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L’évanescent budget de la zone Euro

L’un des axes majeurs des ambitions européennes d’Emmanuel Macron était de parvenir à la création d’un budget de la zone Euro, gouverné par des instances représentant les pays concernés, doté d’une capacité à lever les impôts et les emprunts, capable de lisser les différences de cycle économiques entre pays et reposant sur une logique d’harmonisation fiscale et sociale par le haut. Après des accords intermédiaires en  décembre, puis mars, ce budget a enfin été entériné il y a deux semaines !

Enfin ce budget… Disons un instrument financier avec le mot budget dedans. Bruno Le Maire s’est bruyamment réjoui d’une mini révolution, qu’il aurait peut être fallu baptiser pico révolution. Pierre Moscovici parle de « pas un budget », mais un premier pas. Et Emmanuel Macron n’est pas venu reconnaître l’enfant.

Au lieu de tout ce que nous espérions, nous avons un demi plan Juncker, financé par le budget général et payé par tous les Etats membres, qui co-investira un peu dans des projets d’Etats Membres appliquant sagement les recommandations de la Commission.

Il ne s’agit pas ici de reprocher l’échec à Emmanuel Macron, qui a fait ce qu’il a pu. Une telle réforme nécessite un consensus entre pays membres, et celui-ci était introuvable: la moitié des Etats ont publié une lettre ouverte contre le projet de budget. Ils redoutent en effet qu’à terme, toute version un peu réelle de ce budget ne conduise à des transferts financiers entre pays « vertueux » et pays « non vertueux ». Ils n’ont pas tort: l’existence de transferts est à la base de l’idée d’un budget commun. Le souvenir cuisant de l’escroquerie grecque, avec des comptes truqués et la certitude tranquille de la classe politique que l’Europe finirait par payer la note, le trouble jeu de l’Italie, agissent comme autant d’aiguillons de cette peur.

Il faut donc ici remiser nos espoirs d’une solution « européenne » à ce sujet dans les années qui viennent. Toutefois une question: avons-nous réellement besoin d’intégrer ceci dans les institutions européennes dans un premier temps ? Une première marche, qui serait un fonds de stabilisation des cycles entre Etats-membres, ne pourrait-il pas être construit de manière à éviter des transferts à moyen-long terme, et donc fonctionner d’abord entre Etats volontaires? Si la moitié des pays est prête  à avancer, devons-nous absolument attendre l’autre moitié ?

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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7 Commentaires

  1. On va peut-être attendre pour poser la question que les institutions soient enfin en place et que les conflits au sujet de la présidence de la Commission soient surmontés!
    Michel Collomb

  2. On a voté et tout continue comme avant, le jeu des chaises musicales pour le pouvoir, une Europe incapable de se reformer constitutionnellement pour être plus démocratique et que les élus par le peuple disposent du pouvoir entier, la fin du droit de veto d’un seul état pour une majorité qualifiée…une Europe sociale qui ne mettent pas les pays en concurrence et écologique qui change de système et refuse la tutelle des lobbies des multinationales…sans une reforme structurelle profonde L’Europe ne fera qu’encourager les populistes. Quant à Macron il délègue sa responsabilité nationale à l’Europe, rien pour les 50 000 français qui meurent chaque année de la pollution, 100 000 depuis son arrivée au pouvoir, plus que beaucoup de guerres, morts silencieux et invisibles, (ferroutage…les camions d’Amazon qui se multiplient…) rien contre les cancers des pesticides, rien contre l’usage abusif des antibios animals, rien contre les OGM, rien contre l’agriculture, l’élevage, la pêche industrielle et spéculative, et ses méfaits qui profite de la PAC… L’écologie macron c’est: « propriétaires isolez vos pavillons et la planète sera sauvée! ». Macron c’est comme Schröder, l’arnarque du siècle, moins de chômeurs plus de précaires, travaillez plus pour gagner moins, vente du public au privé des actionnaires la SS aux mutuelles, l’hôpital aux cliniques, l’école au privé…, plus d’impôt locaux mais chaque service devient payant…c’est l’individualisme sauvage contre la solidarité publique, un système anglo-saxon, moins d’impôts sur le revenu remplacé par des taxes individuelles sur chaque service autrefois rendu collectivement donc plus égalitaire…

    1. Ce qui se passe en Europe est parfaitement démocratique: on a voté et les courants politiques cherchent à se répartir les choses en fonction de leur poids politique. C’est ce qui arrive dans toutes les démocraties parlementaires.

    2. bien ,bien !!!! toujours bon d’enfoncer plus le clou !….en ce sens on peut affirmer sans se tromper que l’UE est déjà morte mais elle ne le sait pas ou ne veut pas le voir , l’annonce officielle viendra de la grave crise financiere qui se profile ,un remake 2008 a puissance 10 , les memes causes produisant a peu pres le meme genre d’effets …que voulez vous , a force d’inonder les marchés de tonnes de milliards d’euros sans aucuns effets notables sur la vrai croissance (placements a taux négatifs , QE sans limites , ect….) …. quand se fera le déclenchement ? c’est la question a 100 balles….je pense qu’on patientera bien que ce soit un peu loin , et malgré plusieurs coups de chaud ,que ce sera donc juste après la présidentielle américaine….

    3. Amusant comme vous répondez à une problématique clairement expliquée par Arthur à un vomi d’anti-macronisme tous azimuts déjà lu ailleurs sous la même forme (signé de vous, d’une officine verte ou LFI?) En quoi est-ce que cela fait avancer le débat?

  3. bientôt la fin de la fin ? si l’incapacité de l’unanimité conduit les volontaires a proposer de s’associer pour contourner cette incapacité alors ou va t-on ? ça sent le roussi…..

  4. Assumant le risque de passer pour un fieffé iconoclaste aux yeux des partisans d’une rigueur budgétaire sans grande imagination, je mettrais volontiers les pieds dans le plat en évoquant un vieil îlot de résistance qui fait, entre autres, toute la richesse de la coopération avec le monde en développement, et en particulier l’Afrique: à savoir la subsistance d’un Fonds européen de développement (FED) en-dehors du budget général de l’UE.

    Doté de règles financières spécifiques – dont un règlement financier propre, distinct de celui régissant le budget général – il s’est avéré, depuis qu’il existe, à savoir une naissance inscrite dans le Traité de Rome de 1957, un outil doté de la souplesse indispensable à la prise en compte de la dimension de long terme qui caractérise les actions d’aide au développement. C’est à ce titre que, par exemple, ses financements n’obéissent pas à l’archaïsme d’un principe comme celui de l’annualité budgétaire. Adossé à une période d’exécution de cinq ans – nous sommes aujourd’hui à l’enseigne d’un 11ème FED – c’est en effet dans ce cadre qu’il déploie toutes ses ressources , à la différence des crédits du budget général affectés à la coopération avec d’autres zones en développement que les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, zones qui souffrent de leur inadéquation avec les préoccupations de long terme.

    Certes, tant la Commission que le Parlement européen plaident – et ce depuis longtemps – en faveur d’une intégration pure et simple du FED dans les rails du budget général. Mais, pour un certain nombre de praticiens de la coopération au développement, dont je fais partie, c’est précisément le chemin inverse qui devrait prévaloir… à savoir la pertinence de « fediser » l’ensemble des crédits consacrés à l’aide extérieure de l’UE.

    Cet exemple est, certes, très particulier, mais il témoigne de ce que sortir des arcanes d’un budget classique – comme on pourrait effectivement l’imaginer pour la zone euro – ne relève pas du mythe.

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