ActualitésEdito

Italie : le grand n’importe quoi

Il existe un débat parfaitement respectable entre pro et anti européens, autour de l’étendue exacte de la souveraineté dans un monde de coopérations. Ce débat a rarement lieu, et nous avons souvent à la place une défense acharnée de ce qui existe (il n’y a pas d’alternative) face à des jets de vapeurs psychotropes sur une dictature européenne écrasant les peuples. Le résultat est que pour l’heure, si le camp pro-européen peut s’appuyer sur des avancées réelles ces dernières années autour de l’Union bancaire, de la coopération de sécurité et de la lutte contre l’évasion fiscale, il n’offre aucun dessein cohérent et ambitieux. Inversement, les Exiters de tous poils se retrouvent à promettre des choses parfaitement irréalisables et très loin de toute réalité.

Nous avons vu avec consternation Marine Le Pen, députée européenne depuis une dizaine d’année et présidente de groupe, dont l’Euro est au coeur du programme depuis toujours, démontrer lors du débat présidentiel qu’elle n’en maîtrisait pas les premières bases et donc qu’en réalité elle ne s’était jamais donné la peine de s’y intéresser. Nous voyons les Brexiters vouloir une frontière, mais pas de frontière et prétendre négocier seuls des accords commerciaux plus favorables qu’en commun. Et nous voyons aujourd’hui les partis antisystème italiens se rejoindre sur un rejet européen, pour proposer, ma foi…

C’est assez surprenant. Le projet d’accord entre la Ligue très à droite, et le Mouvement 5 étoiles très quelque part a été publié par le Huffington Post. Il prévoit bien sur comme tout le monde la renégociation des Traités européens. Il prévoit également la sortie de l’Euro. Les leaders des deux formations ont immédiatement réagi publiquement pour indiquer que ce point n’était plus dans le dernier état du programme de gouvernement, la version publiée étant très préliminaire. On nous permettra tout de même d’être un peu interdit. Dans quel genre de processus gouvernemental la huitième économie mondiale change-t-elle de monnaie le lundi et plus le mercredi ? A ce niveau là, il n’est plus question de parler d’amateurisme, on est dans le n’importequoitisme le plus complet.

Ceci est parfaitement illustré par un autre point de l’accord: faire défaut sur les 250 milliards de dette publique italienne détenus par la BCE. Comprenons le slogan sur l’Europe qui suce le sang du peuple Italien, qu’il est temps de libérer de ses chaines. Mais regardons également la réalité: la BCE détient de la dette italienne parce que celle-ci a émis des titres sur les marchés mondiaux pour financer ses déficits. Lors de la crise de la dette publique, la BCE (à la demande de nombreux pays dont l’Italie) a interprété son mandat jusqu’aux limites pour pouvoir acheter ces titres sur le marché, et donc leur garantir des taux d’intérêt très bas puisque les marchés sont assurés de pouvoir les revendre à la BCE. Le fait pour un gouvernement Italien, avec une dette de 130% du PIB et des banques zombies, de rompre ce lien avec la BCE signifie donc qu’il ne pourra plus emprunter sur les marchés à des coûts raisonnables. Et là surprise ! Que contient d’autre l’accord entre les deux mouvements ? Une baisse massive des impôts (marotte de la Ligue) et une forte hausse des dépenses publiques (demande des 5 étoiles). L’accord prévoit donc simultanément un recours massif à l’emprunt et une annonce au principal garant des emprunts italiens qu’ils ne seront pas remboursés.

Ceci n’est possible que si personne n’a mis en rapport les différentes propositions, qui sont parfaitement incompatibles entre elles. Nous devons à nouveau constater que les populistes anti européens ne construisent pas une alternative, ce qui pourrait se concevoir. Ils n’agitent pas non plus des slogans avec un programme de gouvernement différent, double discours qui était au moins programmé par une frange des Brexiters. Non, le travail sur un programme de gouvernement semble n’être jamais entamé.

Tags

Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site

Articles associés

10 Commentaires

  1. Malheureusement, ce qui se passe en Italie n’a rien d’étonnant. La faiblesse intellectuelle des anti européens est abyssale. Croire que l’on pourra emprunter à nouveau après avoir refusé d’assumer sa dette est le comble de la bêtise. Mais cela marche auprès de certains! Il suffit de se déclarer antisystème, comme à l’époque où Madelin répondait « c’est le Marché » chaque fois qu’on lui posait une question embarrassante. Ce qui se passe aujourd’hui au Royaume (des)uni devrait faire réfléchir les anti européens? Mais ce n’est pas le cas, toujours par paresse intellectuelle. Le Brexit est un échec cinglant pour l’Angleterre, un Italexit sera encore plus sanglant pour l’Italie.

    1. Bon il me semble qu’il ne faut pas non plus faire croire n’importe quoi et que , entre autre, l’économie d’un pays se gère comme l’économie d’une famille (ce qu’aiment beaucoup à faire croire les libéraux aux « peuples’, pour leur expliquer que « There is no alternative »). C’est totalement faux.

      * En 2008 L’Islande se déclare en faillite … 2 ans plus tard, en 2010 (https://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/l-islande-emprunte-sur-les-marches-pour-la-1ere-fois-depuis-sa-faillite_1001127.html) , elle lève 1 milliard de $ sur les marchés.

      * Une banque centrale peut produire de la monnaie comme bon lui semble (gaffe à l’inflation), c’est aux politiques de décider quoi en faire. Depuis 2008 La BCE injecte des milliards (http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/11/06/20002-20141106ARTFIG00458-la-bce-decidee-a-injecter-1000milliards-d-euros-de-liquidites-supplementaires.php) qui partent , gràce à la dérégulation et aux politiciens en place, directement dans la finance au lieu d’aller dans l’économie réelle.

