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Laurent Wauquiez et la lepénisation de la droite européenne

Laurent Wauquiez et ses amis ont eu un petit coup de chaud à l’arrivée de l’été. Les voici qui publient dans le Figaro une tribune sur le sujet européen.

On commence avec les classiques de l’euroscepticisme: les peuples se détournent de cette Europe trop technocratique, qui se mêle de ce qui ne la regarde pas. Soit. Puis on se chauffe avec une critique de Schengen:

Protégeons d’abord nos frontières. Lorsque deux millions d’étrangers entrent illégalement dans l’espace Schengen en deux ans, c’est une faillite collective. L’Europe ne résistera pas à cinq années supplémentaires de pression migratoire hors de contrôle. Il faut garantir aux États la possibilité de contrôler les frontières nationales jusqu’à ce que le renforcement des frontières extérieures de l’Union européenne permette de contenir la pression migratoire. C’est aux peuples d’Europe de décider qui entre en Europe.

L’Europe finance 50 % de l’aide mondiale au développement : nous devons la conditionner à la coopération dans la lutte contre l’immigration illégale et au retour des ressortissants en situation irrégulière sur le territoire européen dans leur pays d’origine. La libre circulation ne saurait être celle des clandestins, ni celle des terroristes. Les cas d’Anis Amri (Tunisien auteur de l’attentat du marché de Noël de Berlin de décembre 2016) et de Mehdi Nemmouche (terroriste français auteur de l’attentat du musée juif de Bruxelles), qui ont pu traverser librement les frontières intracommunautaires, nous démontrent tragiquement la nécessité de refonder radicalement Schengen.

Il faut donc un… budget européen, une police européenne, des douaniers européens et une diplomatie européenne plus forte pour faire rempart à l’entrée des migrants en Europe. C’est exactement le contraire du point de départ du texte sur moins d’Europe, mais c’est pas grave. Au passage, l’idée curieuse que remettre les contrôles aux frontières va empêcher les terroristes citoyens européens d’assassiner apparaît.

Enfin, c’est l’envolée lyrique:

Protégeons enfin notre civilisation. Certains ont voulu faire de l’Europe le laboratoire d’une mondialisation déracinée et apatride, sans identité et sans frontières. Au contraire, nous croyons à une Europe incarnée, fière de son Histoire, de ses racines gréco-romaines et judéo-chrétiennes comme de l’héritage de la Renaissance et des Lumières. Face à un intégrisme islamiste qui nous a collectivement déclaré la guerre, nous devons nous réarmer matériellement et moralement. L’identité européenne ne doit plus nous faire honte mais nous rendre fiers. 

En gros il y a deux camps: l’Europe bien de chez nous, avec ses clochers, et l’islamisme. On peut cocher le bingo de l’extrême droite d’entre-deux guerres, avec le déracinement, les apatrides, l’identité, la guerre collective et le réarmement moral.

Qui, exactement en Europe a eu le dessein de créer un truc apatride et déraciné ? L’imaginaire des proeuropéens tourne au contraire autour de la richesse de nos traditions et de la force que nous tirons à nous unir (« Unis dans la diversité »). Quelle idée que l’islamisme « nous » a déclaré la guerre, comme si il y’avait deux camps ? Les islamistes ont déclaré la guerre à TOUT le monde, et ils massacrent bien plus de musulmans que « gréco-romains-judéo-chrétiens-Renaissance-Lumières ». Sans aller puiser dans les virgules de sourates coraniques dont on se fout, il est aisé de constater que ce n’est pas le projet des musulmans qui ne constituent pas une armée unifiée. Si c’était le cas, avec entre 1,5 et 3 millions de musulmans en France, ce serait le massacre quotidien.

Nous sommes totalement dans l’imaginaire du Front National. Mais Laurent Wauquiez n’est pas une exception, et une bonne partie de la droite européenne est en train d’y glisser. Viktor Orban en est le prototype, et en Europe on parle plutôt d’une « Orbanisation » de la droite. Question de vocabulaire, mais le fond est le même. Cela se traduit par un rejet viscéral de l’étranger, et fort peu d’amitié pour l’Etat de droit.

