Unis derrière Draghi, tout simplement !

L’Europe, ses nations et ses dirigeants sont-ils condamnés à répéter les mêmes erreurs à travers le temps et l’Histoire, faisant par la même occasion de Sisyphe l’incarnation ultime de l’action politique ? Anticiper, innover, fédérer pour conjurer l’antagonisme de nations aigries, voilà pourtant l’ADN et la vocation même du projet européen. Un mantra inlassablement répété par les pères fondateurs de l’Europe, témoins du suicide des nations européennes, puis ensuite, par des successeurs incarnant à leur tour l’intérêt européen et « l’union qui fait la force ».

Aujourd’hui, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) sauveur de l’Euro en 2012, Mario Draghi s’inscrit parfaitement dans cette tradition. C’est tout le paradoxe : l’économiste italien de 78 ans et son rapport sont sur les toutes lèvres, mais les résultats concrets se font rares, à l’heure même, où les mots urgence et souveraineté s’imposent tout en haut de l’agenda européen.

Une proposition : oser le fédéralisme pragmatique

A un tel point que demain, jeudi 12 février, le président du Conseil européen a convié l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement pour une “retraite” informelle afin de tenter de tracer une “feuille de route” sur la manière de réaliser au moins certaines des recommandations du rapport Draghi.

Draghi et Letta seront présents. Le premier a même ouvert les hostilités lors d’une intervention à l’Université de Louvain, où il s’est vu récemment décerner un doctorat honoris causa. Face à la disparition du monde rêvé par Francis Fukuyama, Il suggère une “approche différente”, celle d’un « fédéralisme pragmatique ».

Cette proposition de fédéralisme pragmatique, qui n’est pas sans rappeler « les solidarités de fait » chères à Jean Monnet, permettrait ainsi de combler « le vide européen » face aux offensives des nouveaux fauves russe, américain et chinois. Le tout, sans subordonner personne. Les États membres adhérant volontairement, la porte restant ouverte aux autres, à l’exception des saboteurs de l’objectif commun, soit une forme de coopération renforcée XXL.

L’Europe doit urgemment défendre ses intérêts

Publiquement applaudit, Mario Draghi sera-t-il suivi lors des débats de demain lorsque se posera la question centrale : « Rester simplement un grand marché, soumis aux priorités d’autrui, ou accomplir les étapes nécessaires pour devenir une puissance ». Peu de dirigeants européens défendent aujourd’hui une Europe fédérale, pourtant implicite dans l’intitulé du traité de Rome de 1957 : « Pour une union toujours plus étroite ».

Pourtant, la vraie question n’est-elle pas ailleurs, bien plus directe et simple : que personne n’assume d’assumer au grand jour. Le véritable défi n’est-il pas de mettre Mario Draghi en situation d’agir et d’exécuter son programme ?

La première étape d’un « fédéralisme pragmatique » n’est-elle pas déjà d’opérer une sortie par le haut d’Ursula von der Leyen ? Voilà l’urgence, point trop de débats constitutionnels ! Car comme aime à rappeler l’ancien président de la BCE : « Une Europe incapable de défendre ses intérêts ne pourra pas préserver longtemps ses valeurs. »

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Henri Lastenouse
Henri Lastenouse
Vice-Président de Sauvons l'Europe

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