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Conte de Noël européen

S’intéresser aux migrants (souvent réduits à un « problème », objectivation que chacun appréciera), à l’égalité entre femmes et hommes ou à la défense des LGBT signifie aujourd’hui, pour certaines personnes, être « bien-pensant » ou « droits de l’hommiste ». Assumons donc ces néologismes dévalorisants pour en être fiers, car après tout, en quoi serait-ce un souci de « bien » penser (prétention qu’SLE n’a jamais eue, la définition en étant impossible) ou de défendre les droits de l’Homme ?

Illustrons cette bien-pensance si écœurante pour Valeurs actuelles en soulignant l’initiative prise par quatre jeunes maires de capitales européennes ce lundi 16 décembre 2019. Face aux atteintes aux dérives autoritaires et aux atteintes à l’Etat de droit dans leurs pays, les maires de Bratislava (Slovaquie), Budapest (Hongrie), Prague (République tchèque) et Varsovie (Pologne) ont signé une « alliance des villes libres » à Budapest, en miroir inversé au « groupe de Visegrad ». Ce geste hautement symbolique a le mérite de mettre en lumière une opposition locale, certes encore minoritaire au niveau national.

Ces quatre élus pro-européens se sont ainsi engagés à promouvoir la dignité humaine, la démocratie, l’Etat de droit, la tolérance… Autant de thèmes – si galvaudés – qui ont le vent en poupe dans les pays concernés. Il n’a malheureusement pas été question de l’immigration, sujet visiblement trop délicat. Ils souhaitent également peser sur l’attribution des fonds européens, en demandant à ce que ceux-ci soient directement versés aux villes afin que les gouvernements nationaux ne les privent pas de ces subsides en raison de leur positionnement politique. Rappelons que Sauvons l’Europe a régulièrement appelé à conditionner le versement des aides européennes (fonds FEDER…) au respect des normes démocratiques inscrites dans les traités et des droits de l’Homme.

Alors que le Brexit semble désormais inéluctable, où les discours haineux fleurissent et ne sont même plus cachés, cet avant-goût de la trêve de Noël est le bienvenu ! Ah la bien-pensance… Que voulez-vous, on ne se refera pas.

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Solen

Solen est notre chargée de plaidoyer. Ses dadas sont le codéveloppement et les libertés.

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8 Commentaires

  1. Bravo !

    La pensée positive a parfois des conséquences négatives, mais la pensée négative n’a que des conséquences négatives.
    Et la pensée négative rend tout le monde négatif.
    Donc ce que les néofachos caricaturent en « bien-pensance » est la seule voie qui a permis à l’Humanité depuis son commencement de progresser vers le monde d’aujourd’hui, qui est le plus pacifique que l’Humanité n’ait jamais connu.

    Cette question résolue, si on s’attelait au vrai problème, c’est à dire la pérennité de la vie sur Terre ? Souhaitons que le Green New Deal européen naissant soit à la hauteur de l’enjeu.

    En attendant, je vous partage une réflexion récente, à la lumière de la lecture de l’Idéologie allemande, un ouvrage de Marx de 1844. Marx y parle de la contradiction dans laquelle l’individu peut être pris entre « mode de production » et « mode d’échange ».

    Je pense que la contradiction dans laquelle est pris l’individu européen aujourd’hui, c’est celle entre le mode de production encore majoritairement national de la conscience et de l’opinion politique, et le mode d’échange de plus en plus paneuropéen des opinions.

    Il n’y a qu’en développant toujours plus l’aspect européen de la production de la conscience politique des Européen.ne.s qu’on résoudra cette contradiction, parce que le mode d’échange paneuropéen quant à lui est un fait historique sur lequel on ne pourra pas revenir.

