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Pour 2019, l’Europe au-delà des populismes !

L’année 2019 offrira avec le renouvellement du Parlement européen fin mai une photo grandeur nature de l’état des populismes en Europe. Beaucoup a déjà été dit sur cette envie soudaine chez nombre de citoyens européens de voir naître, pour conjurer leurs angoisses, des pouvoirs qui soient nouveaux et forts, c’est-à-dire brutaux et sans entrave.

Ces nouveaux leaders ont élu l’Europe comme leur adversaire idéal. De fait, conçu en réaction à l’expérience des dictatures du XXe siècle, le projet européen apparaît comme leur contre-exemple. Reposant sur la négociation et la norme, son pouvoir est par nature mesuré, dilué, moins identifiable qu’un leadership national. L’Union européenne est ainsi naturellement devenue la cible incarnée d’un « dégagisme ultime », quasi ontologique, libérant les classes moyennes européennes des entraves qui font leur déclin.

S’il faut bien entendu sans esquive relever le gant du défi populiste, faut-il pour autant limiter le contenu de la prochaine campagne des européennes à ce seul affrontement ? À l’aube de cette nouvelle année, il nous semble plus utile et urgent d’offrir aux Européens pour 2019 une ambition politique plus large, celle d’une « Europe au-delà des populismes ». Une ambition à même de porter le projet européen au-delà du « dégagisme ambiant » en répondant avant tout aux critiques incessantes d’une Europe perçue comme un entre soi oligarchique entre privilégiés mondialisés. Osons donc, en 2019, replonger l’Europe dans le Jourdain de la démocratie !

Concrètement, ce défi passe d’abord par l’intégration au sein même du fonctionnement de l’Union européenne des acquis sociétaux de cette révolution numérique qui transforme sous nos yeux nos démocraties.

Premièrement, la démocratie participative doit s’inviter, au sein même du processus de décision européen. Par exemple, au travers de panels citoyens réunis mensuellement à Strasbourg et dotés de réels pouvoirs, et cela en parallèle d’une refonte complète de l’initiative citoyenne européenne.

De même, le pouvoir budgétaire doit également être « redescendu » au niveau des citoyens via des budgets participatifs pour une partie raisonnable des budgets européens, dont l’exécution est locale.

Ensuite, la mise en place d’une plateforme de lobbying citoyen qui permette à tout citoyen de mener et, financer sur fonds public, une campagne de lobbying s’il se sent impacté par une norme européenne. Ce serait une réponse forte aux critiques incessantes concernant le poids excessif des acteurs économiques privés à Bruxelles. Un très bel exemple de lobbying citoyens nous est d’ailleurs offert par le très beau documentaire « des lois et des hommes »sur le combat du pécheur irlandais….

Enfin, tout Président de la Commission européenne devrait obligatoirement avoir interagi directement avec les citoyens européens avant de s’installer à Bruxelles ! Nous l’envisageons notamment sous forme du financement public de consultations citoyennes, ouvertes par les partis politiques auprès des citoyens, qui seraient la condition formelle pour présenter un candidat à la tête de la Commission européenne.

« L’Europe contre les populismes » porte le risque d’être perçu comme le nouvel habit d’un néolibéralisme de bon ton. Au contraire, le chamboule tout politique qui affecte l’Europe doit nous convaincre que seul le renforcement de la démocratie représentative par la démocratie participative peut rendre intelligible et légitime le saut de confiance et de solidarité auquel la marche du monde convie 500 millions d’Européens. Confions cet espoir à nos vœux pour 2019 !

Une première version de cet article a été publiée par Ouest France le 9 janvier 2019

Arthur Colin et Henri Lastenouse

Arthur et Henri participent à l’animation du mouvement Sauvons l’Europe
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Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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4 Commentaires

  1. « cette envie soudaine chez nombre de citoyens européens de voir naître des pouvoirs qui soient nouveaux et forts ».
    Quand on voit comment, avec l’élection de Macron présenté unanimement par nos « grands » médias comme « nouveau », la population en un an ½ en arrive à être dégoûtée à ce point, en colère, notamment avec la mobilisation des Gilets jaunes, on peut effectivement se douter que les gens puissent vouloir un pouvoir vraiment nouveau, fort contre les puissances de l’argent et surtout intègre, défendant les intérêts des Français, respectant la séparation des pouvoirs et surtout la volonté de la population.

    C’est précisément ce qu’on appelle « la démocratie », le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple et le DROIT de décider NOUS -MÊMES de notre avenir commun.

    « c’est-à-dire brutaux et sans entrave. »
    Question brutalité, on a vu Macron et Castaner à l’œuvre et, sans entrave, avec justement une confusion des pouvoirs invraisemblable, obtenue avec l’approbation docile et irresponsable des députés néophytes de la majorité, idiots utiles et inconscients du « système » et celle hypocrite d’une partie des députés prétendument de « l’opposition ».
    Je suis bien persuadé que ce n’est pas ce que veut la population.
    Autrement dit, on est en train, déjà, de travestir la volonté des peuples.

    « libérant les classes moyennes européennes des entraves qui font leur déclin. »
    Étonnant, tout de même, cette conviction diamétralement inverse à l’opinion publique. Pour moi, c’est une évidence que les entraves nouvelles viennent des contraintes de « l’union » et que c’est précisément ce carcan qui produit notre déclin.