      * Dès lors qu’un objet est produit et qu’il trouve preneur une banque centrale génère son équivalent en monnaie. (https://www.lemonde.fr/economie/article/2011/09/21/banques-et-creation-monetaire-qui-fait-quoi_1575164_3234.html)

      * … etc .. etc …

      Toutes choses que Monsieur tout le monde ne peut pas faire…

  2. Puissent les mouvements populistes qui se développent au sein de l’Europe « réveiller » les européens et les mette devant leur responsabilité commune, gouvernants et citoyens !
    Nous payons aujourd’hui l’absence de ce qui aurait du etre le « ciment » de l’Europe : la SOLIDARITE ! Saurons nous en prendre vraiment conscience ?
    Le chantage économique de Donald Trump nous donne l’occasion de nous rebeller « solidairement ». L’attitude des européens dans les prochains mois sera à mes yeux déterminante
    Nous payons également la lâcheté des gouvernements nationaux qui, depuis plus de 50 ans, poussent des cris orfraie chaque fois qu’on veut leur enlever une parcelle de souveraineté pour construire une (nécessaire) souveraineté européenne ……moyennant quoi, la nature ayant horreur du vide c’est le TOUT PUISSANT MARCHE qui s’est emparé sournoisement de cette « souveraineté »et nous impose ses règles
    Il est plus que temps de « sauver l’Europe » en soutenant les pays qui font, dans ce domaine, vital pour notre avenir, des propositions concrètes ! http://sauvonsleurope.eu/1er-bilan-le-macron-de-2018-nest-plus-tout-a-fait-celui-de-2017/

  3. les difficultés économiques sont le filon des démagogues
    car en Italie il s’agit bien de démagogues, classés populistes par les plumitifs.
    Leurs promesses ne sont pas réalisables? Quelle surprise
    Les deux partis sont incompatibles sauf pour capter le pouvoir?
    Quelle surprise! N’est-ce pas le seul objectif des démagogues?
    L’argumentation rationnelle et raisonnable n’a aucune prise sur eux.
    Votre texte est juste, mais s’ils en sont conscients, la faiblesse intellectuelle n’est pas le sujet, le sujet c’est bien la réalité.
    Cette réalité va rapidement apparaître, et ils vont faire comme les grecs, comme les espagnols de Podemos, constater l’intangibilité des faits.
    Entre-temps ils auront fait des dégâts qui seront payés pas le peuple italien.

    Aucun pays de l’UE veut vire le brexit.

  4. Si je comprends bien, le Président de la République Italienne a un « droit de veto » pour la nomination du Président du Conseil qui sera bien proposé un jour par la Ligue du Nord et le mouvement Cinq Etoiles. Si c’est bien le cas ce serait un garde fou.
    Mais la situation internationale créée par la dénonciation Trumpienne de l’accord de 2015 avec l’Iran nécessite une cohésion optimale face aux USA des membres de l’Union Européenne. Qu’un pays aussi important que l’Italie flageole ne facilite certes pas cette cohésion.

    1. Son rôle constitutionnel est un peu flou. Non exactement prévu par le texte, il a émergé comme validateur des équilibres dans la constitution des gouvernements du fait de la difficulté de les former

  5. Ces antieuropéens négligent un apport considérable de l’Union européenne: la paix entre les Etats ! La France et l’Allemagne « s’étaient tapé dessus » à trois reprises en 70 ans, entre 1870 et 1940.
    Pour le reste, cette coalition est imbuvable et irresponsable, comme l’article le met bien en évidence au niveau d la gestion des fiances publiques. Et enfin, ce bouc émissaire « émigrés », prôné par la Ligue n’est que de la poudre aux yeux donné en pâture à des citoyens déboussolés.

    1. C’est un a priori abondamment utilisé par les européistes, implanté dans les opinions publiques par une propagande permanente et combiné à l’idéal « d’union des peuples », qui ont été exploités et pervertis par la tour de Babel érigée pendant des décennies qu’est en réalité cette « union » €uropéenne.
      La seule raison à cette paix durable en Europe, toute relative d’ailleurs à cause de notre asservissement à l’OTAN, est due à sa domination par les deux blocs et au concept « MAD » (mutual assured destruction), c’est à dire à la dissuasion nucléaire, qui a converti les affrontements militaires en guerre « froide » et économique…
      D’ailleurs, depuis la disparition du pacte de Varsovie et la négation de sa contrepartie avec l’extension illégitime de l’OTAN, les « causes » d’engagements se multiplient, ainsi que les attentats évidemment « terroristes ».

  6. Je suis profondément européen mais je suis lucide .l’Europe que, par leur lacheté, les gouvernants nationaux nous a faites, n’est pas l’Europe que dont je révais dans ma jeunesse .Je révais d’uine Europe solidaire que l’on aurait pu construire si l’on avait programmé, mème sur une longue période, une harmonisation sociale et fiscale .60 ans après le traité de Rome ce n’est toujours pas dans les tuyaux (à part queques timides tentatives de Macron) Je rève :ou, plutôt, je cauchemarde ! Taper sur les populistes ne sert à rien ; l’urgence est d’essayer de comprendre pourquoi de plus en plus de citoyens se laissent prendre à leurs discours .Dans le cas de l’Italie à qui, comme la Grèce, on a laissé supporter le poids d’une immigration galopante, l’explication n’est pas difficile à trouver ! SOLIDARITE où ES TU?

Laisser un commentaire

A lire également

Fermer
Fermer