ActualitésEn UneOpinions

Bon voyage, Monsieur Dumollet…

Avertissement de l’auteur : je ne puis être accusé d’être un anglophobe primaire, voire secondaire. J’ai fait autrefois une sorte d’« Eramus avant la lettre » en Écosse et en suis resté profondément marqué, à vie. Je suis un amant éploré de la culture britannique.

Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, les Britanniques ont été constamment invités à prendre part à toutes les étapes de la construction européenne. Jusqu’au début des années soixante ils ont constamment refusé, confirmant ainsi les prédictions (autoréalisatrices ?) de Winston Churchill. Mais constatant, une fois la reconstruction d’après guerre en voie d’achèvement, le franc décollage de l’économie des six grâce à la Communauté économique européenne tandis qu’ils s’enfonceaient dans la récession, ils commencèrent à frapper à sa porte.

Lorsque Georges Pompidou céda à leurs suppliques, ce geste eut au moins une conséquence positive durable. Il ouvrit le cycle encore inachevé aujourd’hui des élargissements successifs de ce qui allait devenir l’Union européenne. Ainsi, le tout premier de ces élargissements nous amena le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, la République d’Irlande et le Royaume du Danemark. Ce ne fut pas facile de passer de six à neuf. Avec le recul, il apparaît que ces trois nouveaux venus n’étaient peut-être pas les plus faciles à intégrer. Les négociations furent épiques. Ont-elles, du reste, jamais été achevées ? En tout cas, il est permis de se demander si elles avaient jamais fait la moindre référence à la nature profonde et aux objectifs réels du projet d’intégration européenne. L’adhésion de ces trois pays est toujours restée ambiguë et on peut penser que pour ces nouveaux membres les intérêts économiques et financiers avaient prévalu et prévalent encore sur toute autre considération.

Le spectacle, hier 15 janvier, des débats à la Chambre des Communes fut particulièrement édifiant et… affligeant. Accuser la seule Theresa May d’incompétence relève de la facilité. Le règlement de l’Assemblée nationale française précise que « Les députés sont investis d’un mandat national. Bien qu’élus dans une circonscription, chacun représente la nation toute entière. » De même, le Traité sur l’Union européenne indique (art. 14) « Le Parlement européen est composé des représentants des citoyens de l’Union », c’est à dire ni des États membres, ni de leurs citoyens, mais bien de toute l’Union. Les députés britanniques, eux, sont et restent les représentants de leurs « constituents » (l’électorat de leur circonscription) ; un peu bas de plafond pour un Parlement « national ». Bien sûr, et sans surprise, les discours des intervenants successifs étaient avant tout destinés à leurs électeurs respectifs. À une très remarquable exception près, aucun des intervenants n’a mentionné le projet européen. Cette exception fut Kenneth Clarke, député Tory blanchi sous le harnois, le plus fidèle et le plus profondément convaincu parmi tous les députés britanniques de la valeur profonde de ce projet, de ses racines, de ses objectifs et des espoirs qu’il continue de porter.

Il ne reste plus aujourd’hui qu’une probabilité quasi nulle de voir le processus du Brexit s’inverser. À supposer pourtant que cela survienne, même ceux qui préconisent un nouveau référendum pour revenir sur celui du 23 juin 2016 sont incapables d’énoncer précisément le résultat auquel ils souhaiteraient aboutir. Ils font cependant valoir, entre autres, mais à juste titre qu’en trois ans, ceux qui avaient 15 ans ont aujourd’hui accédé au droit de vote, que ce qui se joue est leur avenir et qu’un nouveau référendum ne constituerait par conséquent pas un déni de démocratie. Mais l’Union européenne a-t-elle absolument besoin de voir revenir un État membre qui n’a cessé depuis 45 ans d’exiger, veto après veto, (et d’obtenir !) des exemptions de ses devoirs et des faveurs en tout genre ? L’invocation de menaces que le départ du Royaume-Uni ferait, ou vraisemblablement fera a minima, peser sur l’économie européenne ne peut suffire à justifier qu’on rampe devant lui. Certains commentaires lus ce matin dans des organes parmi les plus respectables de la presse britannique sont ahurissants. Il paraîtrait ainsi que l’entrée de la zone euro en une récession profonde (résultant de son départ), amènera inéluctablement l’Union européenne à supplier le Royaume-Uni de revenir.

L’arrogance des Britanniques est incommensurable. Il est grand temps pour eux de faire le deuil de l’Empire des Indes et autres titres de gloire éculés.

Bon voyage, Monsieur Dumollet… et revenez si le pays vous plaît.

François Mennerat

Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire

Articles associés

3 Commentaires

  1. Merci pour ces rappels historiques significatifs. Toutefois n’est-il pas permis de douter que l’accent a été mis sur « la nature profonde et les objectifs réels du projet d’intégration européenne » lors de l’élargissement dont a bénéficié le Royaume Uni. Bien que le projet de l’UE ne puisse être réduit au périmètre de son budget propre, celui-ci n’était-il pas essentiellement affecté à la PAC ? Force est de reconnaître que la « réalité » du projet européen était surtout économique et que sa dimension politique était – et reste – fort réduite. Et nos amis britanniques ont largement freiné l’évolution nécessaire vers une intégration globale, économique et politique. L’Europe aurait sans doute avancé plus vite sans eux. Alors oui, puisqu’il le faut : Bon voyage…et revenez si le projet vous plaît !

  2. J’ai beaucoup aimé ce texte très rafraîchissant dans l’ambiance morose actuelle. Il n’est malheureusement pas certain que si UK sera perdante, UE sera gagnante. Pour le moins, cela a déjà remis les pendules à l’heure chez les nationalistes.

  3. Comme vous je garde une empreinte assez éblouie de l’Écosse. Mais ce n’est pas l’Angleterre: le Royaume Uni ne l’est pas tant que ça!
    Quant à l’arrogance britannique, elle est incomparable à l’arrogance française: ce sont des sommets qui se confondent.
    Cela étant dit, si Brexit il a, le Continent sera à nouveau isolé du Royaume Uni.
    Et les extrêmes droites pourront continuer à s’épanouir.

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page