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Le Brexit ne sert à rien

On commence à percevoir les résultats du Brexit, le protocole étant entré en vigueur en 2019. Ils sont assez clairs : le Royaume-Uni a loupé le redémarrage du commerce mondial post-Covid. Et cet effet, sans surprise, se concentre essentiellement sur ses relations avec l’Union européenne. En deux mots, les importations depuis l’Europe en particulier ont chuté d’un quart. Ceci est d’autant plus impressionnant que la mise en place effective des contrôles douaniers sur les importations a été repoussée de manière répétée. L’impact est moins important sur les exportations, mais semble se traduire par une éviction des petites et moyennes entreprises aux profit des plus importantes.

Ceci pour les marchandises. Qu’en est-il des services, qui n’ont pas à franchir matériellement les frontières ? Ils représentent après tout de même 80% de l’économie britannique. Deux effets dominent : le secteur financier perd plus de 20% d’exportations vers l’Europe par rapport au reste du monde (alors que l’entrée en vigueur est là aussi repoussée en pratique), et de moitié pour les services professionnels. L’exemple des télécoms, avec une amélioration de 10% avec l’Europe par rapport au reste du monde montre bien que quand le traité du Brexit couvre un secteur économique, l’intégration se poursuit au contraire.

Face à cela, le gouvernement lui-même peine à présenter dans ses bénéfices du Brexit autre chose que l’abandon d’une politique douanière, la libéralisation à venir de la finance et la réduction des droits de l’homme. Ah si, et le changement de couleur des passeports, la possibilité de mettre une couronne dorée sur les verres de bar et le droit d’utiliser la livre comme unité de mesure. Pas d’ironie ici : il s’agit de trois bénéfices du Brexit sur les quatorze listés dans le  rapport officiel, encore qu’on se demande en quoi le droit européen les interdisait …

En d’autres termes, il n’y a pas de projet du Brexit à part une fermeture des frontières aux étrangers et la mise en place d’une préférence nationale, ainsi que la libéralisation de l’économie financière, du marché du travail et des échanges internationaux. C’est peu motivant comme alternative de gauche. Sur le papier, on pourrait imaginer une version « de gauche » avec fermeture du commerce international et création de monnaie pour financer tout ce qu’il y a à financer. Les expériences réelles, en particulier à l’échelle d’un pays moyen, ne sont pas très alléchantes.

Conclusion : le Brexit ne marche pas. On est dans les paramètres économiques des prévisions officielles du gouvernement pendant le référendum (le fameux « Project Fear »). Il ne permet pas une souveraineté populaire en contrepartie, le Gouvernement ayant centralisé ses pouvoirs contrairement à ce qu’il prétend. C’est la même leçon qu’en 2005 : pas de Plan B à l’horizon. la victoire du Non n’a débouché sur rien de positif. Et c’est une leçon qu’on pourrait méditer dans les débats de ces dernières semaines en France sur l’Europe et la désobéissance.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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16 Commentaires

  1. Ce qui est bien c’est qu’on ne les avait pas prévenu…
    Juste Mort de rire…
    Il faut jamais suivre un blaireau, style les mélés-mélés du RN… La clique a Lepen, ou Zemmour… c’est juste la guerre annoncée.
    Ils connaissent que la violence ou la brutalité de l’uniforme, les coups tordus et la perversion du pouvoir…
    C’est la mort de la France ces deux daubes.

    1. et puis on dira merci à Bolloré, Drahi et aux généraux de la tribune d’avoir semé cette merde… Pendant qu’ils revendent vos données en collectant toute votre vie privée…
      Vous leur appartenez… Tout est à eux…
      Brexxit ou pas, vous ne leur échapperez pas…
      vous pensiez vous échapper du camp de travail et regardez tranquillement 1984 ou Brazil à la maison ? Ne rêvez pas, le travail est votre salut… Un peu d’efficience et de management par la peur et ça devrait vite passer 45 ans de travail…
      On dirait presque que ça leur manque de cogner sur du juif ou du négro…
      Pas de souci, Bill Gates arrive avec sa piqûre bien qu’avec sa boîte de pandore nous finirons tous internet en Hôpital Psychiatrique.
      L’espérance ? De tous les mots c’est le plus puissant… et comme votre vie du début jusqu’à la fin ne vous appartient pas, ne perdez pas espoir.
      Que la justice divine entende ta supplique et que son épée réponde à ta prière.
      La liberté ?… mais vous n’avez même pas le droit de mourir…
      Arbeit macht frei.
      Tu dois juste obéir et tu va juste obéir.
      Bienvenue en enfer.

  2. Il me semble quand même encore un peu tôt en ces périodes troublées pour analyser les effets long terme de la libéralisation de l’économie financière, du marché du travail et des échanges internationaux.

