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Sans tambour ni trompette

Nous avons enfin une Commission ! Cette angoisse interminable prend fin, après tous les obstacles qui se sont dressés devant la pérennité des institutions.

Blague à part, nombre de nos démocraties européennes commencent à avoir l’habitude de ces intérims le temps que les forces politiques en présence trouvent des arrangements programmatiques et de pouvoir. En l’occurrence, nous avons eu les deux. Politiquement, le rôle du Green New Deal dans le bréviaire de la nouvelle majorité parlementaire s’est affirmé tout au long de l’été comme le dénominateur commun susceptible d’apporter la cohérence manquante. D’un point de vue personnel, les candidatures les plus compliquées ont été retoquées pour raisons de compétence, de culture démocratique ou d’éthique. A ce propos, nous avons entendu de nombreuses voix déplorer la sortie de route de Mme Sylvie Goulard. Si les bruits de presse doivent être pris au sérieux, elle serait convoquée ce mois-ci pour mise en examen ce qui l’aurait contrainte à démissionner deux mois après être entrée en fonctions. Il n’est pas nécessairement mauvais que la France ait fait l’économie de cette démonstration.

Bref, voici la nouvelle Commission investie par une large majorité : 461 votes pour, 157 contre et 89 abstentions. Celle-ci contraste énormément avec les 9 voix d’avances d’Ursula Von der Leyen cet été. Les Verts ont choisi l’abstention, et la Commission fait le plein des conservateurs et des sociaux-démocrates (sauf les français bien sur, qui trouvent que ça a un goût de pas assez).

Une nouvelle équipe gouvernementale en Europe, avec un programme sur deux axes: transformation verte et numérique. Qu’en pensent les citoyens ? Ceci correspond-il à leur vote ? Eh bien s’ils voulaient s’informer, ils devaient regarder autre chose que France 2.

 

France 2 réussit à nouveau l’exploit d’ignorer totalement l’actualité politique de l’Union, dans son expression la plus forte. On reconnaît les grands athlètes à la constance de leurs résultats, paraît-il. Ce n’est pas comme si la société civile pro-européenne n’avait pas déjà à de nombreuses reprises alerté la direction de France Télévisions à ce sujet, ou si le CSA n’était pas déjà intervenu.

Ceci pose un véritable problème démocratique. Nous ne poussons pas là un cri de douleur d’européens énamourés et furieux de voir ignorer leur idole. La Commission européenne est aujourd’hui un pouvoir majeur dans nos vies, au point que beaucoup s’imaginent que « tout » se décide désormais à Bruxelles. Mais comment les citoyens ne peuvent-ils pas se sentir dessaisis au profit d’un Moloch informe et technocratique, si ils ne savent pas qu’il y’a un débat politique entre partis démocratiques élus au Parlement européen, et que ce débat a des conséquences ? Que la Commission est composée au regard de ce rapport de force ? Que ses axes principaux d’action font l’objet d’une négociation ?

Il n’y a pas à chercher bien loin les causes de la crainte des français vis-à-vis de l’Europe et des succès d’estrade des professeurs Folamour. Si personne ne comprend qu’il s’agit d’un processus politique démocratique « normal », ou en cours de normalisation, tous les fantasmes les plus absurdes trouvent le champ libre. Et comment les citoyens comprendraient-ils, si le service public ne daigne même pas les informer ?

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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8 Commentaires

  1. L’idée du Green New Deal porté surtout par le Printemps Européen pendant la campagne européenne du printemps dernier, et inaudible à l’époque, est aujourd’hui au centre des débats en Europe et aux Etats-Unis, à la fois dans la campagne électorale, et dans la vie intellectuelle, puisque c’est le sujet des deux derniers livres à la fois de Naomi Klein et de Jeremy Rifkin.

