Donald Trump vient donc, en toute illégalité internationale comme interne, de mettre en place une opération militaire dans un pays souverain et d’y procéder à un coup d’État.
Assourdis par le fracas venant de Caracas, beaucoup de commentaires se perdent sur le coup porté à des relations internationales fondées sur le droit, comme si la Russie où la Chine avaient attendu l’exemple américain pour s’en affranchir et se trouvaient soudain encouragées. D’autres réactions s’empêtrent dans la difficulté de défendre un dictateur qui a refusé de quitter le pouvoir quand il n’a plus gagné les élections. C’est manquer les deux leçons essentielles de l’événement.
Elles ne nous apparaissent pas clairement parce que nous ne parvenons pas à accepter de les voir, de la même manière que que nous n’avons pas voulu voir que le mouvement MAGA n’était pas un néoconservatisme exacerbé mais un fascisme qui refuse le droit, l’arbitrage démocratique, qui pratique la menace physique sur ses opposants, crée une milice pour rafler illégalement les étrangers, recourt à la force armée pour envahir symboliquement les villes dirigées par des opposants et accepte avec amusement l’expression revendiquée de sa composante néonazie. Il nous faut donc voir ce que fait notre plus grand allié – il ne s’en cache pas.
La première leçon est qu’America First n’est pas un isolationnisme, un repli sur les problèmes domestiques et un abandon de la mission de police du monde que les USA avaient endossée. Dans la rivalité avec la Chine, c’est une conscience que les USA n’ont plus demain les moyens de dominer seuls le monde. Pour rétablir l’équilibre, ils doivent donc s’appuyer sur l’exploitation et la vassalisation d’une zone d’influence qui leur est soumise. Le document stratégique revendique publiquement et officiellement ce retour à la doctrine Monroe pour l’Amérique du Sud. Sur X, le Département d’État explicite cette politique : « This is OUR Hemisphere ». Le crime du régime vénézuélien était son partenariat avec la Chine.
Si les Européens ont d’abord cru devoir se tourner vers l’opposition vénézuélienne, avec la prix Nobel de la paix María Corina Machado et le vainqueur de la présidentielle de 2024 Edmundo González Urrutia , l’idée ne semble pas avoir traversé les Etats-Unis. Trump a adoubé la vice-Présidente en poste Delcy Rodríguez, en accord avec l’armée vénézuélienne, confirmant pour l’heure la dictature en place. L’ensemble de l’opération, depuis les premières interceptions maritimes, s’est conduit sous le prétexte de la lutte contre le narcotrafic. Personne à Washington ne songe à réinstaller la démocratie dans le pays.
Le programme est simple et Trump l’a énoncé sans fard : les USA vont « run » le pays et prendre le contrôle de l’industrie pétrolière. Viktor Orban, seul européen à avoir refusé de condamner l’aggression, l’exprime également en toute transparence selon l’AFP : « Avec le Venezuela, les États-Unis sont désormais capables de contrôler 40 à 50 % des réserves de pétrole mondiales […] Je vois une sérieuse possibilité qu’à la suite de la mise sous contrôle du Venezuela, une situation énergétique mondiale plus favorable pour la Hongrie émerge, et c’est une bonne nouvelle ». Il s’agit pour être cru d’une politique très comparable à celle de Poutine envers ses Etats voisins, jusqu’à la révolte de Maidan en Ukraine.
La seconde leçon est plus dure à entendre, mais il faut l’énoncer.
Dans cette nouvelle doctrine Monroe, l’Europe n’est pas un allié bousculé mais l’autre zone d’influence exclusive des Etats-Unis.
Là aussi, le discours du vice-président Vance à Munich a été minimisé comme une provocation par un rouage périphérique de la présidence. Il s’agit désormais de la doctrine stratégique des USA, qui vise à intervenir dans la vie démocratique des Européens pour installer des régimes d’extrême-droite, jamais en retard d’une trahison. Ceci va de pair avec l’exigence de l’abandon de mesures de protection de la vie privée, numérique et de nos réglementations bancaires, avec des accords commerciaux inégaux et une injonction à orienter nos investissements vers les Etats-Unis plutôt que notre sol.
La pression exercée sur le Groenland pour la maîtrise des voies maritimes du Nord est réelle et la volonté d’annexion de Donald Trump doit être prise au sérieux même si le recours à la force militaire reste encore peu probable.
La méthode de négociation économique de Trump consiste à mettre en balance le soutien stratégique de l’Amérique avec des concessions commerciales financières, et régulationnistes, puis à demander plus si on cède sans par ailleurs tenir ses promesses de soutien. Le Royaume-Uni vient le mois dernier d’en faire l’expérience amère, Trump se retirant du partenariat technologique promis l’encre à peine sèche.
L’Europe n’est pas sans défense, elle n’est pas seule non plus. Il lui faut se désintoxiquer de sa dépendance aux industries financières militaires et technologiques américaines en développant des solutions propres ; cela n’a rien d’infaisable. Elle peut fédérer d’autres pays comme le Canada, le Japon et l’Australie dans une coopération défensive. Elle peut aussi explorer une désescalade avec la Chine. Il n’existe pas de solution miracle, attachons nous déjà à traiter nos faiblesses.



