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Le Brexit… avant le Brexit

A l’heure où Boris Johnson semble sur le point de pousser encore plus loin la funeste farce du BREXIT, retour sur quelques dates clefs puisées au long de l’ouvrage « Brexit et maintenant ? » récemment commis par Pat Cox, président de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe et ancien président du Parlement européen.

1689 : La Déclaration des droits, fruit de la Glorieuse Révolution, jette les bases d’une monarchie constitutionnelle centrée sur le seul Parlement de Westminster, car la démocratie plébiscitaire ne fait pas partie de la pratique constitutionnelle britannique. De fait, lorsque le Royaume-Uni rejoint l’Europe, c’est le Parlement et non le peuple qui ratifie l’accord.

1962 : Le chef travailliste, Hugh Gaitskell déclare que l’appartenance au « Marché commun » marquerait la «fin de mille ans d’histoire», depuis l’invasion normande de 1066. L’opposition sur les questions européennes va diviser la vie politique britannique, tant chez conservateur que chez les travaillistes. Elle a poursuivie tous les Premiers ministres successifs, contribué à la chute de Margaret Thatcher, à l’exaspération de John Major, qui a traité ses détracteurs conservateurs eurosceptiques de «bastards», et a entrainé́ la chute de David Cameron et de Theresa May.

1975 : Premier référendum de l’histoire du Royaume-Uni pour honorer la promesse de Harold Wilson de consulter le peuple à posteriori sur les conditions de l’adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE en 1973. Les deux tiers des britanniques votent en faveur du maintien dans le Marché commun. Mais, le gouvernement travailliste se divise et viole la règle constitutionnelle de la responsabilité́ collective du gouvernement qui fonde le parlementarisme britannique. Par la suite, tous les traités et amendements de la Communauté́ européenne et de l’Union européenne seront ratifiés par le seul Parlement, sans consultation du peuple.

1999 : Nigel Farage est élu député européen. Il prendra la direction du Parti pour l’indépendance du Royaume- Uni (UKIP) en 2006. Il élargit le programme du UKIP afin d’exploiter les préoccupations des électeurs blancs à cols bleus au sujet de la hausse de l’immigration, au moyen d’un message politique nationaliste. En 2009, UKIP deviendra le deuxième parti britannique au Parlement européen, derrière les conservateurs, et une source d’inquiétude pour ces derniers.

2005 : Tony Blair promet un référendum sur le traité constitutionnel de l’UE, qui n’aura jamais lieu suite aux référendums aux Pays-Bas et en France. Le traité de Lisbonne est ratifié par le Parlement en 2008 sous la direction de Gordon Brown, sans référendum. Aux yeux de nombreuses voix eurosceptiques, cette absence de référendum est vue comme une promesse non-tenue, dans un paysage médiatique anglais qui, en trois décennies, est devenu résolument hostile à l’UE.

2009 : David Cameron jeune chef de l’opposition fait une concession à son l’aile eurosceptique en sortant les députés conservateurs du groupe Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen. Décision qui lui vaut un succès immédiat, mais contient déjà̀ les germes de sa chute à venir. Notamment, elle isole le jeune leader conservateur de la famille politique la plus influente de l’UE (Merkel, Sarkozy, Berlusconi…)

2010 : Cameron, n’ayant pas obtenu la majorité́ lors des élections générales, forme une coalition avec les Libéraux-démocrates pro-européens. Afin de rassurer ses propres eurosceptiques contestataires, et neutraliser UKIP, il promulgue la loi de 2011 sur l’Union européenne qui impose la tenue d’un référendum en cas de modifications futures des traités de l’UE. C’est une rupture constitutionnelle pour un régime dont la pratique, vieille de plusieurs siècles, est de privilégier la représentativité par rapport à la démocratie plébiscitaire.

2011 : Au plus fort de la crise de l’euro, la proposition d’un nouveau pacte budgétaire constitue une modification importante des traités qui déclencherait logiquement un référendum au Royaume-Uni. David Cameron exerce alors son veto, rapidement rejeté à 26 contre 1 dans le cadre d’un accord visant à procéder via un nouveau traité intergouvernemental à 26 et non un traité sur l’UE. Le Royaume-Uni s’est auto-exclu par son veto et pour la première fois depuis 1973, un traité relatif à l’UE sera rédigé sans signature britannique. Lord Ashdown constate : «En conséquence, nous avons perdu le contrôle de l’agenda européen et le Premier ministre a perdu le contrôle des demandes de référendum. […] la politique étrangère a été détournée par les eurosceptiques du Parti conservateur… ».

2013 : Dans la logique des épisodes précédents, Cameron annonce un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne : «Il est temps que le peuple britannique ait son mot à dire. Il est temps de régler cette question européenne dans la politique britannique.». Il espère ainsi se mettre en ordre de bataille pour ses prochaines échéances électorales et compte sans doute sur ses alliés Libéraux démocrates ne pas avoir à passer à l’acte…

2015 : Cameron obtient seul la majorité aux élections générales. Au pied du mur, il entame des négociations avec l’UE, et obtient en février 2016 un aménagement des traités européens à son profit. Accord pourtant insuffisant pour dompter les « conservateurs euroceptiques qui n’ont jamais été à la recherche d’un accord, mais bien d’une occasion pour sortir de l’UE…

2016 : Les électeurs britanniques votent pour quitter l’UE à 52% contre 48%, avec un taux de participation élevé de près de 72%. Pour David Cameron, c’est une défaite humiliante et auto-infligée. La question de l’Irlande du Nord n’a jamais figuré dans le débat de la campagne, une omission qui reviendra hanter l’establishment britannique comme pour ses aïeux, Gladstone et Asquith. Au terme d’un saut constitutionnel sans précédent, et sans la moindre préparation, l’Angleterre et le Pays de Galles, ont décidé d’une direction – quitter l’UE – mais non d’une destination où se retrouver. Enfin, la décision de la Court Suprême imposant à Theresa May d’obtenir l’aval du Parlement pour signer l’accord du BREXIT laisse face à face deux légitimités démocratiques, celle du Parlement et celle du référendum sans règle constitutionnelle pour les articuler…

Pat Cox

Pat Cox, président de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe et ancien président du Parlement européen
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Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

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