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Un minimum européen !

La fin annoncée du confinement oblige gouvernants, acteurs économiques et citoyens à évaluer activement les avantages et les dangers des solutions technologiques reposant sur un suivi continu des personnes par l’intermédiaire de leur smartphone ou de leurs objets connectés. Bien que le défi de la surveillance massive puisse être relevé de manière autoritaire ailleurs dans le monde, il est absolument impératif pour l’Union Européenne d’assurer cette sécurité sans compromettre les libertés individuelles et l’État de droit. Il serait d’ailleurs souhaitable qu’une telle réponse des Européens puisse ensuite inspirer une action internationale sur le sujet.

Pourtant, ces jours-ci, les quelque 500 millions de citoyens européens sont témoins d’une atomisation des situations, non seulement au sein des frontières de l’Union, mais à l’intérieur même des frontières nationales. Il s’agit d’un renversement majeur, qui renvoie à des souvenirs très lointains, lorsque règles, lois et réglementations pouvaient varier d’une ville à l’autre, parfois sur de petites distances. Un tel désordre causant ainsi une fragmentation préjudiciable aux échanges culturels, artistiques, technologiques ou commerciaux. Par conséquent, la crise Covid 19 met aujourd’hui sous tension le tissu socio-économique européen. Celui-ci s’est construit depuis plus de cinquante ans à la fois sur le modèle d’activités transfrontalières et sur une promesse de gouvernance unifiée du Marché unique européen. Assurer aux acteurs économiques la meilleure compatibilité possible entre les libertés économiques fondant le Marché-Unique et les mesures d’exception du déconfinement doit représenter aujourd’hui le devoir impératif d’un exécutif européen en peine de lisibilité auprès de ses mandants citoyens .

Pour ce faire, il est un second impératif auquel l’exécutif européen ne peut encore moins se soustraire. Celui de mettre fin à l’opposition largement artificielle entre santé publique et libertés individuelles, en s’emparant sans hésiter de technologies et de protocoles existants, à même de concilier ces objectifs apparemment contradictoires. Aujourd’hui, il relève bien de la mission de l’exécutif européen, garant des valeurs européennes, de proposer une définition de cadre commun dans lequel la surveillance nécessaire pour atteindre les objectifs de sécurité sanitaire collective pourra s’exercer sans danger pour les libertés individuelles et pour l’État de droit. A l’occasion du déconfinement, se joue la mission historique de l’Europe qui est de protéger « urbi et orbi » ses citoyens de toute forme de totalitarisme, notamment sa déclinaison la plus récente, celle des « démocraties illibérales », oxymore absolu de la pensée politique contemporaine. Ne nous trompons pas, au travers du choix des formes de surveillance collective post Covid-19 se jouent, sans doute, les prémices d’un nouveau contrat social européen.

Si, délaissant un usage déterminé de son droit d’initiative, la présente Commission européenne n’était pas en mesure de protéger l’ensemble des libertés politiques et économiques, voulues par les pères fondateurs, elle subirait une défaite historique, à l’heure où le tissu économique et la vie démocratique du continent en ont un besoin vital. Ce serait alors certainement au Parlement européen de sanctionner ce terrible échec aux conséquences rédhibitoires auprès de l’opinion publique et pour l’essence du rêve européen !

Article publié dans le Soir du 24 avril 2020

Paul Collowald, Henri Lastenouse, Alexandre Papanastassiou, Loubna Azghoud

Paul Collowald, ancien Président de l’association Robert Schuman Henri Lastenouse, Secrétaire Général de Sauvons l’Europe, membre du Conseil de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe (Lausanne). Alexandre Papanastassiou, Head of Digital, MBA Solvay, Loubna Azghoud, expert en politique économique et digital, COO Women in Tech Brussels
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