Mort d’Helmut Kohl : les dirigeants du monde entier saluent un grand Européen

Considéré comme le père de la réunification allemande, Helmut Kohl est décédé ce vendredi 16 juin à l’âge de 87 ans. Ses obsèques sont en cours de préparation. A l’annonce de la mort de celui qui fut chancelier de 1982 à 1998, des personnalités du monde entier ont salué sa mémoire.

Sur la base d’un travail de recensement laissons s’exprimer quelques Hommages.

Pour Jean-Claude Juncker, l’ex-chancelier allemand était l’« essence même de l’Europe ». « La mort d’Helmut me peine profondément. Mon mentor, mon ami, l’essence même de l’Europe. Il va grandement, grandement nous manquer », a écrit le président de la Commission européenne sur Twitter, qui a annoncé que les drapeaux des institutions de l’Union européenne seront mis en berne.

Helmut Kohl « a rempli de vie la maison européenne, pas seulement pour avoir bâti des ponts vers l’Ouest et l’Est, mais aussi parce qu’il n’a jamais arrêté de concevoir des chantiers toujours meilleurs pour l’avenir de l’Europe. Il a toujours vu la perspective historique », a ajouté Jean-Claude Juncker dans un communiqué publié en allemand.

« Tous les Européens doivent s’incliner devant l’homme Helmut Kohl et son action qui a inspiré et mis en œuvre l’unification de l’Allemagne, en dépit des obstacles de toutes natures », a affirmé pour sa part Jacques Delors, président de la Commission de 1985 à 1995, rendant hommage à un « citoyen de l’Europe ».

« Nous perdons un très grand Européen », a regretté le président Emmanuel Macron, soulignant que « Helmut Kohl fut l’un des grands hommes de l’Europe et du monde libre ». « Helmut Kohl avait, avec François Mitterrand, forgé l’unité de l’Europe et approfondi la relation franco-allemande », a ajouté le chef de l’Etat français qui adresse à « Angela Merkel et à l’Allemagne, son témoignage de sympathie et d’amitié ».

Devenu homme politique, il participe activement à la construction européenne en tentant de mettre sur les rails son grand projet des États-Unis d’Europe. Helmut Kohl fut un des pères de l’euro, qu’il parviendra à imposer à une population allemande profondément attachée au mark.

« Peut-être qu’un autre chancelier aurait été capable d’accompagner l’unification des deux Allemagnes. Mais pas l’euro. C’est lui qui, seul, a tenu le projet à bout de bras, en continuant sa voie, imperturbable, sans prendre au sérieux les protestations et les menaces », confie un haut fonctionnaire français.

Avec François Mitterrand et Jacques Delors, alors président de la Commission européenne, il aboutit, en 1986, à la signature de l’Acte unique puis au traité de Maastricht en 1992. « Nous n’allions pas bien ensemble, a confié Daniel Cohn-Bendit. Pourtant, Kohl restera pour moi l’homme qui aura su prendre position. Lui et moi, nous étions, pour des raisons différentes, des Européens par passion. Cela restera toujours à mes yeux son mérite historique, d’avoir inséré solidement dans l’intégration européenne la réunification allemande. »

L’actuelle chancelière a affirmé que son prédécesseur avait « changé (sa) vie de manière décisive » par son rôle dans la réunification allemande. Il a été « une chance pour nous, Allemands », a jugé Angela Merkel qui, par la voix de son porte-parole, a salué un peu plus tôt un « grand européen ». « Helmut Kohl a été une chance pour l’Allemagne. Ce qui s’est passé durant les 27 années qui ont suivi n’aurait jamais été possible sans Helmut Kohl. IL restera dans nos mémoires comme un grand Européen et comme le chancelier de l’unité allemande. »

Pour Hubert Védrine, Ancien ministre des Affaires étrangères, « Il a été chancelier précisément au moment où l’affaiblissement de l’URSS et la politique de Gorbatchev ont fait que la réunification allemande est devenue possible, donc il a eu à prendre des décisions majeures, historiques par rapport à cela. Notamment est-ce que les Allemands acceptaient de lâcher le mark pour une monnaie unique. »

« C’était sans aucun doute une personnalité exceptionnelle qui laissera son empreinte dans l’Histoire allemande, européenne et internationale », a déclaré vendredi l’ex-président de l’URSS dans un texte publié sur son site internet Fondation Gorbatchev.

Sur Twitter, le président du Conseil italien Paolo Gentiloni lui a également rendu hommage. « L’Italie se souvient de lui comme le héros de la réunification allemande et de la chute du mur européen ». « Un véritable Européen nous a quittés aujourd’hui », a déploré le Premier ministre belge Charles Michel.

Via son porte-parole, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « très affecté » par l’annonce du décès de l’ancien chancelier qui était « un ami personnel ». « Tout le monde connaît le rôle historique qu’il a joué dans l’unification de l’Allemagne, ainsi que la direction qu’il a donnée à l’Europe en menant si bien cette unification », a-t-il ajouté.

« Helmut était un roc, à la fois stable et fort », a pour sa part réagi dans un communiqué l’ancien président américain George H.W. Bush qui était au pouvoir au moment de la réunification allemande, saluant « un vrai ami de la liberté » et « l’un des plus grands leaders de l’Europe d’après-guerre ».

Son successeur à la Maison Blanche Bill Clinton a lui aussi exprimé son émotion après l’annonce de la mort de son « cher ami ». Son « action visionnaire a préparé l’Allemagne et l’Europe au XXIe siècle », a déclaré dans un communiqué le 42e président des Etats-Unis. « Il lui a été réclamé de répondre à certaines des plus grandes questions de son époque, et en y parvenant il a rendu possible la réunification d’une Allemagne forte et prospère et à la création de l’Union européenne ».