  3. Il est effectivement beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions qui, à ce stade, risquent de ne rien remettre en question en Europe. Au cours des dernières décennies, les institutions européennes sont devenues un mastodonte qui échappe complétement aux peuples. Le Brexit, réussi ou non, reste un énorme signal d’alarme qui n’a pas été correctement évalué. La politique du ‘business as usual’, sans remettre en question le fonctionnement démocratique de l’Europe, va non seulement conduire à des appels à la désobéissance mais carrément à son explosion.

    1. J’en ai marre de ces lieux communs répétés à l’envi par les europhobes sans réfléchir et repris parfois par des europhiles. Les institutions européennes n’ont pas été conçues au départ pour être démocratiques. Si Schuman et Monnet avaient consulté le peuple français, il n’y aurait jamais eu la CECA. Depuis le traité de Lisbonne, au contraire, le caractère démocratique de l’Europe n’a cessé de se renforcer. Vous ne semblez pas au courant qu’il y a eu pendant un an une Convention sur l’avenir de l’Europe qui a permis aux citoyens de s’exprimer, qu’il est possible à un groupe de citoyens européens de saisir la Commission ou le Parlement, de savoir tout ce que fait un eurodéputé, les commissions, les commissaires etc. On ne peut pas en dire autant de nos institutions nationales. Mais il est facile de répéter comme un perroquet que les institutions européennes ne sont pas démocratiques… Ça ne mange pas de pain, mais ça alimente les arguments des europhobes et des Frexiters.

      1. Vous ne serez sans doute pas étonné si je souscris entièrement à votre commentaire.. en me permettant d’ajouter une considération supplémentaire, nourrie par la fréquentation, sur le terrain, de la vie quotidienne de l’Union européenne durant plusieurs décennies: à savoir que le problème fondamental n’est pas tant la sortie du Royaume-Uni… que celui de son entrée dans l’UE (ce qui vaut certainement aussi pour d’autres Etats membres en raison d’une approche quelque peu précipitée de l’élargissement de l’Union).

        En tout état de cause, Il me semble important de conjuguer les efforts de celles et ceux qui – plutôt que de relayer des rumeurs mais tout en ne renonçant pas à leur sens critique – ont une approche en connaissance de cause des réalités concrètes de cette construction et qui ne réclame pas autre chose que de laisser du temps au temps en raison de la complexité de celle-ci. A quoi l’on peut aussi ajouter que le relais des médias – à de rares exceptions près – n’est toujours pas à la hauteur du besoin d’information en la matière.

        1. post-scriptum (toujours en réponse à Roland):

          Il y aurait lieu de s’étonner du terme « mastodonte » à propos des institutions européennes.

          Que visez-vous ? Les effectifs employés dans ces enceintes? Au 1er janvier 2022, ceux-ci s’élevaient à 43000 fonctionnaires et agents assimilés, toutes institutions confondues – dont 32000 au service de la Commission européenne, soit l’équivalent du seul ministère français de l’Agriculture… et alors que celui de la Justice en emploie lui-même près de 90000 !

          Si, au-delà du personnel, votre appréciation porte aussi sur les structures, sachez qu’au sein de la Commission celles-ci se limitent à une trentaine de départements (les « Directions générales »), dont les compétences respectives correspondent à la mise en oeuvre des politiques qui lui sont confiées par les traités négociés par les gouvernements nationaux.

          Quant à ce qui échapperait « complètement » aux peuples, l’adverbe que vous employez mérite assurément quelques nuances. Les parlementaires européens – qui procèdent de l’élection au suffrage universel et dont l’influence sur la législation européenne n’a fait que croître au fil du temps- ne seraient donc pas des représentants des peuples ? Ainsi, si les commissaires sont proposés par les gouvernements nationaux, le rôle que jouent les eurodéputés dans leur investiture finale est loin d’être négligeable. Divers exemples ont montré que certains parmi les candidats pressentis n’ont pas franchi le cap de l’audition devant le Parlement européen. Est-ce aussi démocratique dans tous nos Etats membres ?

          En fait, pour en revenir à l’image du « mastodonte », je ne puis m’empêcher de me remémorer une scène-culte du film « La Dame de Shanghai », d’Orson Welles: celle où l’on voit un tireur s’acharner sur une suite de miroirs qui renvoient l’image d’un personnage qu’il ne parvient pas à localiser en raison de l’infinité des reflets ainsi démultipliés. Gare aux illusions d’optique lorsqu’on cherche, même avec les meilleurs intentions du monde, à stigmatiser exagérément « Bruxelles » !