Outre la Hongrie, la décomposition des conservateurs Britanniques a conduit à un Brexit dont la dimension xénophobe est désormais très marquée. La violence envers les immigrés a fortement augmenté, et vise notamment les polonais qui ne sont pas porteurs d’un Islam déclarateur de guerre. Le séisme électoral Italien repose bien sur en partie sur la concentration de migrants dans la péninsule, point d’arrivée depuis le Maghreb. L’un des seuls véritables points d’accord de la Ligue et des 5 étoiles est d’ailleurs sur la nécessité de juguler ces arrivées. Jusqu’au ministre de l’intérieur français qui annonce que certaines régions françaises « sont en train de se déconstruire parce qu’elles sont submergées par des flux de demandeurs d’asile ». Qu’il y’ait des difficultés, soit, mais des régions françaises en déconstruction ? Lesquelles ? Là encore, submersion, l’image est forte.

Il y a une fatigue sociale en Europe après dix années de crise et de chômage, qui trouve pour partie un exutoire dans le rejet de l’étranger, au moment où une conjonction de crises accroît fortement le nombre de migrants. C’est une vague qui déferle sur toute l’Europe et qu’il faut prendre sérieusement. Et une bonne partie de la droite semble submergée.

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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2 Commentaires

  1. C’est sûr que là on a l’impression que le fascisme fait son grand retour…Alors que la planète exige de nous toute la concertation possible, et que la mondialisation de fait rend ces discours totalement obsolètes…Ils sont en plein dissonnance, et ne peuvent qu’avoir tort sur le fond. Mais ne nous laissons pas berner : il y a sûrement une grosse dose de cynisme politique là-dedans. Le but est bien de faire du populisme pour reprendre le pouvoir à un Macron économiquement libéral autant qu’eux, mais moins fermé culturellement. Cependant l’histoire nous apprend qu’à utiliser les armes d’autrui, en particulier des extrêmes, on court le danger de faire leur jeu. C’est donc une stratégie hautement dangereuse, qui signale une droite française en plein désarroi, encore plus qu’à l’époque sarkozyste, où déjà ces discours avaient échoué. Et s’ils veulent faire de « l’internationale des nationalismes », ils seront bien obligés d’admettre une fois élus que c’est l’international qui prime, si on veut aller dans le même sens, sinon, c’est le nationalisme, avec tous ses défauts : fermeture d’esprit, étroitesse économique, limitation des perspectives, impuissance internationale, voire conflits divers jusqu’au conflit armé. Tout ceci ressemble donc à une vraie impasse intellectuelle. Vu le parcours d’études de LW, on comprend bien qu’il sait tout ça et que ça ne peut donc être que du cynisme. Rien de bon à attendre de tout ça, et une stratégie à double face qui risque d’être très vite exposée…

  2. Les Partisans de la construction d’une Europe du progrès et des libertés se trompent lorsqu’ils refusent de voir que les islamistes présents dans nos sociétés jettent l’anathème sur nos libertés, notre volonté d’une égalité femmes/hommes, d’une liberté de conscience qui fait du religieux une question privée. Ce serait refuser de voir la progression spectaculaire du voile dans l’espace public et social, la revendication d’espaces de prière dans l’entreprise, l’université, la volonté de faire primer les exigences de la charria sur les lois républicaines,comme le refus de serrer la main d’une femme ici ou là, les divers « problèmes » dans le système éducatif, l’hôpital. Donc le refus d’un état laïc. Mais l’islamisme n’est pas l’islam. Cependant les institutions représentative de cette religion ne sont pas empressés à condamner les premiers. Ce n’est pas être FN, ni LR sauce Wauquiez que de regarder cela en face. C’est même désirer sauvegarder la concorde sociale et la vie en commun dans notre pays. C’est vouloir que les lois de la République s’imposent à tous de la même manière.
    Ensuite on ne peut pas faire que les citoyens en grande difficulté matérielle ne trouvent pas qu’ils ne sont pas assez soutenus, eux, lorsqu’ils voient les efforts de organisations humanitaires et le coût pour le budget de l’état de l’accueil des réfugiés ou des immigrés clandestins, même si personnellement j’estime que cet accueil ne présente pas des moyens suffisamment dignes sur le plan matériel. Je considère qu’il faut toujours accepter de voir ce que l’on voit et de dire ce que l’on voit. Cela signifie que les lois sociales ne sont pas assez protectrices de nos concitoyens pauvres et précaires. Mais je suis en désaccord total avec LW qui s’en sert pour recycler des thèmes de la nostalgie et des faussetés nationalistes.

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