ActualitésEditoEn Une

Olaf et l’or du Rhin

Dans quelle mesure l’Allemagne d’Olaf Scholz est-elle aujourd’hui particulièrement isolée dans l’Union européenne ? Et comment sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le couple franco-allemand depuis la rentrée ?

A l’instar de la réaction de solidarité financière lors de la crise COVID, certains membres de l’UE s’attendaient à une réaction pro-européenne de Scholz. Or, pour l’instant, il n’y a rien eu. Même le dernier Conseil du 25 octobre dernier s’est terminée sans décision phare sur la question de l’énergie. Il a fallu un dernier coup d’éclat d’un Mario Draghi sur le départ, pour forcer Olaf Scholz au minimum syndical.

Et côté solidarité financière, le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a rejeté l’idée de lancer un nouvel instrument de dette commun pour aider les États membres dans la crise des prix de l’énergie.

La guerre de la Russie est à l’origine d’un désarroi géopolitique Allemand de la même envergure que la Chute du mur Berlin.

D’une Part l’Allemagne a sous-estimé le risque d’une invasion et espérait contenir Vladimir Poutine par le commerce. Or, la guerre du gaz lancée par le président russe a surtout déstabilisé l’Allemagne, plongeant son modèle industriel et sa transition climatique dans la crise.

D’autre part, Scholz fut élu en décembre 2021, parce qu’il promettait implicitement de ressembler à Merkel… et ses douze voyages officiels en Chine. Le chancelier allemand reste ainsi dans une forme de déni face à un axe russo-Chinois devenu hostile : « l’Allemagne, qui a eu une expérience aussi douloureuse que celle de la division pendant la guerre froide, n’a aucun intérêt à voir de nouveaux blocs émerger dans le monde ».

Chacun appréciera, sachant que la Chine est le principal partenaire commercial de l’Allemagne en tant qu’État unique, avec des échanges commerciaux atteignant 245 milliards d’euros en 2021.

A propos de cette fortune, il y a sans doute une inspiration à trouver dans cet ancien mythe germanique de l’or du Rhin que raconte à sa manière l’œuvre de Wagner des Nibelungen.

Petit rappel aux marges de l’histoire : au Vème siècle, la légende rapporte que les Burgondes du Rhin sont écrasés par le conquérant venu d’Asie au frontière de l’empire Romain. Divisés, n’ayant pas su choisir à temps leur alliance, ils perdent leur Or en traversant le Rhin pour se mettre, trop tard, à l’abri… le fleuve symbolisant alors cet entre-deux d’indécision fatal.

Aujourd’hui il est temps d’ouvrir la partition d’un modèle industriel et énergétique commun en Europe pour ne pas voir le trésor industriel allemand, ce nouvel or du Rhin, sombrer entre Pékin, Moscou et Paris…

Cette petite musique émerge doucement au sein de l’opéra industriel allemand comme par exemple à Duisburg, premier port fluvial européen, au cœur de l’or du Rhin, qui vient de mettre fin à son partenariat « Smart Cities » avec le Chinois Huawei.

Henri Lastenouse

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l'Europe

Articles associés

8 Commentaires

  1. Très bel article, mes compliments !
    Je ne peux que soutenir cette critique, qui s’applique malheureusement aussi à d’autres pays. Je m’étonne toujours quand j’entends les éloges de l’économie allemande proférées par les médias en France et répétées par de nombreux Français. Ils semblent ignorer que les profits atteints sont en grande partie dûs à l’exploitation des travailleurs étrangers soit en Allemagne même (voir l’industrie de la viande et l’agriculture en général) soit en Chine (voir les grandes marques comme Siemens ou Bosch).
    Est-ce vraiment sage de les prendre comme modèle économique pour l’Europe ?

    1. les états-unis s’en sortent mieux , est ce qu’il ne serai pas mieux de créer une nouvel dette : Economie énergie , l’avenir de nos enfants , en calculant le temps de remboursement , les bénéfices et ainsi de suite , je ne peux pas développer plus désolé d’être brouillon

  2. Merci pour cet article, il est bon de rappeler que chaque pays en Europe a ses propres références culturelles et géopolitiques, et des impératifs économiques trés différents, c’est ce qui fait notre richesse commune, mais aussi la difficulté pour aboutir à un point de vue commun.
    Il faut des traités qui nous lient plus fermement les uns aux autres.

