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La pêche, un enjeu majeur pour l’Europe

Par deux fois, Sauvons l’Europe a participé à des projections du film des « Lois et des Hommes » de Loïc Jourdain suivis d’un débat : le 13 octobre, avec la plateforme les Communs, à l’Espace St Michel et le 20 novembre, en partenariat avec l’association Europe Ensemble, à Blois en présence de Philippe Boisneau, pêcheur.

Sauvons l’Europe a souhaité soutenir ce film.  En effet, le film « des Lois et des Hommes » présente le combat des membres d’une communauté pour défendre sa dignité, face à une réglementation européenne lui paraissant injuste.

Leur véritable force est d’avoir su dialoguer avec une Europe qu’ils auraient pu rejeter en bloc, d’avoir eu la patience de s’appuyer sur la Commission et le Parlement pour défendre leurs droits, soulignant ainsi la complexité – voire l’absurdité – du manque de dialogue entre les institutions européennes et, surtout, le fait que « Bruxelles » n’existe pas en tant que telle mais qu’elle est bien composée d’Etats membres aux volontés souvent contradictoires.

En expliquant les arcanes de l’Union Européennes et en faisant progresser l’Europe au service des citoyens – ici des pêcheurs, ce film s’inscrit pleinement dans les valeurs portées par Sauvons l’Europe : promouvoir une Europe progressiste, solidaire, soucieuse du développement humain.

Au-delà de ce combat pour le soutien à une pêche artisanale dans ces zones insulaires, ce film ouvre sur les enjeux plus généraux de la surpêche et la situation catastrophique du début des années 2000, qui a conduit à la réforme de la politique de la pêche de 2009. Les trois sujets principaux sont la flotte, les techniques de pêche et le contrôle de la politique de la pêche.

Le premier enjeu est celui de la réduction de la flotte, bien davantage que la gestion des quotas. En effet, réduire les quotas si la flotte reste stable est contradictoire avec l’objectif d’une rémunération satisfaisante pour les pêcheurs. Les Etats-Membres sont tenus de rendre un rapport explicitant les mesures qu’ils prennent pour réduire leur flotte. La flotte européenne a commencé à se réduire, mais l’évolution est nécessairement lente pour éviter une casse sociale dans le secteur.

Indépendamment du nombre de bateaux, les techniques de pêche doivent évoluer pour être moins agressives envers les fonds marins et les stocks de poissons. Après la bataille politique du chalutage en eau profonde (dorénavant interdit au-delà de 800 mètres de profondeurs), c’est la technique de la pêche électrique qui fait l’objet d’un débat, suite à la demande de généralisation par les Pays-Bas. Cette méthode est actuellement autorisée de manière expérimentale. L’association Bloom a lancé une pétition pour éviter une telle généralisation. Une tribune publiée dans le Monde appelle, au contraire, à bannir définitivement cette technique. Le vote en commission Pêche du Parlement européen a été favorable à l’extension de la pêche électrique, mais cette tendance s’est heureusement inversée lors du débat en plénière et le Parlement s’est prononcé contre la pêche électrique par 402 voix contre 232. A titre individuel, il est possible d’acheter du poisson en privilégiant des techniques à faible impact, comme le montre cette infographie de l’association Bloom.

Enfin, le contrôle de la politique de la pêche doit s’améliorer. La Cour des Comptes européenne constatait dans un rapport de 2007, de « graves carences ». Un rapport plus récent, publié le 30 mai 2017, soulignait les progrès accomplis en 10 ans sur le contrôle de la pêche en Europe. Cependant, des « efforts supplémentaires sont nécessaires » indique la CCE. Parmi l’ensemble des constats, deux sont particulièrement problématiques. D’une part, les sanctions à appliquer, dont les niveaux sont du ressort des Etats-Membres, ne sont pas « toujours dissuasives ». D’autre part, les règles du contrôle des pêches sont allégées pour les navires de moins de 12 mètres. En raison de la structure de la flotte en Europe, près de 90 % des navires ne sont pas ainsi tenus de disposer d’un système de surveillance par localisation par satellite. Il s’avère qu’en Méditerranée, les navires sont majoritairement de petite taille. Cette moindre surveillance est donc un enjeu particulier dans cette zone où la surpêche est importante.

La politique européenne environnementale est une réalité sur la pêche, comme sur d’autres thématiques avec la directive-cadre sur l’eau, la réflexion l’économie circulaire ou les objectifs de développement des énergies renouvelables. Cependant, les exigences pour les Etats-Membres, bien que nécessaires, restent évidemment insuffisantes. Surtout, elles conduisent à un choix implicite et pas toujours assumée politiquement : celui de faire reporter sur les autres pays la pollution ou la pression sur les ressources que notre mode de consommation actuelle induit. Ainsi, pour la pêche, l’Europe doit exiger des règles pour l’importation des produits de la mer en Union Européenne (21 milliards d’euros en 2014, les trois premiers pays fournisseurs étant la Norvège, la Chine, l’Equateur). Evidemment, accroître les exigences environnementales (et sociales) aura pour conséquence une hausse du prix et de devoir manger un peu moins de poissons. Mais nous n’avons qu’une Terre et « bientôt il sera trop tard ».

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Benoit

Benoit est membre du bureau de Sauvons l'Europe et responsable des études et publications

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2 Commentaires

  1. Le film « Des Lois et des Hommes » est projeté cette semaine au Ciné 7 Mares à Elancourt (78) Vendredi 9 mars : 14h, Samedi 10 mars : 18h15 et surtout
    Mardi 13 mars : 20h30 suivi d’un débat avec Mehdi Mahammedi-Bouzina
    du Bureau National de l’association Sauvons l’Europe !
    Eric Hardin

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