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Sortez les entrants ! Le jeu de massacre des européennes continue

La plupart des partis politiques engagés dans les élections européennes de 2019 ont annoncé la composition de leurs listes respectives. Il nous faut hélas constater qu’une fois de plus, les qualités requises pour exercer ce mandat si particulier de député européen n’ont pas constitué, c’est le moins qu’on puisse dire, le critère principal de choix des impétrants placés en position éligible.

On ne compte plus le nombre de sortants sacrifiés sans raison objective de se plaindre de leur travail ; bien au contraire certains d’entre eux étaient reconnus unanimement pour leur influence à Strasbourg et à Bruxelles. S’il fallait ne citer qu’un nom, Christine Revault d’Allones serait sans doute le cas le plus emblématique : présidente de la délégation socialiste française au Parlement Européen, elle n’a pas été reconduite par son parti alors même que, achevant tout juste son premier mandat, il est difficile de justifier son éviction par le principe du renouvellement. Les Républicains, autre exemple, ne reconduisent que six sortants sur vingt.

Tous les spécialistes savent qu’un député européen ne devient efficace à 100 % qu’après un second mandat et qu’il convient donc pour les partis d’investir sur des députés qui gagnent en influence. Au-delà des seuls partis d’ailleurs, c’est le poids de la France au Parlement européen qui s’en trouve diminué.

Dans le monde politique français, le mandat européen est un mandat par défaut, ou de défausse. Contrairement à ce que l’on peut voir en Allemagne notamment, le travail d’un député européen n’est pas valorisé ni considéré dans notre pays. Combien de reportages au 20h de France 2 sur les textes défendus par nos eurodéputés ? La force et la visibilité de ces élus est donc bien moindre au sein de leurs partis respectifs : qui peut imaginer en France un Martin Schulz éventuel Président de la République ? Qui, par exemple, a jamais entendu parler de Joseph Daul, président du groupe conservateur depuis des années, et aujourd’hui président du PPE ?

Tant qu’il n’existe pas de cursus honorum européen, tant que les désignations resteront avant tout des arrangements d’arrière-salle entre apparatchiks, les élus qui portent la voix de la France seront vulnérables face à la première personnalité un tant soit peu médiatique ou à l’assise locale forte. Aux partis politiques de mettre en permanence à l’ordre du jour les forces et les faiblesses de l’action européenne. Ce désintérêt manifeste des partis politiques contribue aussi à renforcer l’impression que ce Parlement européen est sans pouvoir. Pourtant, il contribue fortement à la fabrique des directives et règlements.

Est-ce à dire qu’il ne faut pas renouveler ? Bien sûr que non, et toute composition de liste doit trouver le juste équilibre entre expérience et nouveauté. Mais là encore, l’Europe devrait être le seul critère pertinent, le mélange idéal étant de placer des rookies passionnés de longue date par les questions européennes aux cotés de sortants ayant une réelle influence et en mesure de les guider dans leurs premiers pas. La présence de Sylvie Guillaume en haut de la liste socialiste est en cela une excellente chose. Mais ce qu’on appelle aujourd’hui le « renouvellement » consiste trop souvent à éliminer les seconds sans promouvoir les premiers. Les petits jeux internes et les arrangements locaux prévalent, et nombreux sont les nouveaux députés à ne s’être découvert un intérêt pour l’Europe qu’à l’ouverture des procédures de désignation. Les meilleurs se prendront au jeu, mais l’expérience montre que ce sont plutôt des candidats moyens et des élus médiocres.

Car oui, les institutions européennes constituent un monde assez différent de la culture française traditionnelle et il est difficile d’y réussir sans un véritable intérêt soutenu par un travail de longue haleine. Etre député européen est une mission spécifique. La liste présentée par LREM comprend seulement deux eurodéputés sortants pour une vingtaine de sièges espérés alors que plusieurs autres avaient manifesté leur souhait de porter les couleurs du nouveau monde.

On se plaint à juste titre de la forte abstention lors des élections européennes. Pourtant – et on le voit souvent dans les débats que l’on organise – les citoyens sont bien plus intéressés par l’Europe qu’on ne le pense. Ce sont les partis politiques qui ne sont que rarement à la hauteur en montrant régulièrement leur incapacité à mener une campagne réellement européenne et véritablement pédagogique. La manière dont les listes ont été désignées ne nous incite guère à l’optimisme, et la pauvreté des échanges lors du premier débat entre têtes de listes en est une démonstration directe.

Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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24 Commentaires

    1. ..et pourtant , pas de naiveté a avoir : la commission européenne n’est pas intéressée par un parlement fort a vrais pouvoirs , et engluée (par elle meme…)dans une quelconque possibilité d’évoluer positivement vers plus de vision politique donc moins affairiste- financiariste ,surtout à 28-27 intérêts aussi divergents …l’union européenne a bien crée le monstre a 28-27 qui va l’engloutir tot ou tard !!!

  1. D’où le dégoût des français à voter; C’est une pantomime aux mains des partis, recherchant l’engraissement auprès des lobbys et tout autant à pouvoir obtenir le plus grand nombre d’élus en France ; d’où trop d’élus ..
    .Induction : clientélisme à outrance pour être élu -> donc promesses à tenir->donc outrance des dépenses-> faillite de notre système par trop de prélèvements pour réaliser ce jeux suicidaire..JC DUPONT

    1. le parlement européen n’est que le VRP d’une commission européenne toute puissante bien que non élue , il ne sert qu’a donner un vernis (faussement ) démocratique a l’europe , et sert a recycler les astres nationaux en voie de mort politique ( Hortefeux ,Alliot-Marie,ect ect ) grassement payés de plusieurs diizaines de milliers d’euros par mois (scandaleux !!!…quand les gilets jaunes se battent pour éradiquer toute pension de retraite inférieure a 1000 euros (plusieurs millions ….d’etres humains ! ) ….

      1. Une Commission européenne non élue: toujours la même illusion d’optique, à laquelle j’ai déjà répondu à maintes reprises.

        Tout en prenant le risque de lasser d’autres lecteurs, je reprends donc les rectifications requises, cette fois-ci à votre intention personnelle.

        Les commissaires européens ne sont en effet pas davantage « élus » pour accomplir leur mandat que les membres du gouvernement – qui sont leurs interlocuteurs directs – ne le sont pour l’exercice de leurs fonctions ministérielles: les uns et les autres sont en effet « nommés ».

        Il existe toutefois une différence importante: les candidats à la charge de « commissaire », après avoir été pressentis par leurs gouvernements respectifs, doivent en effet satisfaire à une véritable épreuve – à savoir une audition individuelle devant le Parlement européen. Or, des antécédents ont montré qu’il ne s’agissait pas d’une simple formalité, certains postulants n’ayant pu franchir cette étape. C’est un processus que j’ai suivi avec une attention particulière lors de l’investiture des Commissions successives au cours des dernières années.

        Quant à l’ « onction électorale », elle n’est pas étrangère au profil de tous les commissaires: certains ont certes été choisis essentiellement, voire directement, en raison de leurs compétences techniques; mais d’autres – et c’est le cas de la majorité des membres de la Commission encore en fonctions – peuvent se prévaloir de l’exercice de mandats électifs au niveau municipal, régional ou parlementaire dans leurs pays respectifs ou au sein de l’assemblée de Strasbourg. Peut-on en dire autant de TOUS les ministres et secrétaires d’Etat qui ont peuplé les gouvernements français successifs depuis des décennies ?

  2. On voit bien,hélas,de quelles manières le peuple britannique a été odieusement trompé par des irresponsables porteurs de mensonges et de calomnies,et qui ont pris la fuite une fois leur forfait accompli!
    Restons vigilants et même si l’Union européenne n’est pas parfaite ,il nous incombe d’en poursuivre la construction..!

      1. On voit aujourd’hui où les « bons gagnants » du referendum de 2016 ont conduit un peuple britannique déboussolé.

        Hélas ! c’est cela, un vote de « vieux » trompés par des démagogues de la trempe du très couard Nigel Farage. En d’autres circonstances, la désertion de ce dernier aurait pu lui coûter le conseil de guerre. Il n’est sans doute pas exclu que la jeune génération réalise à terme l’étendue d’une telle faute politique portée notamment par une désinformation forcenée quant aux réalités chiffrées de l’immigration. Mais il est clair aussi que si, sous une forme ou sous une autre, il devait y avoir réintégration du Royaume-Uni dans la « 1ère division » européenne, ce ne sera pas à lui de dicter unilatéralement les conditions.

        Telles sont les conséquences d’un acte consistant à scier la branche sur laquelle on est assis… autrement dit « break seat ».

