Essai transformé pour Mitsotakis

Sauf énorme surprise et évènement de grande ampleur susceptible de bouleverser la donne, le scénario de la seconde élection consécutive en Grèce était évidemment écrit d’avance. En retrouvant l’ancienne règle électorale accordant une prime à la liste arrivée en tête, le Premier Ministre sortant et leader de Nouvelle Démocratie allait facilement obtenir une majorité absolue lui permettant d’obtenir les coudées franches pour les quatre prochaines années. Rien ne semblait pouvoir affaiblir Kyriakos Mitsotakis si l’on tient compte du fait qu’il avait déjà résisté à un scandale d’écoute téléphonique ainsi qu’aux conséquences du pire accident ferroviaire de l’histoire récente du pays, les Grecs pardonnant volontiers tous les outrages à celui qui a su leur faire retrouver la voie de la croissance. Au final, cet événement important aura malheureusement eu lieu avec le naufrage tragique d’une embarcation de migrants entrainant la mort de plus de 80 d’entre eux. Mais il n’aura en rien rebattu les cartes, en tout cas pas dans le sens attendu.

La droite obtient donc un score relativement similaire à celui de mai, ce qui lui permet cette fois de remporter 158 sièges et la majorité absolue. Mais malheureusement, c’est surtout l’extrême droite qui aura enregistré une progression notable lors de ce scrutin puisqu’elle passe d’ un seul parti représenté avec 16 députés à pas moins de trois franchissant le seuil électoral et totalisant 34 députés. Il est à craindre que la crise migratoire ait finalement renforcé les tenants de la ligne la plus dure à l’encontre des réfugiés. Le pire d’entre eux, les Spartiates, fait une entrée fracassante à l’Assemblée en frôlant les 5%. Ce mouvement particulièrement radical entretient des relations ambigües – ce qui est malheureusement un euphémisme – avec les groupuscules néo nazis. Autre entrée préoccupante, celle du parti Victoire dont le discours complotiste antimaçonnique – les francs maçons sont carrément interdits d’adhérer par les statuts du parti – donne une idée assez précise quand à son positionnement. Se proclamant  les gardiens de la civilisation orthodoxe chrétienne et disposant à ce titre de certains soutiens parmi les prêtres les plus intégristes, l’ascension de ce parti a d’ailleurs entrainé la réaction officielle de l’Eglise orthodoxe grecque – phénomène inédit depuis le retour de la démocratie – qui s’est cru obligée de repréciser sa neutralité dans cette élection.

En ce qui concerne la gauche, Syriza poursuit sa chute en perdant 24 sièges par rapport à mai. Comme cela était anticipé, ce nouveau désastre a entrainé la démission immédiate de Alexis Tsipras. L’ennui est que personne ne semble se bousculer pour le remplacer et aucune candidature n’a réellement émergé, ce qui est assez inquiétant. Comme en mai, Syriza paie la dichotomie entre un discours radical dans l’opposition confronté à un exercice du pouvoir beaucoup plus pragmatique lorsque ce parti était aux affaires. Mais le plus décevant est encore que le PASOK n’a pas su profiter du nouveau recul de Syriza : la coalition social-démocrate obtient sensiblement le même score qu’il y a un mois ce qui, compte tenu de la prime attribuée à Nouvelle Démocratie, entraine un recul en sièges. Il semble que le PASOK et, du reste, la gauche en général ne soient pas parvenus à sortir de l’image du « tax and spend » martelée par la propagande de la droite conservatrice. De surcroit, la gauche s’est surtout contentée d’une campagne négative, ce qui ne peut fonctionner lorsque le gouvernement sortant obtient de bons résultats économiques. Pour s’en sortir, la gauche se devra de construire une alternative claire et donc un véritable projet d’action.

Nouvelle Démocratie a-t-elle les moyens de devenir durablement le parti dominant en Grèce ? Cette série d’élections pourrait le laisser penser : en effet, triompher de cette manière malgré toute une série de scandales démontre que le balancier est maintenant clairement orienté à droite. Reste à savoir si les raisons sont idéologiques ou simplement opportunistes et dépendantes uniquement de la bonne conjoncture économique. Mais la montée de l’extrême droite rend le constat encore plus amer et devrait du reste pousser Nouvelle Démocratie à radicaliser son discours sur l’immigration. Avec l’élection espagnole de juillet où l’on craint également une poussée du duo PP-Vox, il semble que l’opinion publique dans les pays méditerranéens exprime un sentiment d’abandon quand ils se voient en première ligne dans la crise des réfugiés. La question de la solidarité européenne sera donc encore plus pertinente dans les semaines à venir.