    Il suffit d’en voir pour preuve la vivacité du débat sur Twitter entre Britanniques restés en Grande-Bretagne, Britanniques habitant dans d’autres pays de l’UE, Européen.ne.s de différentes origines vivant en Grande-Bretagne, Européen.ne.s de toutes origines vivant un peu partout dans l’UE…

    Le débat ne fait que commencer. Souhaitons qu’il soit nourri, riche, constant, pour échapper à cette nouvelle guerre froide que les nostalgiques de la domination voudraient relancer. Tombant ainsi dans les travers déjà expérimentés il y a 150 ans par les états sudistes de l’Union américaine, en résistance vaine eux aussi contre l’histoire…

    Tout le meilleur à tout le monde pour cette fin d’année, et merci à Sauvons l’Europe de montrer la voie positive.

    Egmont Labadie

  2. Bravo aux maires des 4 villes citées et je signe en affirmant que je suis, je reste et continue à vouloir être « politiquement correcte ».. Bon Noël à tous les Européens qui me liront et qui pensent comme nous tous que l’Europe qui doit se construire doit être au service de l’humain plus que des gens de valeurs actuelles et autres banquiers, exilés fiscaux et trumpistes mal élevés et prépotents…
    Japprécie particulièrement le mouvement de Greta Shunberg

  3. « bien-pensant » ou « droits de l’hommiste ». J’hallucine ! mais qu’est-ce que c’est que ce charabia ?
    Certes, la langue bouge, et une langue figée est une langue morte, mais je crois que les mots ont droit à un minimum de respect. Les mots aujourd’hui sont démonétisés, dévalorisés: on dit n’importe quoi, n’importe comment.
    Comment voulez-vous que les valeurs qu’ils sont censées incarner ne soient pas, elles aussi dévalorisées ?

    Notre langue est un patrimoine que nous ont légué nos ancêtres, nos écrivains, nos penseurs… ce n’est pas un phénomène de mode.
    Depuis un demi-siècle la publicité triture et torture la langue, si bien que les mots ne veulent plus rien dire… alors, pensez donc, les valeurs qu’ils incarnent !

    Je ne suis pas un adepte du « politiquement correct » qui conduit à tous les abus, je suis pour le « parler vrai »: « appeler un chat, un chat », « call a spade a spade », « dire pane al pane e vino al vino »… en retrouvant les vrais mots, on retrouvera nos valeurs vraies dans toute leur force.
    Parlons donc d’humanisme et de solidarité, termes qui n’ont pas pris une ride.

    1. (à Joël Landais): « Droits de l’hommiste » est une expression forgée par un professeur de droit international dans – si j’ai bonne mémoire – les années 80. Qu’on la prenne avec une connotation plus ou moins ironique ou non, elle ne relève aucunement, aujourd’hui, du charabia… mais implique une réflexion sur les droits de l’homme.

      Pour ma part, je déplore davantage l’entrée en force, dans notre langage, de termes issus de la langue de Trump (Shakespeare est – hélas – « feu » depuis longtemps) , tels que « implementer » pour, en apparence, « simplifier » – effectivement, c’est du simplisme – le recours à l’ expression plus construite « mettre en oeuvre ».

      A titre d’expérience personnelle, j’ajoute que je n’avais pas accueilli avec beaucoup de sympathie le terme de « gouvernance » lorsque je l’ai découvert au début des années 90 dans des documents issus de l’OCDE, à partir du terme anglo-saxon de « governance ». Mais je dois aujourd’hui reconnaître qu’il est largement entré dans la terminologie politique… et que quantité d’ouvrages – essais ou écrits académiques – l’emploient dans l’intitulé-même de la publication.

      1. post-scriptum: avant de compléter ma réponse, j’ai souhaité vérifier la date de parution d’un pamphlet que Georges Bernanos avait publié sous le titre « La grande peur des bien-pensants ». Or, c’est bien en 1931- soit il y aura bientôt près de 90 ans – que ce que vous estimez être du « charabia » a trouvé droit de cité dans la littérature française.

        Je me garderai bien de pousser plus avant sur le fond, dans la mesure où cet essai comportait d’indéniables relents d’antisémitisme… car là n’est pas le propos: mon intention était seulement d’attirer l’attention sur le fait que l’expression utilisée par Solen – que certains appliquent à la droite et d’autres à la gauche – est loin d’être un néologisme.

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