  3. Bonjour,
    Je ne peux pas dire que je suis quelqu’un de « politisé » mais je suis convaincu à 200% de l’utilité grandissante d’une Europe forte et UNIE. Une Europe où les valeurs de solidarité et de partage veulent dire quelque chose.
    Mais en lisant votre article, je me pose beaucoup de questions sur les résultats que va apporter les prochaines élections, pour la France mais aussi pour faire avancer l’Europe dans la bonne direction !!!!!!!
    Et aujourd’hui, même si des listes comme le Front National, LREM sont à bannir car pas convaincantes ou en dehors de mes principes, après la lecture de votre article, je ne sais vraiment pas pour quelle liste je vais voter.
    Souhaitons qu’entre temps, la direction prise par le gouvernement suite au grand débat, et les futurs débats spécifiques aux élections européennes, nous apporteront quelques éléments de réponses, mais il faudra certainement une bonne dose d’optimisme pour choisir une liste plutôt qu’une autre !!!!!!!!!
    Bonne journée et semaine printanières !!!!!

    1. il est toujours possible de choisir une liste invitant (depuis longtemps….) a sortir de l’UE , la seule liste d’ailleurs….ça résoud tous les dilemmes …qui n’en sont pas d’ailleurs !!!

  4. Merci pour cet article, malheureusement vrai. Même ici à Frankfurt am Main il y a seulement 2 à 3 milles qui vont à la démonstration de Puls of Europe pour l’Europe. J’espère qu’ils vont encore augmonter jusqu’au élection en ce Mai.

    1. bon courage ….c’est toujours difficile de faire partie du dernier carré des irréductibles quand la situation est perdue d’avance…

  5. L’Europe ne vocalise plus « l’hymne à la joie » en une harmonie céleste, elle cocalise, elle cacophonise en sons discordants, une Babel où chaque aliéné cupide se déchire la peau de chagrin. Ce rêve angélique, évangélique, démocratique est mort au soir du 29 mai 2005 où les français par référendum ont refusé la constitution européenne ultralibérale (vendre le public aux actionnaires) et où le gouvernement français s’est assis sur leur vote pour faire passer cette constitution par les parlementaires de gauche et de droite sous le nom de Traité de Lisbonne le 8 février 2008.

      1. Quel hold up ? En 2007, avec le bienvenu traité de Lisbonne, on a simplement restitué le bon ordre des choses: à savoir que soumettre un texte complexe à referendum, c’est se foutre du peuple… qui, dans une telle situation, répond davantage à ceux qui posent la question que sur le fond de la consultation. Je l’ai souvent évoqué sur le présent site… et suis disposé à reprendre la démonstration à la lumière d’un certain nombre d’antécédents depuis l’approbation de la Constitution de 1958.

        1. Argument à sens unique usé jusqu’à la corde des partisans de l’union qui consiste à dire que le peuple n’a pas compris la question, n’est pas assez intelligent pour la comprendre, a voté pour d’autres raisons, a réglé ses comptes avec ses « dirigeants », a été influencé par des ingérences russes, etc. uniquement lorsqu’ils ont voté à l’inverse de ce qui était attendu !

          Dans le cas contraire, on se félicite, on se congratule, on loue la puissance de l’intelligence collective, la lucidité de la population, totalement exclu de remettre le résultat en question…

          Et pourtant, le peuple a toujours raison !

          1. bien d’accord ruoma , les zélites pretes a se transformer en dictateurs pour le bien des pauvres ignares indecrotables que sont tous ceux qui sont rétifs a leurs projets…lamentable conception de la démocratie !!!……

  6. Un commentaire rapide à la lecture de ce billet.

    Comme vous le savez sans doute, parmi les députés européens « expérimentés », il en est justement qui s’incrustent près du radiateur depuis des dizaines d’années : tel Jean-Marie Le Pen ou sa fille, par ex. qui font maintenant partie des « indéboulonnables », des meubles. Et il n’y a pas que les élus de l’ex-FN dans ce cas.

    Expérimentés auxquels s’ajoutent les « indésirables », ceux qui ont brillé par leur incompétence, leur maladresse, qui devaient se « faire oublier » et qui ont été discrètement recyclés dans cette sinécure. Ils sont nombreux.

    Et pour quel résultat ?…

    Vouloir reconduire les députés méritants est une noble intention. Encore faudrait-il pour ça qu’on ait un minimum d’information sur leur bilan individuel. On en est très loin !

    Je n’ai par exemple pas la moindre idée de que peut bien être l’action remarquable des quelques députés que vous citez en exemple.

    La réalité, c’est qu’on n’a aucune idée de ce qu’ils y font, ce qui en outre accrédite les accusations qui circulent, comme celles qui consiste à venir « pointer » furtivement le lundi matin et à s’enfuir illico, pour pouvoir toucher l’indemnité. Ou celle de n’influer qu’à la marge sur la marche de l’UE.

    S’ajoute à cette opacité les calculs politiciens des partis politiques, voire les désirs de sanction de l’électorat liés à certaines décisions du gouvernement rejetées par une partie de l’opinion publique et nous avons là un cocktail indigeste qui prévaut à ce scrutin.