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5 Commentaires

  1. Ce que l’on peut remarquer c’est que la question de la solidarité européenne ne s’exprime pas actuellement sur la question des migrants. Dans un avenir proche elle risque d’ailleurs plutôt de s’exprimer en transformant l’UE en forteresse. Normal quand on ne pense que croissance sans limite au détriment des autres (principalement issus des pays du Sud) et de notre planète.
    Nous sommes des égoïstes.
    Jusqu’à quand, au détriment de qui et avec combien de morts ???
    A quoi servent et vont servir réellement les énormes profits accumulés par les multinationales qui modèlent ce type de société avec le consentement des états ?
    A continuer de mener cette guerre contre tout ce qui est vivant y compris nous même ou à préparer la dernière ?
    L’Europe a-t-elle réellement été « humaniste » ? Dans ce cas et si ce n’est pas une image d’Epinal, nous dérivons vers un inconnu qui n’est pas celui des matins qui chantent promis par notre « pauvre » civilisation décervelée et sans mémoire, sans culture, sans foi ni loi.

  2. « …les Grecs pardonnant volontiers tous les outrages à celui qui a su leur faire retrouver la voie de la croissance. » Cette phrase me donne froid dans le dos: seraient-ils prêts à vendre leurs âmes au diable pour une promesse de prospérité ? Surtout quand on voit les dérèglements du climat et la sixième extension que nous apporte cette croissance qui garantit les rentes des banquiers et de leurs actionnaires au détriment du reste de la planète. La victoire de ce parti montre que le mot démocratie a perdu tout son sens en Europe.

    • NON ! Présenter la situation comme étant la perte du sens de la démocratie en Europe est INEXACT. La démocratie européenne , c’est d »abord la liberté d’expression et de choix , e.a. à l’égard des politiques. Il y a un mouvement de balancier : le progrès ne vient pas sans croissance, et réciproquement. Il n’y aura pas de solution au problème de la politique européenne d’immigration, très preignant en Grêce, tant que celle-ci se limite à devoir accueillir des migrants. Ce qu’il faut, c’est mettre sur pied une politique d’aide sur place (le pays d’origine) aux populations aspirants à l’immigration afin qu’elle prospère dans leur pays. L’Europe est un faux paradis pour les migrants ; il suffit de voir leur comportement de haine et de révolte à la moindre étincelle de conflit socio-ethnique. Et en amont, la responsabilité des migrations mêmes repose sur la corruption régnante dans les pays dont ils sont issus.

  3. OUI ! Mais la liberté de choix que vous citez en exergue est limitée dans les faits quand une majorité d’écervelés lobotomisés ne croyant plus qu’à « la main invisible du Marché » confie un pouvoir sans aucun recours ni contrôle à des partis de droite voire d’extrême droite.
    Pour la croissance, un ancien dicton boursier disait que « les arbres ne montent pas au ciel ». Vieil adage oublié avec les algorithmes qui faussent les cours pour le plus grand profit de quelques actionnaires.
    Et cette croissance pour quel progrès ??
    L’extension des conflits ?
    Celle du pillage des ressources des pays du Sud par ceux du Nord ?
    Les famines qui profitent aux spéculateurs ?
    A qui profite réellement ce progrès brandit comme un étendard ?
    Quand à ce qu’il faut on devrait tous le savoir, c’est de l’amour et du partage. Or nous faisons collectivement tout le contraire. Alors bien sûr certains essayent de compenser individuellement en travaillant ou en soutenant des ONG qui vont réparer les dégâts humains, matériels, sanitaires… Et nos états dits « développés » (grâce déjà à l’esclavagisme) mettent des emplâtres sous forme d’aides (très limitées) mais surtout de prêts (n’oublions pas notre croissance !) pour corriger les effets de leur politiques néocoloniales prédatrices. Politiques qui prennent en otage ces pays du sud aux si conséquentes et convoitées ressources avec la bénédiction de dirigeants profitant, comme dans nos «démocraties», de la paupérisation du plus grand nombre !

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