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L’Europe à la télé, du journalisme stipendié ?

On apprend que les journalistes du service public sont désormais payés pour parler d’Europe ! Mon dieu quel scandale ! Les souverainistes y voient sitôt la preuve de la faillite morale du projet européen, qui ne peut subsister sans la corruption de l’or. D’ailleurs si le capitalisme apatride veut nous soutenir, il peut verser une cotisation de soutien sous ce lien.

De manière plus prosaïque, France Télévisions essaye de redresser la déficience du traitement de certains sujets sur ses écrans, conformément à ses objectifs matérialisés dans sa charte de service public. Sont visés l’Europe, mais également la diversité ou l’Outre-Mer. Le bonus de fin d’année des rédacteurs en chef est tout simplement influencé par le temps qu’ils consacrent à ces problématiques, ce qui peut sembler une approche de ressources humaines assez classique.

C’est pourtant un problème démocratique fondamental. Les souverainistes, qui s’effarouchent de ce que l’on parle d’Europe, sont les premiers à s’indigner que l’on en parle pas, que les choses se trament dans l’ombre de Bruxelles à l’insu du peuple. A l’insu ? Il suffit de regarder, et d’informer. Mon dieu, mais quel est donc cet accord scandaleux qui surgit avec la Chine ? Pourquoi le découvrons-nous alors qu’il est en négociation depuis plusieurs années ? Oui d’ailleurs, pourquoi ?

A de rares exceptions, le monde médiatique français se désintéresse de l’Europe. Ce serait trop technique, mais pas d’avantage sans doute que l’élaboration des lois françaises dont nous sommes bien informés ? Ce serait trop terne. Il est vrai qu’Ursula von der Leyen ne crève pas les écrans, qu’elle ne fréquente d’ailleurs pas. Il est vrai également que les manigances de palais d’un Selmayr peinent à tenir la comparaison face au spectacle d’un néo-nazi à cornes de bison envahissant le Congrès américain. Mais c’est également un problème de poule et d’oeuf : renforçons le caractère démocratique de la construction et les hommes politiques la rendront plus intéressante. C’est également leur métier que d’attirer l’attention.

Ce constat ne suffit pas. Le moindre Lander allemand envoie plus de journalistes à Bruxelles que la France. La fondation Jean-Jaurès mesure que l’Europe, qui est une part importante de notre système de gouvernement, n’est pas plus traitée dans les journaux télévisés que l’ONU. Il y’a là un vrai problème démocratique. Pour les élections européennes bien sur, car sur quelles bases des citoyens non informés pourraient ils bien décider ? Aux deux dernières élections européennes, le service public a fait le choix impensable de ne pas diffuser le débat entre les candidats à la Présidence de la commission, qui était tout de même au cœur de l’élection. Peut-on imaginer aux prochaines présidentielles, de n’avoir aucun débat organisé entre les candidats, au premier ou au second tour ? A la place, nous avons eu des débats franco-français entre les têtes de liste nationales en 2019, et des chefs de partis même pas présents sur les listes en 2014.

Les souverainistes enfin, semblent préjuger de ce qu’informer sur l’Europe serait nécessairement de la propagande proeuropéenne. Pourquoi donc ? Il y a certainement des choses à critiquer, et il n’y a aucune raison que l’exercice tourne au panégyrique. Au surplus, la question est rarement d’être pour ou contre « l’Europe », mais pour ou contre telle décision qui est un compromis entre les différentes forces politiques et les gouvernements européens. Qu’on sache, le traitement de l’actualité politique nationale ne se fait à travers un prisme pour ou contre « la France ».

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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8 Commentaires

  1. Bravo Arthur, pour une fois, je suis 100% d’accord avec vous.
    Mais je crains que en ce moment, le service public et les autres chaînes sont surtout sur les cafouillages à propos de vaccin, pas vaccin, quel vaccin, y aura-t-il assez de doses et les effets indésirables etc… Au Portugal où je réside les choses se sont aggravées fortementet on parle aussi d’Europe… et de Chine.
    L’Europe a une belle carte à jouer avec cette situation, il faut harmoniser bcp plus tout ce qui se fait sur le plan médical, social, e industriel.Sans devenir « sovietique », on peut élaborer des plans d’action entre nous tous avec des exigences de priorité pour notre survie et aussi notre défense. Mais les politiques étant ce qu’ils sont… ne voyant que la prochaine élection ce sera dur. Le Portugal vote dimanche.
    Bien à vous. Danielle Foucaut Dinis

  2. Vous avez sans doute raison mais je me demande si le même raisonnement à propos des journalistes et leurs rédactions pourrait amener à parler davantage d’autres réalités moins joyeuses comme les nombreuses atteintes au droits de l’homme dans tant de pays et que nos concitoyens ignorent quand il s’agit de pays « alliés » de l’Europe… Sans doute que le temps de diffusion des journaux du service public n’y suffirait pas. On pourrait aussi appliquer cela à la politique étrangère de l’Europe, sans doute le sujet le plus méconnu de tous (Pardon j’allais dire caché…)

    1. Cela m’apparait évident que les journalistes ont une très lourde responsabilité. Le temps consacré par toutes les chaînes de radio et de télévision aux élections américaines en est un vivant exemple. Nous suivons peu ce qui se passe (se trame ?) à Bruxelles pas plus que nous ne suivons les élections et leurs enjeux en Estonie, Finlande ou Malte. Qui est capable de donner le nom de responsables politiques Allemands ou portugais ? Paresse intellectuelle ?
      Il est vrai que résumer en 2 minutes (format fréquent) un vote important tient de la gageure. Et quand on veut s’informer se repérer dans le site web du Parlement européen tient du parcours du combattant

  3. Merci pour cet article. En 2016 j’avais envoyé un commentaire sur le rôle des médias ou plutôt leur non-rôle dans l’information sur les actualités et les institutions européennes. C’est un peu long pour le retranscrire ici mais je peux vous l’envoyer.

  4. Bonjour Arthur, merci pour cet article, et merci de suivre ce sujet très important de l’information relative à l’Union Européenne dans les médias.
    Au passage, j’ai récemment découvert ce site très intéressant qui donne un aperçu de tous les grands sujets abordés dans la presse européenne en temps réel, et ceci en Français, Allemand, Anglais, Turc et Russe…
    C’est fait par la Bundeszentrale für Politische Bildung (BPB), une agence publique fédérale allemande. On rêve que le gouvernement français participe à ça, pour avoir d’autres traductions en italien, espagnol, polonais, roumain, suédois, hongrois…
    Tout le meilleur encore pour 2021,
    Egmont

  5. « le moindre Lander allemand » : quand on s’intéresse à l’Europe, quelques connaissances sur les institutions du plus grand pays de l’EU ne font pas de mal. La République Fédérale Allemande est composée de 16 Länder (on peut aussi écrire Laender, et on prononce Lènd’r). Länder est donc un pluriel, dont le singulier est Land et non Lander. Evitons de nous ridiculiser …
    Ceci dit, il est parfaitement exact qu’on entend beaucoup plus souvent parler de l’Europe sur les radios allemandes que françaises (n’ayant pas la télé, je parle de la radio, c’est ce que je connais).

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