  2. ARTICLE SANS TAMBOUR NI TROMPETTE.
    Bonjour, vous avez tout à fait raison, je trouve aberrant moi aussi qu’une chaîne comme France 2 fasse très peu de commentaire à ce sujet.
    Heureusement, nous avons ARTE, qui permet à beaucoup d’entre nous d’être informé de l’actualité Européenne.
    Cette chaîne est l’une des meilleure du PAF Français, je ne cesse de la regarder.
    Je recoupe les informations de divers médias pour me faire une opinion sur divers sujets, j’arrive ainsi à mieux comprendre et mieux saisir l’actualité.
    Merci à SAUVONS L’EUROPE pour ses articles, j’espère voir venir une véritable gouvernance Européenne, avec une armée, des douanes, une fiscalité communes,etc….. .
    Commençons avec quelques uns si nécessaire, comme dans le passé, les autres suivront quand ils verront le résultat.
    L’EUROPE doit être l’EUROPE DES CITOYENS et non l’EUROPE DES PUISSANTS, elle doit lutter contre les lobbies qui agissent contre l’intérêt commun, qui agissent contre notre planète pour l’écologie.
    Arrêtons de taxer le citoyen, prenons à ceux qui agissent avec cupidité et avidité, il est amoral qu’il y ait une telle concentration de richesse que sur certains, si cela devait continuer, tout s’éffondrera.

    1. Vous avez raison Arte est une chaine de grande qualité à tous les sujets, je la regarde chaque soir au moins pour le débat des 28 minutes..
      L’Europe doit se faire, il faut continuer et essayer d’infléchir la tendance « droite libérale « , et je pense qu’en Allemagne ça en prend la voie ces derniers jours

  3. Je pense qu’une Commission européenne devrait comprendre des commissionnaires sans un ombre de doute. C’est pour cela je comprend et j’approuve que le Parlement Européenne a rejeté la candidature de Madame Sylvie Goulard. Espérons que tous les Membres de la nouvelle Commissions resterons sans une doute pour tout leur mandas.

  4. Ce n’est pas étonnant, nos médias étant d’un nombrilisme effarant (le mieux dans ce domaine étant atteint par le type « émission spéciale » de France Info : des journées entières de bla bla bla pour ne rien dire sauf gratter où ça fait mal). J’écoute tous les soir les nouvelles de BBC 1 (19h), celles de FR3 (19h30) et celles de la première allemande (20h). En un quart d’heure Das Erste nous en dit plus sur le monde que les bulletins plus longs des deux autres chaînes, qui ignorent tout ce qui ne concerne pas directement leur pays d’origine. Ne pourriez-vous consacrer une chronique à ce sujet ou lancer un débat dans cette direction ? Merci pour votre écoute attentive au service de l’Europe et de l’information en général. Michel Morel

    1. A vos références, je crois devoir ajouter la RTBF, principal support d’information public en Belgique. Partageant mon existence entre ce pays et la France, j’y trouve en effet une information de qualité qui me semble parfois faire défaut dans l’audiovisuel de l’Hexagone, dont les diffusions retiennent naturellement aussi mon intérêt.

      A cet égard, je continue de déplorer qu’à la suite d’une décision particulièrement maladroite des autorités de Radio-France abandonnant les grandes ondes une radio comme France-Inter ne puisse être suivie hors de France autrement qu’en ayant recours à Internet. On pourrait certes me répondre qu’aujourd’hui Internet est à la portée de tout un chacun. Mais ce serait méconnaître la situation de personnes âgées – ou isolées dans les campagnes – qui ne pratiquent pas nécessairement cet outil.

      Bien entendu, en évoquant ces divers aspects, je tiens à souligner qu’en ce domaine comme dans d’autres je privilégie – et de loin – le service public. La médiocrité de TF1 sur le terrain de l’information – ce qui ne concerne pas les films ou les retransmissions sportives diffusés sur cette chaîne – me consterne.

  5. France 2 ne détient pas ce genre de record : l’ensemble de nos grands médias, presse, radio, mais surtout télés, privés (qui soutiennent le pouvoir en place qu’ils ont puissamment contribué à faire élire) et publics (qui soutiennent le pouvoir en place qui les nomme et les rémunère) brille par sa complaisance avec l’État, l’idéologie mondialiste, libérale et capitaliste. L’exact contraire de ce fameux « contre-pouvoir » qu’il devrait être.

