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La Commission Von der Leyen néglige le français dans sa communication

Curieusement, l’avancée du Brexit s’accompagne d’une hégémonie nouvelle de l’anglais comme langue de communication de la Commission. Il y a quelques jours, on a eu la surprise de voir Mme Von der Leyen, une allemande francophone, s’adresser en anglais à ses homologues suisses ! Ce monolinguisme pose un problème d’accessibilité du public à la sphère européenne, dont se fait écho la section Française de l’Association des journalistes européens par une lettre ouverte que nous reproduisons ci-dessous.

Depuis son entrée en fonctions, la Commission dirigée par Ursula von der Leyen privilégie l’anglais pour communiquer. Le 23 septembre encore, la présentation du très attendu « Pacte pour les migrations et l’asile » a eu lieu uniquement dans cette langue, et le texte n’était disponible qu’en anglais. Or, il ne s’agit que d’une des trois langues de travail des institutions européennes. L’usage systématique de la langue de Shakespeare dans la communication de la Commission pénalise de fait les journalistes non anglophones, comme dénonce la lettre envoyée par l’AJE à la présidente de la Commission, au président du Conseil européen et au Secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, que nous publions ci-après :

 

Madame la présidente,

Nous tenons à vous adresser nos plus vives remarques concernant la présentation ce mercredi du pacte pour les migrations et l’asile. Les documents (communiqué, mémo, communication, propositions législatives) n’ont été présentés à la presse – et au public – que dans une seule langue (en anglais). Aucune version dans une autre langue de travail (français ou allemand) n’était disponible, plus de deux heures après la communication officielle. En fin de journée, seul le communiqué de presse de deux pages était disponible en français. Ce qui est hors de proportion avec les contraintes de rapidité du métier de journaliste.

Cela nous semble d’autant plus inacceptable qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais d’une pratique répétée, quasi systématique désormais, en particulier depuis votre arrivée à la tête de la Commission européenne. Nous le regrettons. Faut-il rappeler que l’usage de plusieurs langues est non seulement une obligation juridique des Traités, mais a aussi une portée politique et pratique précieuse.

Tout d’abord, le traité de l’UE a fixé comme règle une communication officielle dans toutes les langues parlées en Europe. Et la pratique a consacré l’usage simultané et égalitaire de trois langues de travail. Ces traductions ne sont pas une faculté pour les institutions européennes, mais une obligation. Obligation qui, si elle venait à ne pas être respectée, se traduirait par l’annulation des décisions prises. La jurisprudence de la Cour en matière de recrutement en témoigne.

Ensuite, les institutions européennes ne peuvent valablement continuer à vouloir lutter contre la désinformation si elles s’obstinent, de façon persistante, à ne communiquer que dans une seule langue. Le premier rôle d’un politique c’est de donner une meilleure information au public. Et comment le faire sans passer par le filtre linguistique ? Faut-il rappeler que des pays comme la Russie, la Chine ou les États-Unis mettent régulièrement la plupart de leurs décisions à disposition dans d’autres langues que leur langue officielle, notamment en français, en espagnol ou en allemand. Se priver de cet outil revient, de fait, pour l’UE à donner une prime à la désinformation.

Au passage, précisons en privilégiant une seule langue, vous donnez un avantage compétitif notable à la presse anglophone qui n’a pas besoin de traduire et peut reprendre des extraits d’un simple copier-coller. La presse francophone, et les autres, sont tenus de traduire, voire d’interpréter tous les propos ainsi que les termes techniques. Il y a là une nette distorsion de concurrence, contraire aux traités européens.

Enfin, comment vouloir « rebâtir la confiance » avec les citoyens, objectif fixé par vous-même, sans s’exprimer (a minima) dans les trois langues de travail ? Ce qui permet à chacun d’avoir une langue de proximité.