Des « préparatifs sont en cours » pour organiser une cérémonie officielle européenne en hommage à Helmut Kohl, pilier de la construction de l’UE mort ce vendredi dernier à 87 ans, a indiqué dimanche à l’AFP une porte-parole de la Commission européenne. Le président de l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker a proposé l’organisation d’une grande cérémonie européenne pour saluer la mémoire du défunt. Il s’agirait d’une première, pour honorer l’un des trois seuls hommes à s’être vu décerner le titre de citoyen d’honneur de l’Europe, avec les Français Jean Monnet et Jacques Delors.

Une cérémonie sera organisée le 1er juillet au Parlement européen de Strasbourg, à laquelle assisteront les présidents des trois institutions européennes, ainsi qu’Emmanuel Macron, Angela Merkel et Bill Clinton.

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4 Commentaires

  1. Professeur en Etudes européennes et spécialiste de l’Allemagne, je ne peux que m’associer aux hommages qui saluent l’œuvre européenne du chancelier Kohl. Ayant vécu onze de ses seize années de l’ère Kohl en RFA, j’ai été un témoin de son engagement pro-européen qu’il partageait avec François Mitterrand et Jacques Delors. Dans mes cours, j’évoque cette période comme celle de  » l’âge d’or des relations franco-allemandes ». A ce propos, je me souviens aussi de « la larme de Kohl » lors des obsèques de François Mitterrand qui à l’époque ressemblait aussi à « l’alarme de Kohl », conscient de la détérioration du partenariat franco-allemand durant les années 90.
    Mais Helmut Kohl fut aussi un chancelier très conservateur. Il n’était pas au diapason d’une République fédérale des années 80 qui, traversée alors par « les nouveaux mouvements sociaux », s’interrogeait sur son passé et sur son modèle de société. La chute du Mur de Berlin, dont il ne fut pas l’homme, contrairement à l’unification du 3 octobre 1990, l’avait quelque peu surpris. Sa force fut alors de réagir rapidement et de préparer l’Allemagne à son unité. Son attitude envers la France, et le reste des partenaires communautaires, ne fut néanmoins pas exempte de tout reproche, bien que celle de Mitterrand ait aussi suscité quelques critiques. Justifiées pour certaines, celles-ci l’étaient moins pour d’autres, car Mitterrand avait dès le 3 novembre 1989, soit avant la chute du Mur, tracé le cadre d’une unification des deux Allemagnes.
    Aujourd’hui, les réactions sont unanimes pour faire entrer à tout jamais Helmut Kohl dans l’histoire. Mais l’histoire demande aussi un recul, une part de retenue pour rappeler qu’Helmut Kohl partageait des idées très à droite, n’appréciait guère l’esprit critique, s’accommodait de la présence d’intellectuels réactionnaires et n’aimait guère les autres femmes et hommes de culture. Son opposition au droit du sol et de la reconnaissance de la double nationalité pour les étrangers, nés en Allemagne, correspondait alors à son image droitière dont il ne se s’est jamais séparé.
    Enfin, il ne vaut mieux pas commenter ses affaires et sa très triste fin, entachée d’histoires familiales.
    Prof. Gilbert Casasus
    Université de Fribourg / Suisse

    • Bonjour M. le Professeur, Merci pour vos commentaires bien argumentés que je partage. Tout à fait d’accord sur le recul nécessaire et en particulier quand il s’agit de grandes personnalités. D’accord aussi sur la dernière phrase de votre propos. Mon article a été écrit dans un esprit pédagogique d’informations des européens et en particulier des jeunes générations qui ne savent pas forcément le rôle qu’ont pu jouer H. Kohl, F.Mitterand et J. Delors dans l’écriture de la Grande Histoire de la construction européenne jamais achevée
      . Bonne journée. Jean-Pierre Bobichon

  2. Nous garderons à jamais cette belle image qu’il nous a donné avec Mitterrand. Saluons ce grand homme.

    Je pense que Macron saura (en les actualisant) refaire les mêmes gestes fondamentaux pour le bien des Européens.

    L’Europe a la taille adéquate pour nous protéger du libéralisme sauvage. Macron prône un libéralisme sage, réglementé, et honnête qui protègera mieux les plus faibles. Il sait qu’il doit convaincre certains dans l’Europe qui croient encore aveuglément à la vertu de l’auto réglementation du libéralisme sauvage. C’est juste un manque d’intelligence. Macron a la pédagogie nécessaire pour les convaincre car l’Europe ce n’est pas (comme le croient bêtement les mélanchonistes) une extension de la France mais une association de partenaires, tous avides de leur part du gâteau. .

    Macron a compris la première clé pour avancer : se mettre d’abord d’accord avec l’Allemagne pour ensuite mieux convaincre les autres partenaires. Sarkozy et Hollande ont eu le tort de venir pleurer des avantages. Macron arrive avec ses projets de réforme pour la France, projets clairement annoncés à l’avance. D’emblée, ces projets audacieux, le placent comme sérieux et compétent. Oui comprendre les rouages de l’Europe et ceux de la planète, réclame une énorme compétence.

    Sa vision volontariste est nette. Elle tranche avec celle de Mélanchon qui vient juste pour « faire chier » les autres. Ce dernier n’ayant jamais bossé ne connait rien de la vraie vie du travail. Il défend les « droits acquis » sans tenir compte de deux clés essentielles : 1/ les droits s’accompagnent toujours de devoirs ; 2/ la valeur relative du « en fonction de l’évolution » vaut bien mieux que le statut absolu des « acquis ».

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