ans) comparé aux autres dirigeants des pays de l’Est,  Alexandre Dubcek accède au secrétariat général Parti Communiste tchécoslovaque, le 5 janvier 1968  constituant est un espoir dans cette partie de l’Europe fermée. C’est le début du « printemps de Prague » : La censure est supprimée, les voyages à l’étranger sont autorisés, le chef de la police est arrêté…Les réactions et pressions des pays du « pacte de Varsovie » ne font pas attendre.

Le 3 août 1968, A Dubcek est fermement invité à rejoindre les représentants de l’Union soviétique, avec Brejnev à Bratislava. Le compromis signé s’est avéré être un piège : Reprise en main totale par le pacte de Varsovie. Les chars envahissent, notamment, Prague. Le 21 août des morts et des blessés sont à dénombrés La plupart des Tchèques et des Slovaques se résignent à la « normalisation » Pouvait-ils faire autrement ? L’étudiant Jan Palace s’immole par le feu sur la place Wenceslas à Prague le 16 janvier 1969 par défi et désespoir. Il faudra attendre vingt ans aux peuples Tchèques et Slovaques pour le retour à la démocratie dans une Tchécoslovaquie réorganisée.

« Ce n’était qu’un début, continuons le combat…»  et poursuivons l’écriture de l’Histoire ensemble.

Jean-Pierre Bobichon

Jean-Pierre est membre fondateur de Sauvons l’Europe, et Conseiller auprès de l’Institut Jacques Delors

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2 Commentaires

  1. J’aime beaucoup les publications de Sauvons l’Europe, seulement certaines – à l’image de celle-ci – sont particulièrement dures à lire. Je suis le premier à dire que le fond prime sur la forme, cependant quand la forme attire tellement l’attention qu’elle empêche de se concentrer sur le fond, cela devient problématique.

    1. En effet, ce texte aurait mérité une relecture.
      Lorsqu’on lit, par ex. « … des morts et des blessés sont à dénombrÉS », comme on dit maintenant, ça pique les yeux !

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