En souhaitant que des inflexions décisives soient données rapidement pour retrouver un minimum d’équilibre linguistique, nous vous prions, madame la Présidente, d’accepter l’expression de nos plus sincères salutations. Nous restons bien entendu à votre disposition pour évoquer cette question de façon plus détaillée.

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10 Commentaires

  1. Il y a longtemps que l’emploi unique de la langue anglaise dans les interventions de la Présidente de la Commission Européenne me choquaient. Comment le lui faire savoir ? Ne pourrait-elle juste employer sa propre langue ?
    Si vous mettez en ligne une pétition j’y souscrirai … Jacqueline Cousté

      1. Malte compte aussi l’anglais parmi ses deux langues officielles.

        Cela étant, quant au fond, la lettre de l’Association des journalistes européens met le doigt sur un substantiel problème de principe.

        En outre, des fonctionnaires européens anglais m’ont confié à quel point ils déploraient que le langage ainsi stigmatisé serait davantage la langue de Trump que celle de Shakespeare… même si, comme notre langue maternelle à l’effigie de Molière, le parler de l’ « outre-Manche » a pu évoluer depuis le XVIIème siècle.

        Enfin, on ne doit pas négliger le fait que cette prédominance du « globish » a été par ailleurs largement promue tant par les pays nordiques que par ceux d’Europe centrale et orientale depuis leur adhésion à l’Union européenne.

  2. Bah, ce n’est pas tant le Globish que le Trumpish… J’entendais récemment un jeune officiel Polonais nous parler anglais avec un accent américain à couper à la tronçonneuse…
    Le problème de fond, c’est que l’Europe, depuis 1945 n’a jamais réussi (ou voulu) s’émanciper de la tutelle étatsunienne, bien que le Mur de Berlin soit tombé en 1989 et que la Guerre Froide soit bien loin derrière nous…
    Moi je suis partisan d’une Europe unie, indépendante, sociale et solidaire (EUISS), oui, je sais, ça fait un peu long…

  3. Il est possible que je me trompe, mais, autant que je sache, chaque État-Membre n’a le droit de soutenir dans le cadre de l’UE qu’une seule langue officielle: l’Irlande a fait le choix de l’irlandais (si, si, c’est comme cela que cette langue gaélique s’appelle) et Malte du maltais. Cela fait qu’aucun État Membre de l’Union n’a l’anglais comme langue officielle – et donc que l’anglais devrait être abandonné comme langue officielle de l’Union.
    Le basculement vers une autre langue nationale ne résoudrait pas le problème d’équité entre citoyens de l’Union que vous évoquez très justement. Au risque de faire sourire, mais parlant sur la base d’expérience tout à fait concrète et personnelle comme d’analyse rigoureuse de bilan coût-bénéfice, je suis convaincu que seul l’Espéranto est une solution viable comme langue de communication égalitaire et facile d’accès pour tou(te)s les citoyen(ne)s de l’Union.
    Je recommanderais donc:
    1. une action en justice contre l’usage de l’anglais comme langue officielle;
    2. la promotion de l’Espéranto comme langue de communication internationale et égalitaire de l’Union Européenne

    1. Permettez-moi de vous renvoyer à une information qui clarifie le régime linguistique appliqué au sein des institutions européennes. Celle-ci a été publiée sur « Europa », site officiel de l’UE, sous le titre « Langues de l’UE » et est accessible au moyen du lien suivant pour la version française:
      https://europa.eu/european-union/about-eu/eu-languages_fr

      Or, après une énumération des 24 langues officielles actuellement en vigueur, on lit à la page 2 de ce document, que « même après le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, l’anglais reste une langue officielle en Irlande et à Malte ».

  4. Horripilée depuis longtemps par cette invasion de l’anglais, jusques et y compris dans la bouche de nos journalistes « lambda » (qui de plus négligent les notes en bas de page), je suis d’accord pour une sacrée pétition ! D’autant plus que je ne suis pas anglophone, m…alors comme disait l’autre aux mêmes angliches !

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