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La crise européenne du Parti socialiste

Ce week-end, le Parti socialiste refaisait son consensus autour de la question européenne. L’exercice a viré à l’aigre. Pourtant l’effort devait être salué: Un processus collectif avait été mis en place pour faire remonter nombre de contributions qui ont fait l’objet de synthèses et ont été incorporées dans le texte.

Le résultat est cependant compliqué. Calibré pour pour rassembler des positions qui sont devenues irréconciliables sur l’Europe, le texte adopté avec un score de maréchal ce jeudi promet tout à la fois une ambition européenne forte et crédible, et un refus de tout jeu politique avec les libéraux et conservateurs européens incompatible avec un parlement européen élu à la proportionnelle intégrale sur un continent entier. C’est sur ce coeur du texte qu’apparaît pleinement l’inconfort de la situation; il vaut la peine de le citer:

La logique des grandes coalitions européennes, qui organise la confusion entre droite et gauche à l’échelle de l’Europe, désespère les peuples en accréditant l’idée qu’il n’y a pas d’autre alternative que celle des «populismes». Nous ne céderons pas à l’imposture macroniste d’une prétendue alliance des progressistes européens qui masquerait la collusion avec les libéraux et les conservateurs. Elle propage l’idée, que nous réfutons, qu’il n’y aurait que deux camps, pour ou contre l’Europe. Nous le répétons, les nationalistes sont nos ennemis, les libéraux et les conservateurs nos adversaires.

Le Parti socialiste européen (PSE) en a tiré les conclusions pour lui-même, à Lisbonne, en décembre 2017, en rejetant toute alliance avec les partis de droite, libéraux et conservateurs. Cette orientation doit être réaffirmée et menée jusqu’à son terme. Nous la défendrons sans transiger au sein du PSE. Nous, socialistes français, plaidons pour la construction d’une gauche européenne qui assume une rupture avec les politiques libérales et austéritaires et construise une alternative progressiste et écologiste. Au lendemain des élections, nous proposerons au Parlement européen la création d’un intergroupe à l’ensemble des gauches et des écologistes pour mener ensemble des combats communs.

Posons en regard le texte adopté par le PSE et « cité » ci-dessus; observons qu’il est remarquablement moins précis  :

En outre, nous voulons construire de nouvelles alliances avec les forces progressistes et vertes sur les sujets où nos visions se rejoignent.

Mais là où le parti central de la gauche pouvait vivre avec des positions savamment ambiguës, ses membres ne sont plus prêts à accepter des synthèses héroïques dans un organisme à la recherche d’un nouveau souffle. La stratégie consistant à éviter à tout prix de s’entre-déchirer pour se reconstruire touche ici ses limites. Si elle a en partie évité les procès rétrospectifs sur le quinquennat passé, elle ne permet pas au PS de disposer d’un message, ni d’une voix.

C’est d’abord Pierre Moscovici qui par un texte intitulé « Sauver l’Europe » (un jour on fera payer les royalties et on sera riches) acte sa rupture. Sans quitter le parti, celui qui aurait pu être le candidat du bloc progressiste en Europe à la tête de la commission jette l’éponge en raison de divergences fondamentales. Il indique très justement que le refus de principe de participer à la négociation de la formation de la Commission européenne, qui compte tenu des institutions européennes est « forcément pluraliste », revient pour le PS à « s’isoler dans une tour d’ivoire ». Nous souhaitons bonne chance au PS pour trouver une meilleure locomotive aux élections européenne qu’un candidat de toutes les forces socialistes du continent à la tête du gouvernement européen.

Cette habileté dans l’équilibre n’a pas non plus permis de retenir une aile gauche du PS déjà au bord du départ. Son texte, mal voté, ne parle que de ruptures à chaque coin de page. Il n’est pas totalement certain qu’il serait en l’état majoritaire au sein du groupe GUE du Parlement européen. C’est donc Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann qui prennent également leur congé du ps.

Si le PS cherche à se défaire de toute responsabilité d’un choix de ligne européenne, suggérons lui un moyen élégant: au congrès de Lisbonne, le PSE a adopté une seconde résolution portant sur le choix du candidat à la Commission. Celle-ci ouvre la possibilité à l’organisation de primaires aux citoyens pour départager les candidats et leurs lignes. Pourquoi ne pas laisser les sympathisants du PS choisir, tout simplement?