On avait fini par oublier que les USA sont et ont toujours été une puissance impérialiste, non pour des raisons idéologiques (en tout pas principalement) mais pour des raisons économiques. Trump l’a dit clairement et son petit valet Orban l’a suivi : il s’agit de pétrole, (comme pour l’Irak).
Et si les Japonais n’avaient pas attaqué à Pearl Harbor, ils n’auraient sans doute pas renouvelé le mythique « Lafayette…. »
Bref avec des alliés comme ça, on peut très bien se passer d’ennemis, et le problème c’est qu’on a aussi des ennemis , dont l’impérialisme n’a rien à envier à celui des USA. Enfin par crainte de « déplaire » à notre « ami » américain on s’est mis à dos presque la totalité du reste de la planète.
Peut-être serait-il bon qu’on se souvienne du slogan maoïste : savoir combattre sur deux fronts.
Accélérer la montée en puissance de l’Europe, la seule solution dans ce contexte. Une voie qui n’a rien de simple d’autant que nous sommes 27 et pas d’accord entre nous !
Je trouve l’affirmation « Accélérer la montée en puissance de l’Europe » complètement vide si l’on ne précise pas de quelle Europe il s’agit. S’il s’agit de l’Europe qui s’est construite depuis la deuxième guerre mondiale, de la « CECA », en passant par le « Marché commun », la « CEE », jusqu’à l’actuelle « U.E », cela ne pourra donner, de mon point de vue, que la position d’allégeance vis-à-vis des USA, plus ou moins mâtinée de protestations molles, affirmée par les instances européennes, ces derniers mois. Ce ne sont pas les quelques velléités de réformes aussi bien sociales qu’environnementales qui ont été introduites, en leur temps, au niveau européen, qui me feront changer d’avis, car ces réformes ont été balayées au gré des exigences du marché capitaliste sur lequel l’Europe s’est construite. « Le Green Deal », et son détricotage progressif, en est le dernier avatar. En réalité, ce sont les grandes entreprises capitaliste européennes, elles-mêmes dépendante du capitalisme mondial, qui décident à travers des personnalités politiques qui leur sont plus ou moins asservies. C’est donc d’une autre Europe dont nous avons besoin, celle qu’une gauche européenne éco-socialiste unifiée pourra construire ou pas, en contre point de l’unification européenne d’extrême droite qui est en train de se produire sous l’influence étatsunienne.
Bravo Arthur, les leçons d’histoire commencent à rentrer ! C’est un peu tard de le découvrir mais enfin l’essentiel est que la prise de conscience soit là : les USA sont LA puissance impérialiste depuis la 2e guerre mondiale (au contraire de la Russie ou de la Chine qui ne font que gérer des problèmes de voisinage relativement rares et s’efforcent dans ces épisodes, dans la mesure du possible, de respecter un semblant de droit international – alors que les USA sont fermement assis dessus et ne l’invoquent qu’au sujet des autres pays).
Concernant la remarque sur « Trump a adoubé la vice-Présidente en poste Delcy Rodríguez » c’est justement la partie logique de son intervention : il se conforme à la constitution vénézuélienne qui prévoit qu’en cas d’empêchement du président, c’est la VP qui prend le manche jusqu’aux prochaines élections. Appeler à nommer la « prix Nobel de la guerre » María Corina Machado ou le « vainqueur de la présidentielle de 2024 » (qui a compté les voix? vous?) Edmundo González Urrutia, cette idée (absurde) ne semble pas avoir traversé les Etats-Unis – évidemment. On ne peut pas imposer le dirigeant d’un pays étranger sauf à y provoquer de graves et durables troubles (cf l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, etc etc etc), même Trump (mais pas vous apparemment) le comprend. La politique n’est pas un concours de beauté.
Tout à fait d’accord pour ne plus tergiverser. Il faut que l’Europe prépare activement sa défense… si elle considère encore que le Groenland est partie de son territoire (ça n’est plus évident?). Mais comment faire confiance à une armée équipée de matériel made in USA, comme les avions de combat, par ex, qui restent dépendants de logiciels bloquables à distance par « l’allié » impérialiste?
La soumission de UVDL aux intérêts américains n’augure pas d’une indépendance voulue pour l’Europe…
Qui pour organiser un boycott des citoyens de l’UE des produits et services états-uniens ?
Si nos gouvernants, à Bruxelles comme dans les capitales des états memberes, se dégonflent, à nous de nous mobiliser. Mais qui pour organiser / planifier? Des ONG ? Des partis ?
Je boycotte à mon niveau mais je ne suis qu’un individu, àgé de plus…
Je partage l’analyse de cet article.
