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La Zeitenwende : l’épitre d’Olaf Scholz à l’Europe de l’Est

Le 29 août dernier, Olaf Scholz a prononcé un discours remarqué à Prague sur le futur de l’Europe et la place qu’il attribue à l’Allemagne en son sein. Si la tonalité fédéraliste de cette adresse a été largement soulignée, peu remarquent qu’elle est toute entière tournée vers l’Europe de l’Est.

Après la reconnaissance des crimes nazis de rigueur dans tout discours allemand, Scholz insiste sur l’histoire des Européens de l’Est, pour qui la soumission à la dictature n’a pas pris fin en 45 mais à la chute du rideau de fer. L’évocation de l’URSS sert ici en réalité de reconnaissance en demi-teinte des erreurs stratégiques récentes de son pays sur la politique à suivre à l’égard de la Russie, et qui amènent à la fameuse Zweitenwende, le changement d’ère que nous vivons.

L’Union européenne doit donc entrer dans une nouvelle phase dans laquelle elle développe sa propre force pour assurer sa mission de paix. Au-delà du soutien à l’Ukraine dans la durée, cela passe par un réarmement militaire. Le partenariat américain est à la fois réaffirmé, témoin les derniers mois en Ukraine, et mitigé sur le long terme, nos cousins étant plus intéressés par l’Asie. Scholz appelle alors à la renaissance d’une industrie militaire européenne, qui dans son discours semble d’abord Allemande. Alors qu’il a quitté sur la pointe des pieds nombre de coopérations militaires ces dernières années, il en revendique désormais la direction, notamment sur la protection antimissile. Si tous les pays d’Europe de l’Est y sont associés, la France n’est d’ailleurs pas citée.

Cette nouvelle puissance est également économique, le choix réaffirmé de la mondialisation étant contrebalancé par des capacités européennes de production dans l’électronique, le spatial et une indépendance énergétique grâce aux renouvelables dont la production semble bizarrement contourner l’Allemagne.

Scholz se projette également vers un élargissement de l’Europe sur l’ensemble de ses marches orientales, ici préféré au projet de Communauté politique européenne macronien réduit à un forum de discussion entre dirigeant. C’est cette vision qui conduit à l’évolution souhaitée des Traités européens pour éviter les blocages, et en premier lieu à la fin de l’unanimité. L’alternative est la fragmentation de l’Europe en avant-gardes volontaires enchevêtrées et confuses. Curieusement, il propose que chaque administration de l’Union soit chapeautée par deux commissaires, pour rendre vivable une Commission à 36 membres ; le problème pratique est pourtant réglé depuis Juncker avec une organisation pyramidale et l’équivalent de secrétaires d’Etat.

L’Allemagne se positionne donc ici comme charnière entre l’Est et l’Ouest, de la même façon que la France le fait régulièrement entre le Nord et le Sud. Le franco-allemand est toutefois totalement absent de cette vision dans laquelle Scholz assume un leadership européen après les erreurs stratégiques de son pays en matière de défense et d’indépendance énergétique.

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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2 Commentaires

  1. Bonjour.

    Merci pour cet article, il n’est pas étonnant que l’Allemagne veuille assurer le leadership européen, elle a depuis de nombreuses années préparée le terrain au niveau des instances européenne avec une efficacité redoutable, la France elle s’est contenté de regarder et de laisser faire ?
    La guerre en UKRAINE lui donne l’occasion de parler ouvertement de réarmement de son pays s’en que personne s’en offusque ?
    Aide au réarmement de l’Europe dans le cadre d’ une armée Européenne, voilà ce que la France doit défendre, a-t-on déjà oublié les causes de la seconde guerre mondiale ?
    Pendant les diverses présidences de la communauté par des français dont la dernière, pendant ces deux dernières décennies ou on a rien fait pour finaliser le dernier stade du projet européen, voilà ce qui arrive, nous allons être relégué au second plan comme la majorité des pays du sud, les pays du nord et maintenant de l’est ne nous prenne pas trop au sérieux, c’est le symdrome latin.

    1. Mylord,
      vous écrivez très correctement notre langue, mais vous faites toujours une faute à « sans que », et « s’en » , ici et dans d’autres commentaires.
      « Sans que personne ne s’en offusque « 

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