 

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Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

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12 Commentaires

  1. La montée des nationalismes n’est due qu’à la faiblesse du gouvernement européen, de sa structure antidémocratique, de la toute puissance de la commission,de son incapacité malgré les promesses après chaque crise de se réformer. La question n’est pas pour ou contre l’Europe mais pour ou contre une autre Europe. Hollande, en ouvrant le PS à l’ultralibéralisme, loi sur le travail, a détruit pour longtemps son image, sa crédibilité. le nom même de socialisme. Il,manque un parti politique écologiste social. L’écologie en elle-même est sociale. Elle veut le bien des peuples et de la planète mais suppose un changement total du système, d’angle de vue, une écologie qui fasse passer le bien des peuples, de leur santé, avant les profits des lobbies.

    1. Eh oui… Polo, toute la question est précisément là : les Socialistes doivent vouloir mettre en oeuvre une politique qui vise un combat écologique á tous les niveaux et social dans le sens où ce sont les Financiers et banquiers qui cédent devant les nécessités des gens. Pierre Moscovici a eu bien du mal à se défendre mardi dernier sur Fr2 devant Elise Lucet,qui lui demandait des justifications au sujet des grandes entreprises du luxe établies en Suisse où personne ne fait rien en terme de production alors que les grands directeurs et patrons de ces entreprises travaillent et résident en France, mais payent des impôts très réduits en Suisse (reportage édifiant!!). Si dans cette Europequ’ile faut « sauver » il est question de jouer à « qui moins d’impôts, gagne! « , je finirai par voter extrêmes, et tant pis si nous allons dans le mur! Et comme moi tous ceux qui s’indignent.

      1. Depuis la dernière élection européenne, la Commission européenne est issue du suffrage universel: le camp arrivé en tête des élections au Parlement européen désigne la tête de la Commission. On peut difficilement dire quand même que ce n’est pas une réforme de la Commission !!!
        C’est la droite qui a gagné. Elle applique majoritairement une politique de droite, programme sur lequel elle a gagné les élections. Cependant, la gauche participe à la coalition au pouvoir, parce que c’est la seule coalition mathématiquement possible au Parlement, compte tenu de ce que les électeurs ont voté. Sous la troisième ou la quatrième république, quand on élisait nos parlements à la proportionnelle, on avait à peu près les mêmes résultats. Ici, ce n’est pas les Traités ou quoi que ce soit qui imposent une composition de la Commission, c’est le choix démocratique des électeurs.
        L’évasion fiscale repose sur deux mécanismes: le droit international entre Etats, auquel l’Europe ne peut pas grand chose parce que ce sont les Etats et pas elle qui signent. Exemple type: la Suisse, qui en plus n’est pas vraiment dans l’Europe. Et le droit européen, où les décisions doivent se prendre à l’unanimité des Etats. Pierre Moscovici fait ce qu’il peut, et il a poussé le sujet plus loin dans le système européen que personne avant lui. Mais il y’a des Etats qui utilisent leur droit de veto… Cela fait effectivement partie des éléments sur lesquels il faudrait avancer.
        Bref: il y’a des choses à améliorer, mais beaucoup de discours à gauche sur une Europe qui serait un espèce de monstre anti démocratique et irréformable sont tout simplement factuellement faux.

        1. Oui je sais Arthur, l’Europe est dominée par la droite(via les élections), mais vous ne m’empêcherez pas de penser que les socialistes français sont suivistes quant aux décisions qui concernent la France. Sous Hollande on a continué à pratiquer le « TINA » comme si vraiment ce monde actuel qui se casse la figure au niveau climatique et aussi social, n’a pas d’autres solutions que la politique qui nous mène je ne sais pas où…
          Je continue à avoir une petite lueur d’espoir car moi qui vit au Portugal depuis 45 ans et qui a vu comment un pays se transforme du tout au tout grâce à l’Europe, avec à sa tête actuellement une équipe qui marche bien, malgré ça ou lá quelques frottements, je me dis que les prochaines élections auront peut-être un effet de surprise…

    2. Evoquer la « toute puissance de la Commission », c’est porter un regard déformé sur les réalités de la vie quotidienne de l’UE.