    Que ce soit sur le sujet qui vous intéresse en priorité, « l’union », ou sur tous les autres, nos « médias » s’apparentent davantage à une machinerie de propagande (de guerres de l’OTAN), de manipulation de l’opinion publique (sondages, « débats », « pédagogie » pour aboutir aux mêmes conclusions) et de désinformation (qui se targue de faire la chasse aux « fake-news », quand elle en est souvent l’auteur).

    Bref, il est fortement recommandé de s’intéresser à ce que racontent les sites d’informations dits « alternatifs » – merci Internet – de vérifier et recouper les sources, autrement dit, de faire le travail d’investigation d’un journaliste.

    Maintenant, vous vous réjouissez d’assister à cette laborieuse et compliquée constitution de la nouvelle commission européenne. Vous semblez éprouver la satisfaction d’y voir l’expression d’une certaine démocratie. Faut-il donc avoir sur les yeux de fantastiques lunettes colorées…

    La question est pourtant : qu’est-ce que ça va changer ?

    Et la réponse est connue, depuis le temps que navigue ce pachyderme sur le fleuve des attentes, des espoirs des populations de l’Europe… Rien.

    Il y a un gouffre, littéralement abyssal, entre les conditions de vie somptueuses, les préoccupations affairistes, l’entre-soi feutré de ces demi-dieux intouchables des instances européennes et la dure réalité de la vie quotidienne des « gens ».

    Les commissaires continueront imperturbablement, malgré les mobilisations récurrentes de Gilets jaunes ou d’autres, malgré les tentations extrémistes ou nationalistes (« populistes ») qui se multiplient, malgré les scrutins nationaux ou les multiples pétitions (qu’elles soient spontanées ou « d’initiative citoyenne européenne »), à vérifier, imposer et contraindre les pays à cette inexorable politique d’austérité, de concurrence, de business, de financiarisation, de privatisations (pour ne pas dire de spoliations ou privations), conformément à ce qui a été inscrit dans le traité à l’encre indélébile.

    Si, depuis le temps, il y avait eu autre chose, ça se saurait…

    Jusqu’à ce que cet édifice s’effondre un jour, en se heurtant au mur de la réalité.

  6. Puisque la nouvelle Commission est le sujet du jour, j’en profite pour affiner une observation que j’avais formulée dans un article publié le 13 juin dernier sur le présent site sous le titre  » Intimité technocratique contre légitimité démocratique ? Faux procès ! »

    Faux procès, en effet, que l’assertion qui consiste à opposer des ministres procédant d’une soi-disant élection à des commissaires non élus. Outre le fait que rares – sinon inexistants – sont les citoyens qui « élisent » directement des ministres pour l’exercice de leurs responsabilités gouvernementales, une comparaison des antécédents des « heureux élus » de chaque catégorie est édifiante:

    – d’une part, dans divers cas – dont l’importance quantitative peut varier selon les pays et les époques – certains membres des gouvernements nationaux (ministres ou secrétaires d’Etat) sont nommés en raison de leurs compétences techniques, certes souvent de très haut niveau, mais sans avoir jamais été confrontés à la moindre bataille électorale;

    – d’autre part, en sens inverse – et comme je le fais à chaque renouvellement de la Commission européenne – j’ai aussi pris le temps d’examiner attentivement la biographie de chacun des membres de celle qui vient d’entrer en fonctions. Cela m’a permis de constater que, sur ce collège de 27 personnalités, seules trois ne peuvent pas se prévaloir d’un statut antérieur d’élus… alors que les 24 autres (soit quasiment 90 % de l’effectif) ont exercé un mandat électif au niveau communal, régional ou national, voire au sein du Parlement européen, avant cette nomination à « Bruxelles ». Peut-on ajouter que l’investiture par le Parlement européen à l’issue d’auditions qui s’avèrent de plus en plus exigeantes (quelques exemples flagrants de rejet ont été sous les projecteurs de l’actualité ces dernières semaines !) et qui ne sont pas non plus toujours (euphémisme) pratiquées au niveau national constitue une autre illustration du caractère au moins partiellement (cet adverbe prudent pour ménager quelques susceptibilités chez mes lecteurs) démocratique du processus de leur désignation ?

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