Je crois qu’il serait intéressant de s’interroger sur la balance coût – avantage d’un renversement d’alliance de l’Union Européenne en direction de la Chine. Ce n’est pas l’allié le plus recommandable, mais il a bien fallu s’allier à Staline pour vaincre Hitler…
Les États Unis ont, en effet, toujours eu une doctrine impérialiste par le passé, maïs c’est ce qui avait évolué ces dernières années. Ils s’étaient rapproché du droit international et respectaient les élections démocratiques d’un pays. Ce n’est plus du tout le cas avec Donald Trump, et il s’en affranchit avec comme seul boussole le prétendu intérêt Américain. Qui n’est que l’intérêt de la finance et surtout une vision dangereuse, y compris pour les États Unis.
Tout en prenant soin de me démarquer du ton quelque peu condescendant de certains commentaires à l’égard de Sauvons l’Europe, je souhaiterais compléter les propos d’Arthur Colin par un bref rappel historique au sujet des relations que l’UE en tant que telle entretient avec l’Amérique latine.
Si, jusqu’en 1975, l’orientation géographique de la coopération européenne au développement se concentrait sur une partie de l’Afrique où trois des Etats membres fondateurs de la CEE (France, Belgique et, à un moindre degré, l’Italie) avaient des intérêts particuliers hérités de l’époque coloniale, la donne n’était déjà plus tout à fait la même à partir de cette année-là en raison de l’élargissement de la Communauté : l’adjonction du Royaume-Uni au cercle initial des Etats membres a favorisé un redéploiement de la coopération non seulement en direction de l’Afrique anglophone mais aussi de divers pays des Caraïbes et du Pacifique. D’où la création du groupe des Etats connu sous le sigle « ACP » correspondant aux initiales des régions concernées. A ce titre, une prise en considération de l’ « Outre-Atlantique » était amorcée avec une forme d’association concrétisée par la première Convention de Lomé signée en 1975 et englobant quelques pays des Caraïbes, tels que la Dominique, la Grenade ou saint Vincent.
Parallèlement, mais dans une démarche moins ambitieuse, s’est amorcé un système de coopération géographiquement plus large tourné simultanément vers l’Asie et l’Amérique latine. Il a été mis en place en 1976 – non, du reste, sans une certaine maladresse bureaucratique sur le terrain de la terminologie, dans la mesure où les partenaires de la Communauté étaient désignés sous l’appellation de « non associés », une connotation plutôt négative destinée à distinguer les pays concernés de ceux liés à l’ « Europe des Neuf » de l’époque par un accord de type associatif (ACP et pays riverains du sud de la Méditerranée). La base juridique consistait en des accords-cadres conclus avec des pays individuellement ou avec des groupes de pays en matière de commerce et d’aide au développement.
Par la suite, les relations entre l’UE et l’Amérique latine ont été ponctuées de sommets à intervalles plus ou moins réguliers – le premier s’étant tenu à Rio en 1999. Du côté latino-américain, l’interlocuteur « régional » s’est institutionnalisé en 2010 sous la forme de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (CELAC) réunissant 33 pays. On soulignera toutefois qu’en dépit de la publication, en juin 2023, d’une communication de l’UE portant sur la définition d’un nouveau programme pour les relations entre les deux groupes le quatrième sommet UE-CELAC réuni en Colombie en novembre 2025 a été largement boudé par les principaux dirigeants européens – Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni et même Ursula von der Leyen n’ayant pas daigné y prendre part. Doit-on alors s’étonner des manifestations spectaculaires de l’affirmation d’un « pré carré » revendiqué par l’Ubu-roi trônant à Washington ?
Et si on avait le courage de réaliser le véritable cauchemar américain: une Europe de la pointe de Brest à Vladivostok ?
et faire de l’Europe la 1ere puissance économique mondiale ?
Rentrer dans la BRICS et renvoyer le dollar aux oubliettes..
… cris d’orfraie dans la toute la communauté “Sauvons l’Europe”… C’est pourtant bien ce que nous aurions dû faire dès 1991 si nous n’avions été autre chose que des braves toutous au service de l’Oncle Sam. On s’accommode sans vergogne d’un Israël genocidaire , allant jusqu’à frapper de sanctions ce qui oserait défendre un peu trop ardemment la Palestine , mais le grand méchant Poutine, on nous a trop bien dressé à aboyer des que son nom est prononcé.. C’est pourtant pas le pire , pas le meilleur non plus, mais où sont ils les meilleurs?… Il avait, contrairement à Trump, de bien bonnes raisons de devoir intervenir en cette Ukraine devenue un état marionette à la solde des américains et des vautours globalistes, noyauté d’éléments neo-nazi, corrompue jusqu’au trognon oú l’on a hysterisé la population par un discours ultranationaliste et viscéralement russophobe, et à qui on s’obstine à envoyer des milliards pour les convaincre de continuer à faire massacrer leur jeunesse sur le front , en pure perte… C’est vrai qu’á force de vouloir leur nuire à ces russes , ils finiront bien par nous détester.. Nous serons alors bien avancés, entre une Amérique qui nous lâche et une Russie qui nous déteste. Dans cette UE on se demande parfois si il y a un pilote dans l’avion.