    Si nos législatives souffrent déjà de ces biais, que dire alors de ces élections européennes ?…

    Ce qui, au passage, contribue et justifie la désaffection et l’indifférence croissante des électeurs pour ce scrutin sans objet.

    1. Une fois, dit-on, n’est pas coutume. Eh bien ! cette fois-ci, je partage assez largement votre commentaire… avec une légère nuance: à savoir que les informations existent bel et bien sur le site du Parlement européen quant au moins à l’identité des auteurs des rapports qui constituent une partie importante du travail parlementaire. On peut simplement regretter que ce travail ne soit pas relayé à sa juste mesure par les canaux traditionnels d’information.

      1. Une fois, oui, même si j’ai souvent raison… 🙂

        Si l’information est disponible, c’est à un véritable travail d’investigation qu’il faudrait se livrer pour avoir une idée de l’activité de ces parlementaires.

        En effet, je ne me vois pas en train d’aller chercher dans la liste des eurodéputés, les noms de nos députés français, puis aller chercher une à une les contributions de chacun, les lire toutes puis les trier ensuite entre essentielles, importantes et secondaires pour me faire une opinion.

        Ce qui contribue à l’opacité du système.

        1. Pourquoi gâcher un moment – même bref – de convergence par une proclamation d’autosatisfaction (« même si j’ai souvent raison ») qui – pour autant qu’elle ne trahisse pas une crainte plus ou moins consciente d’être précisément dans l’erreur – risque d’être contreproductive en fabriquant son propre éloge ?

          Pour ce qui est des travaux parlementaires, on peut très bien admettre que des activités professionnelles ou autres – en ce qu’elles seraient particulièrement prenantes – ne s’avèrent pas propices à un suivi régulier des informations à leur sujet.

          Cela étant, le site du Parlement européen est suffisamment pratique – même si, comme toute entreprise humaine, perfectible – pour se prêter à une exploitation rationnelle de son contenu. Mais encore faut-il le consulter pour s’en faire une opinion.

          D’un autre côté, en étant sensible aux difficultés présumées qu’un tel effort peut engendrer, on peut aussi imaginer qu’un site comme celui de « Sauvons l’Europe » facilite la tâche en publiant périodiquement des informations relatives à ces travaux. Il pourrait en aller de même pour donner un écho, par exemple, aux nombreuses « communications » que produit la Commission pour éclairer le sens de ses initiatives.
          Ce serait déjà une base factuelle pour une discussion ouverte entre lecteurs, loin des a priori aux senteurs de propagande.

          Puis-je ajouter à titre personnel et avec l’intention de paver ce chemin avec des matériaux concrets, que j’ai la chance de travailler quotidiennement avec une équipe de jeunes diplômés (ou en voie de l’être) qui, parmi leurs missions, comptent celle de suivre précisément les travaux du Parlement européen, y compris en tribune proche de l’hémicycle lorsque les sessions se tiennent à Bruxelles (nous n’avons pas les moyens de es envoyer à Strasbourg) ? Ce suivi est assuré dans le cadre de l’association « EU Logos ». Je communiquerai prochainement de plus amples informations pratiques à son sujet.

  7. Je ne comprends pas ce que font des individus comme Claude Gazengel sur un site qui s’appelle « Sauvons l’Europe ». Je n’y viens pas pour lire ces genre de troll qui répond à tous les commentaires avec des raisonnements fallacieux. et sans intérêt. S’il ne cherche pas à sauver l’Europe qu’il aille ailleurs.
    Il est déjà assez pénible de voir des députés européens se faire élire et profiter grassement de leur situation pour détruire cette institution de l’intérieur.
    Allez déverser votre bile sur les réseaux sociaux qui aiment les discussions stériles.
    Merci

    1. Vous avez incontestablement raison sur le fond des propos tenus par certains démagogues.

      Cela étant, mis à part l’outrance qui suinte à travers ces propos – et qui fait que le lecteur un tant soit peu informé des réalités de la persévérante construction de l’UE n’est pas dupe de cette démagogie – ce genre d’attaque fournit aussi une occasion de répondre, par le biais d’un rappel à ces réalités, à de telles manoeuvres de désinformation.

      Il me semble que c’est une des vocations des « sauveteurs » de l’Europe: en écopant le trop-plein de « fake news », on contribue au sauvetage de l’embarcation. N’oublions pas que « Sauvons l’Europe » est née en 2005, au lendemain du sabordage de l’avenir de la France par les nostalgiques d’un passé révolu… et certainement pas « révolutionnaire » (ou alors, au sens de la « Révolution nationale » de sinistre mémoire).

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