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France-Allemagne : amis pour (encore) 60 ans

Henri Lastenouse, secrétaire général de Sauvons l’Europe, a interviewé Gérard Bossuat, professeur émérite d’Histoire de l’Europe (et également membre de notre Association), sur les 60 ans du Traité de l’Elysée.

Avec les 60 ans du traité franco-allemand de l’Elysée, nous célébrons un acte fondateur de la réconciliation franco-allemande, qu’en pense vraiment l’historien ?

Il est étonnant de toujours mettre en avant le traité de l’Elysée de janvier 1963 comme borne de départ de la réconciliation franco-allemande ! Oui, il renforce cette réconciliation, il ne l’inaugure pas. L’acte décisif pour la réconciliation franco-allemande fut la Déclaration Schuman du 9 mai 1950, qui proposait la création d’une organisation fédérale de la production et de l’utilisation du charbon et de l’acier de la Ruhr.

En mai 1958, le général de Gaulle continua la politique de réconciliation avec l’Allemagne d’Adenauer, lancée par la IVe République. Il tenta en parallèle de convaincre ses partenaires européens de s’inscrire dans un projet d’Union Politique Européenne de nature souverainiste, sans partage de souveraineté.

Suite au refus des pays du Benelux d’abandonner le projet d’une Europe fédérale, de Gaulle persuade Adenauer de signer un traité de coopération franco-allemand, inspiré de son projet d’Union Politique européenne. D’où un traité de l’Elysée, peu contraignant en droit, mais symboliquement fort dans le contexte de l’époque, à peine quinze ans après la défaite allemande.

Si l’occasion nous est donnée aujourd’hui de célébrer la réconciliation franco-allemande, par où faut-il commencer ?

A Alger, en octobre 1943, Monnet avait suggéré à de Gaulle de créer une entité européenne de l’Ouest après la victoire, avec la participation  de l’Allemagne nouvelle, quelle qu’en soit sa forme, à égalité de droits avec les autres participants. Stupéfiant mais resté sans suite…

A partir de 1948, la réconciliation franco-allemande traduit une lente évolution côté français, face au constat qu’il n’était plus possible d’affaiblir l’Allemagne pour assurer la sécurité de ses voisins, parce que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne le voulaient pas. D’où une « renaissance allemande » encadrée par la Plan Marshall et le projet de Jean Monnet d’une Unité fédérale européenne comme réponse à la guerre froide.

Le gouvernement allemand, ravi de cette évolution, contribua au succès de la CECA. Adenauer travailla ensuite avec Guy Mollet, à la naissance de la Communauté économique européenne (CEE) et l’Euratom.

Aujourd’hui, quel regard pose l’historien sur soixante année d’amitiés franco-allemande ?

Les peuples allemand et français, et leurs dirigeants, eurent la sagesse de remplacer les mutuelles représentations destructrices de l’autre, par la recherche d’une coopération politique dans le cadre du projet européen.

Cette « réconciliation franco-allemande » n’aboutit pas pour autant à une gestion bilatérale des affaires européennes. D’ailleurs, avec le temps et la réunification allemande, les espérances idéalistes ont laissé la place à une realpolitik génératrice, parfois de graves tensions.

 

La mémoire de la réconciliation, du côté allemand, ne semble pas autant cultivée que du côté français. L’Allemagne a-t-elle encore besoin de la France ?

Ce texte a été initialement publié sur Témoignage Chrétien.

Henri Lastenouse

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l'Europe

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2 Commentaires

  1. Pensez-vous qu’un jour un journaliste écrira « Avec les 60 ans du traité russo-ukrainien de Sébastopol, nous célébrons un acte fondateur de la réconciliation russo-ukrainienne … »

  2. En effet, j’habite l’Allemagne et je n’ai perçu aucun signe de commémoration de la réconciliation franco-allemande, à part sur Arte, que les Allemands regardent beaucoup moins que les Français. Apparemment il n’y a aucune volonté de la part du gouvernement allemand de fêter cet événement. Naturellement, il y a d’autres thèmes importants actuellement, mais quand même… D’ailleurs mes enfants ont tout appris sur l’Holocauste à l’école allemande, mais pratiquement rien sur l’occupation de la France (ou même de la Hollande et autres pays) par les Nazis. C’est comme s’il n’y avait eu que des victimes juives. Et même plus encore : mes enfants ont entendu des moqueries à propos des Français du genre : « Si on voulait, on pourrait envahir la France d’un jour à l’autre, les Français ne savent pas se battre. » Bref, c’est un peu choquant à notre époque, non?

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