  3. Que peut encore l’Europe dans la défense de ses intérêts quand l’Allemagne est prête à tout pour sauver son partenariat avec la Chine, son plus gros client ? Déjà Merkel avait sabordé l’industrie naissante des panneaux solaires en Europe en s’opposant à l’instauration de droits de douane pour protéger les intérêts de son industrie automobile. On attend avec angoisse ce qui va sortir de la rencontre Xi Jinping – Olaf Scholz.

    1. Bravo, Claude, je partage ton inquiétude.
      Je pense que les Allemands sont se sentent si puissants économiquement qu’ils pensent pouvoir s’en tirer seuls. Je pense qu’ils sont si désireux de ne pas rentrer dans des conflits tant ils ont eu à en souffrir, qu’ils ne croient plus qu’en une chose: faire du commerce pour gagner de l’argent. Je pense que pour eux l’UE est un boulet et que le tandem Fr/D est moribond alors qu’il est au le moteur de l’UE.
      Pas gai!!!
      Jean-Pierre Guth
      Europe-Avenir

  4. Excellent rappel historique, tellement lié à la situation aujourd’hui….
    Merci aussi pour la synthèse et description de la situation su PSE.
    Alice Lalire

  5. Mariage franco-allemand, sauve qui peut ! Merveilleuse illusion que ce couple franco-allemand qui affiche une entente de façade et qui, au premier coup dur du réel, se déchire et s’oppose, révèle tous ses doutes, ses peurs, voire ses ressentiments passés, refoulés, son manque de confiance réciproque, chacun n’ayant, dans ce couple, cherché qu’à défendre ses propres intérêts.
    L’UE semble avoir plus servie l’Allemagne que la France. Le monde ne s’y trompait pas qui considérait Merkel comme sa véritable représentante. L’Allemagne a su utiliser tous ses proches voisins des pays de l’est comme son marché et maintenant avec la guerre en Ukraine la voilà piégée par des décisions auxquelles elle a du moralement consentir, contraires à ses intérêts et à ses mauvais choix qu’elle tend à vouloir faire assumer et payer par l’UE tout entière.
    L’Allemagne a décidé unilatéralement de se réarmer (bientôt l’arme nucléaire et un siège à l’ONU pour effacer définitivement la défaite passée ?). Plutôt que de choisir une défense européenne commune avec la France, elle a choisi l’OTAN des USA son armement et son énergie non-écologique. On voit bien que l’Allemagne n’a pas confiance en la France, en une défense UE où la France aurait le rôle principal qu’elle pourrait utiliser comme argument de chantage pour imposer son leadership européen.
    En attendant Scholz et surtout Von der Leyden essaient laborieusement de remplacer Merkel. Chaque nation de l’UE ne pouvant assurer seule sa défense, l’UE, si elle veut vraiment devenir une puissance mondiale, faire valoir ses idées, sa différence, être indépendante des USA et du bloc Russo-chinois auquel elle est économiquement étroitement liée (l’Allemagne tout comme la France et les autres pays de l’UE), l’UE pas d’autre choix que de construire une défense commune. Si se libérer du marché russe nous coûte un bras, se libérer du marché chinois semble bien au-dessus de nos moyens tout ça pour nous retrouver dans une dépendance sans doute encore plus destructrice que la première !

  6. Bonjour.

    Arrêtons de nier l’évidence, on dirait que grâce à cet article, le bal des hypocrites venaient de commencer ?
    Ce qui arrive était prévisible, trop d’occasions manqués qui auraient permis de finaliser la construction politique de l’UE, d’arrimer définitivement l’ALLEMAGNE dans ce concept européen.
    Maintenant, l’état le plus puissant économiquement de l’Europe fait cavalier seul, il comprend de plus en plus difficilement le mode de penser et de fonctionnement de certains pays qui se situent le plus souvent dans le sud de l’Europe,.
    Il a fait des concessions au nom de la solidarité européenne, ils constatent qu’elles se sont retournées en partie contre lui, alors pourquoi il aggraverait encore plus la situation ?

    Regardez bien ce qui s’est passé depuis le début du conflit Ukrainien, achats d’armes par beaucoup de pays hors union européenne, nous devions être les rois de l’énergie électrique avec nos centrales nucléaires, regardez le résultat ?
    Ironie de l’histoire pour l’électricité, c’est l’Allemagne qui va s’en doute nous la fournir si elle nous manque?
    Nous sommes incapable de mettre en place une véritable politique migratoire en Europe, etc, etc…..

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page