      Si la Commission exerce encore un rôle déterminant dans quelques secteurs tels que la concurrence ou assume des responsabilités de gestion pour la mise en oeuvre de certaines politiques, son poids s’est considérablement restreint au cours des dernières années au profit de l’action intergouvernementale des Etats membres …. « Bruxelles » étant, du reste, une nébuleuse complexe où les représentants nationaux mènent très souvent la danse.

      Le pouvoir d’ « initiative » reconnu à la Commission doit aujourd’hui largement composer avec celui d’ « impulsion » (ce terme figure dans les traités) du Conseil européen. Une lecture attentive des résolutions adoptées par le Conseil – ou le Parlement européen – fait souvent apparaître la formule: « … invite la Commission à (présenter telle ou telle proposition ou à rédiger tel ou tel rapport) ». Cela étant, si le poids politique de la Commission s’est quelque peu restreint, elle n’en conserve pas moins une « influence pédagogique » dynamique, que reflètent les nombreuses « communications » qu’elle produit – parfois sous la forme de « livres verts » – pour expliquer les politiques communautaires ou préparer le terrain à de futures actions, sans négliger, au demeurant, la pratique des consultations… malheureusement trop souvent ignorée es citoyens.

      Comme j’ai eu l’occasion de l’évoquer ici-même à diverses reprises, le jeu institutionnel de l’UE relève aujourd’hui d’une image empruntée au vocabulaire de la marine: la Commission sert de boussole, le gouvernail est fermement tenu par les Etats membres… et le Parlement européen joue le rôle de la vigie en scrutant l’horizon.

  2. Peut-être que l’élection du Spitzenkandidat pour le PSE se fera par une primaire en 2024, qui sait ?

    Pour l’heure, on notera positivement que le Parti socialiste a modifié ses statuts lors de son congrès de Poitiers pour que ce soit l’ensemble des adhérent-e-s qui vote à l’occasion de ce que l’on qualifiera de « primaire restreinte ».
    En attendant, on attendra patiemment le 19 octobre pour savoir qui s’aligne finalement pour briguer les suffrages des socialistes européens.

  3. C’est sur l’Europe que la crise du PS a commencé en 2005. C’est sur une vision erronée (« l’Europe la France en grand ») qu’elle s’est faite et des absurdités comme le refus de la concurrence libre (ce serait quoi le contraire? l’économie dirigée en régime démocratique?) que cette opposition entre deux lignes s’est maintenue jusqu’à maintenant. La motion votée par les militants le 11 octobre était en effet déjà une contorsion absurde en refusant toute alliance

    1. Sauf erreur de lecture le texte du PS refuse toute alliance avec les conservateurs petite nuance!!.Mais regardons en Allemagne comment Merkel à la tete de la grande coalition est entrain d’entrainer dans sa chute le SPD…..Alors faut il continuer dans cette demarche d’alliance????

      1. Les libéraux aussi.
        Mais en Allemagne par exemple, les socialistes avaient décidé de ne pas soutenir le gouvernement. Et Le résultat des élections était tel que sans eux, pas de majorité possible. Alors? Ils avaient le choix entre refaire des élections jusqu’à faire un score assez petit pour ne plus empêcher les conservateurs de monter leur gouvernement, ou participer. Au niveau européen c’est pareil: Sauf coup de tonnerre, il ne pourra pas y avoir de majorité « gouvernementale » sans les socialistes, ni d’ailleurs sans les conservateurs. Et donc on fait quoi? On explique au peuple qu’il vote mal?

        1. attention raisonnement dangereux: si sans les eurosceptiques aucune majorite n’est possible que fait on? On s’allie avec eux? Le voudront ils? on explique au peuple qu’il a mal voté?????????? Ce n’est pas qu’une hypotheses d’école!!!!

  4. A toutes celles et ceux que ça intéresse de participer à une dynamique de gauche progressiste paneuropénne qui a du souffle et un projet, intéressez-vous à Diem25 !
    https://diem25.org/programme-progressiste-pour-leurope/
    Et ça va même plus loin que la seule Europe :
    https://diem25.org/bernie-sanders-et-yanis-varoufakis-appellent-les-progressistes-a-sunir-contre-linternationale-nationaliste-de-trump/
    Tout le meilleur, vive l’avenir !

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