  4. Ce n’est pas parce que la GB va mal que cette UE va bien, elle souffre du même mal que les économies de tous les pays qui constatent que cette mondialisation, cet ultralibéralisme, qui concentre toutes les richesses dans les mains de quelques enfants gâtés, est à bout de souffle et nous conduit droit dans le mur tant au niveau social qu’écologique.
    C’est ce que constate Macron qui fait passer pour siennes des idées vieilles comme l’UE : confédération, négociation des traités, une majorité qualifiée, plus de démocratie, UE élargie à de nouveaux vassaux, ateliers bon marché, une UE des riches à l’Ouest et une UE des pauvres à l’Est, au Sud…Macron se donne le beau rôle tout en souhaitant que ce ne soit pas pour demain, qu’on ne le prenne pas aux mots. Comme à son habitude, une com électorale pour pas cher.
    L’UE va mal, des promesses que les dernières décisions de l’UE contredisent. L’UE, dans les faits, persiste à poursuivre sa politique ultralibérale, une UE aux mains des intérêts de l’Allemagne, surtout, qui accroit sa domination en réarmant, à travers la présidence d’Ursula von der Leyden, des interventions de Scholz plus engagées en Ukraine que les coups de fil macroniens à Poutine pour l’effet drapeau, des pays de l’Est qui supportent mal ce leaderhip franco-allemand qu’une majorité qualifiée renforcerait, une UE qui « en même temps » qu’elle parle de démocratie renforce le contrôle numérique des citoyens, leurs devoirs, limite leurs droits, leur libre circulation autorisée pour les produits : portefeuille numérique, pass vaccinal… une UE encore plus que jamais instrumentalisée économiquement, militairement, diplomatiquement par les USA qui s’en servent, à peu de frais, par Ukraine interposée, pour combattre l’influence du bloc Russo-chinois…
    La France va mal, l’UE va mal, le monde va mal et tous les pays, les continents se replient sur eux-mêmes, se relocalisent, se droitisent, se nationalisent, s’arment, deviennent de plus en plus autoritaires. La France a été classée 26éme pour la liberté de la presse, démocratie défaillante par The Economist, Amnesty… Ce n’est pas en se réjouissant de la paille dans l’œil du voisin que l’on éradiquera la poutre qui obstrue notre regard !

  5. Merci Arthur. En effet, le Gouvernement britannique aura bien du mal à expliquer à la population la plus-value d’un Brexit qui porte préjudice, surtout, au Royaume-Uni. Sans parler de la situation tendue en Irlande du Nord, qui ne peut qu’encourager les Irlandais à rêver à leur réunification, ce que nous verrons peut-être dans les dix années à venir

    1. Quand vous mettez un texte en langue étrangère dans une image, et l’anglais en est une, il serait bon que vous traduisiez ! Dans un texte, il est possible de demander à google, mais pas dans une image. La dernière fois, c’était une demi page complète en anglais !
      Tout le monde ne connaît pas l’anglais ! C’est une question de politesse vis à vis de vos lecteurs.
      Pour cette fois :
      « Dépensons 60 milliards de livres pour le brexit raté, plutôt que pour système national de santé. »

  6. ajoutons les mots sur la portière du bus : Lose control = Perdons le contrôle.
    sur le vrai bus, il y avait, je crois : take back control = reprenons le contrôle

  7. Bonjour.

    Analysons l’histoire, elle nous montre que les Britanniques n’ont jamais été de grands européens, le général de Gaulle l’avait bien compris.
    Nous n’avons encore une fois pas voulu voir la réalité, le BREXIT est le retour de bâton.
    Nous rencontrerons encore d’autres désillusions qui seront encore plus graves si nous ne prenons pas le
    « taureau par les cornes » pour finaliser la construction européenne.
    Le reste est du blablabla, de plus, inutile de trop fanfaronner, nous risquons si nous continuons ainsi de payer cher cette absence d’ambition, que ce passera t’il si nous stagnons et eux progressent dans les années à venir ?

    1. Les Britanniques ne sont pas moins européens que les Français. ils ont été victimes d’un mensonge à grande échelle et de fake news des réseaux sociaux. Mais en France, nous ne faisons guère mieux: quand on additionne les scores de Zemmour, Marine le Pen ,Mélenchon, Dupont-Aignan et autres europhobes, on arrive à 50%. Cela veut dire que pour la moitié des Français, l’attachement à l’Europe passe au second plan par rapport au pouvoir d’achat, ou à d’autres considérations..Pas de quoi pavoiser.

      1. Bonjour Monsieur BARDOT.
        Les faits sont là, les Britanniques sont entrés dans l’UE en reculant, ils n’ont eu de cesse de tout renégocier (rabais de la participation au budget européen, opposition à t’ évolution fédérale de la construction européenne, clause d’exemption pour ne pas rejoindre la monnaie unique, etc,etc…) à leur avantages pour finalement nous quitter (BREXIT).
        Tous les Britanniques ne sont pas anti européens, oui il y a eu de gros mensonges lors de la campagne pour le BREXIT, mais ils ont votés pour nous quitter en ayant pas été très avec leur comportement passé.
        Quant au 50% des europhobes, à prendre avec des pincettes, n’oublions pas, et je l’ai déjà écrit dans mes commentaires, que beaucoup de nos politiques et de nos dirigeant jouent avec le feu en utilisant l’extrême droite pour manipuler l’opinion publique, honte à eux.

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