    « S’il faut bien entendu sans esquive relever le gant du défi populiste »
    Si seulement quelqu’un était capable de définir cet anathème définitif bien commode et de distinguer ce qui le différencie de la démocratie, on saurait enfin de quoi l’on parle…
    Il s’agit bien du populisme des leaders politiques qui prétendent répondre aux attentes de la population ?
    C’est la définition même du mandat d’un représentant élu dans une démocratie.
    L’exact contraire de ce que l’oligarchie parvient à mettre au pouvoir en France par des manipulations invraisemblables, tel Macron.

    « il nous semble plus utile et urgent d’offrir aux Européens pour 2019 une ambition politique plus large. »
    L’UE n’a PAS de politique, elle applique méthodiquement une idéologie libérale et comptable, elle fait de la gestion technocratique des États et elle n’a PAS de projet d’avenir.
    Et surtout, elle n’a pas le soutien de l’opinion publique.

    S’en suit une litanie des vœux que l’on forme une fois de plus, tous les cinq ans, pour tenter de faire évoluer le « machin », alors même que l’on sait, après 30 ans de construction européenne, que des évolutions réelles sont impossibles, ce que d’ailleurs les Britanniques ont bien compris.

    Bien sûr, mon commentaire n’aura aucune approbation, cependant il me semble indispensable d’intervenir pour rectifier les préalables énoncés dans cet article.

      1. « Commentaire imparable » ? Ou plutôt commentaire-à-terre aisément repérable, fût-ce en absence (non avérée, certes) de signature ? Il semblerait à tout le moins appeler quelques nuances.

        1. Invoquer la « volonté des peuples » lorsqu’on a une conception abstraite du « peuple » ne manque pas d’arrogance. On pourra néanmoins se consoler en songeant à la judicieuse formule de Talleyrand: « Tout ce qui est excessif est insignifiant ».

        En effet, ne serait-il pas à tout le moins honnête de comparer son autosuggestion aux enquêtes de l’ « Eurobaromètre », outil statistique reconnu pour sa pertinence, avant de sortir le lapin mouillé de son chapeau ?

        De fait, à défaut de « divination sacrée », ces enquêtes indiquent en tout cas des tendances mesurées avec une incontestable rigueur. Or, dans un sondage réalisé à l’automne 2018, les réponses fournies révèlent que 43 % des les citoyens européens interrogés ont une image positive de l’UE et 36 % reconnaissent en avoir au moins une image neutre; seuls 20% affichent une image négative.

        2. On peut certes admettre que définir le « populisme » ne constitue pas une tâche aisée. A défaut d’un consensus en cette matière sensible, on ne saurait néanmoins négliger quelques pistes que se sont employés à explorer divers auteurs, comme en témoignent par exemple deux ouvrages:

        – « Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace », de Jean-Werner Müller (Ed. de Poche)

        – « Dis, c’est quoi le populisme ? », d’Henri Deleersnijder (Renaissance du Livre), ouvrage conçu sous la forme d’un dialogue entre un père et son fils… ça ne manque pas de sel !

        3. « L’UE n’a PAS de politique » ? Sans nécessairement se taper le derrière par terre à la lecture d’une telle incongruité, il suffit, là encore, d’enrichir son information en puisant à quelques sources peu suspectes de pollution.

        C’est à dessein que je citerai d’abord Paul Magnette. Bourgmestre de Charleroi, cet universitaire et homme politique belge s’était illustré à une époque encore relativement récente en brocardant, au moment de sa ratification, le traité dit du « CETA » signé avec le Canada, et ce en considération de l’extrême « discrétion » – c’est le moins que l’on puisse dire – avec laquelle la Commission européenne avait négocié cet accord commercial au nom de l’UE. Cette lucidité n’a pas empêché Paul Magnette, bien au contraire, de rééditer un ouvrage sur « Le régime politique de l’Union européenne » (Presses de Sciences Po, 2009) dans lequel , entre autres, il met en évidence la cohérence et l’originalité de ce régime.

        Mais à celles et ceux qui souhaiteraient des lectures plus brèves, je conseillerai volontiers deux publications récentes:

        – « L’Europe utile – Retrouver un avenir commun » (Ed.Hermann), de Jean-Michel Arnaud, entre autres directeur de l’Abécédaire des institutions

        – « L’Europe indispensable » (Editions du CNRS – 61 pages), de Nicole Gnesotto, professeure au Conservatoire National des Arts et Métiers.

        « Utile », voire « indispensable »: je pressens déjà des rugissements du côté de mes aimables contradicteurs…

        4. « Des évolutions réelles sont impossibles, ce que d’ailleurs les Britanniques ont bien compris » ? En fait, nos amis d’outre-Manche commencent à réaliser à quel point ils ont été bernés par la campagne de désinformation en faveur du Brexit qui a précédé le maladroit referendum de 2016. L’un de ses principaux promoteurs résume à lui seul, par son attitude, le tragique imbroglio d’une telle situation: à peine le résultat connu, Farage prend la voie de garage en s’esquivant prudemment du cirque politique où il avait ouvert la cage aux fauves.

        Bien plus, tenez-vous pour quantité négligeable ce million de citoyens défilant ces derniers jours (déjà 700 000 en octobre) pour clamer leur colère face à un détournement de démocratie reflétant essentiellement un vote de « vieux », comme de sérieuses analyses l’ont montré ? Dans la mesure où l’avenir est censé appartenir à la jeunesse, je reste confiant la nouvelle génération.

        Mais, à part ça, Monsieur le Marquis, tout va très bien, tout va très bien…

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