Ukraine : un appel aux dons après plus de 1500 jours…

« L’opération militaire spéciale » lancée par Poutine le 22 février 2022 devait durer quelques semaines tout au plus. Quatre années plus tard, la Russie est certes en échec, mais il n’y a aucune perspective de paix.

Certains d’une victoire rapide, les tankistes russes étaient partis avec leur tenue de parade. Le président Zelensky était perçu comme faible par le Kremlin. Le pays devait s’écrouler rapidement. Et rien ne s’est déroulé comme prévu. Quatre ans plus tard, c’est une guerre d’attrition qui touche les deux camps.

« C’est un échec pour la Russie et un échec pour les Occidentaux, analyse Stéphane Audrand, spécialiste des questions de défense. La Russie a échoué à conquérir l’Ukraine. Elle maintient des objectifs maximalistes. Elle gaspille un capital humain et financier énorme. Mais c’est aussi un échec pour les Occidentaux au niveau de la défense de nos valeurs. Nous faisons payer à l’Ukraine le fait que nous voulons que ça nous coûte le moins cher possible. »

Ces dernières semaines, l’Ukraine a repris localement l’initiative, par exemple dans les oblasts de Zaporijjia et de Dnipro. Rien qui puisse inverser le cours de la guerre, mais, en février, elle a libéré plus de territoire qu’elle n’en a perdu. Cela faisait plus d’un an que cela n’était pas arrivé. « Il y a une dynamique intéressante en ce début d’année, l’armée ukrainienne génère un important volume d’attaques, continue Stéphane Audrand. Pourtant, les difficultés de recrutement persistent et il y a moins de personnel disponible. Mais la crise des munitions pour l’artillerie s’est estompée : le soutien européen suffit pour ne pas perdre de terrain. Et la production de drones a augmenté. » L’armée ukrainienne engrange également les fruits de sa difficile réorganisation. « La création des corps d’armée sur le modèle Otan permet une meilleure coordination des brigades, décrypte Stéphane Audrand. Et la coordination pour la rotation des troupes est meilleure, ce qui permet de mieux tenir la ligne de front. »

Après quatre ans de conflit, l’attrition touche aussi l’armée russe : elle perdrait plus de soldats qu’elle n’est en mesure d’en recruter. Les drones ont changé la face de la guerre : chaque armée utilise de 6000 à 8000 drones FPV, ces petits engins d’une portée de 3 à 40 km qui ciblent les fantassins et les véhicules. Le développement de drones de portée de plus en plus longue provoque une augmentation des frappes dans les deux camps, dans la zone de 40 à 400 km. Elles touchent les postes de commandement, les radars et la ­logistique. Récemment deux trains d’essence et de ravitaillement de l’armée russe ont été attaqués par des drones. « Désormais, l’Ukraine rend coup pour coup », constate Stéphane Audrand.

Bien conscient que le conflit au Moyen-Orient détourne l’attention de l’agression russe, le président Zelensky est venu à Paris appeler à continuer la mobilisation. Fait rare, il a accordé des interviews à Ouest France et à France Inter, et fait une conférence publique à Sciences Po Paris. Un « plan de com » ciblé pour que l’Ukraine ne soit pas oubliée par l’opinion publique. Un enjeu crucial est de renforcer la défense antiaérienne ukrainienne : elle manque de missiles pour abattre les missiles russes.

Face à une flambée des cours du pétrole, le Président américain a assoupli les sanctions sur les ventes d’hydrocarbure russe. La dérogation accordée par les États-Unis autorise à acheter du pétrole russe se trouvant actuellement en mer jusqu’au 11 avril. Zelensky alerte : « Entre les sanctions occidentales et les frappes ukrainiennes en profondeur, la Russie faisait face à un déficit de plus de 100 milliards de dollars en 2026. Mais, en à peine deux semaines de guerre au Moyen-Orient, Moscou aurait déjà récupéré environ 10 milliards de dollars grâce à la flambée énergétique. » Selon les experts, une hausse de 40 dollars par baril pendant six mois rapporterait 38 milliards de dollars de recettes supplémentaires à la Russie.

Ce nouveau conflit met aussi en lumière l’expertise de l’Ukraine. Les attaques iraniennes ont révélé, sans surprise, le manque de préparation et de savoir-faire des pays visés par les Iraniens dans la lutte contre les vagues de drones Shahed. Kiev a envoyé des experts de cette lutte et des intercepteurs low cost de drones dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Elle a proposé d’échanger ses intercepteurs contre les missiles Patriot dont elle a cruellement besoin.

Le printemps annonce la reprise des offensives, avec la possibilité d’engager des forces mécanisées – même si le champ de bataille est saturé de drones. L’incertitude sur le devenir du conflit demeure et un haut gradé français affirme qu’« il n’y a aucune perspective de sortie de crise ».

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Jacques Duplessy
Jacques Duplessy
Directeur du Comité d'aide médicale à l'Ukraine

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