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Abolition des changements d’horaires en Europe

En 1916, l’Allemagne, dans le but d’économiser l’énergie – déjà – choisit de décaler son heure pendant l’été. Elle avance ses pendules d’une heure, suivie par le Royaume Uni, puis par la France. En 1973, le choc pétrolier fait exploser les coûts de l’énergie et c’est en 1975 qu’un décret réinstaure, en France, l’heure d’été. Ces pionniers sont suivis en 1980 par de nombreux Etats-membres de l’Union européenne, mais ce n’est qu’en 2001 qu’une harmonisation européenne des horaires voit officiellement le jour. Mais de fait, dès 1996 les montres des européens avancent d’une heure le dernier dimanche de mars et reculent d’une heure le dernier dimanche d’octobre.

En dehors de ces changements d’horaires les Etats-membres sont regroupés en trois fuseaux horaires et la décision relative à l’utilisation d’un fuseau horaire relève de la compétence nationale

Selon Sylvie Royant-Parola, psychiatre, spécialiste du sommeil et Présidente du réseau « Morphée », le changement d’heure aurait un impact sur le rythme biologique. « Le changement d’heure a des conséquences sur environ 30 % de la population dans la semaine qui suit. On constate des difficultés d’endormissement et de réveil pendant trois ou quatre jours de manière aiguë et au maximum pendant une semaine. » Les plus touchés sont en premier lieu les plus fragiles : les enfants et les personnes âgées. Les enfants dorment moins bien ou sont de mauvaise humeur. « Un nombre important d’études a également souligné qu’il y avait plus d’accidents de voitures, en raison de troubles de la vigilance et de la concentration. Des travaux ont même montré aussi qu’il y avait plus de cas d’infarctus », poursuit cette spécialiste.

Les agriculteurs, enfin, sont majoritairement défavorables aux changements horaires qui perturbent leurs animaux, et notamment les vaches, habituées à une heure de traite régulière

Le 8 février 2018 le Parlement européen vote une résolution relative aux changements d’heures en Europe, « considérant qu’un certain nombre d’initiatives citoyennes mettent en lumière (c’est le bon mot) les inquiétudes des citoyens en ce qui concerne le changement d’heure semestriel », et « considérant qu’il est essentiel de maintenir un régime unifié au sein de l’Union européenne… » le Parlement européen demande à la Commission européenne une « évaluation en profondeur des textes et de présenter une proposition de leurs révisions ».

Large consultation de la Commission européenne :

Dans la volonté de rapprocher l’Europe des populations, la Commission européenne a lancé une consultation en ligne du 4 juillet au 16 août 2018. 4,6 millions de réponses ont été reçues provenant des encore 28 Etats-membres sans compter les personnes n’ayant pas, pour différentes raisons, la capacité technique de réagir en ligne. 84% des répondants ont plébiscité la fin du changement d’horaire semestriel. La Commission européenne va en conséquence élaborer – comme c’est son rôle – une proposition législative qui sera présentée au Parlement européen et au Conseil qui devront décider ensemble de la suite à y donner.

La pratique des consultations de la Commission européenne n’est pas nouvelle : les consultations relatives aux projets de directives (Lois) « Oiseaux/habitats » ont réuni plus de 550 000 réponses et celle sur la modernisation de la Politique Agricole Commune – PAC – plus de 320 000 réponses.

En tous cas dans son discours sur « l’état de l’Union » le 12 septembre dernier, Jean-Claude Juncker le Président de la Commission européenne a été clair : « le changement d’heure doit être aboli. Les Etats membres, conformément au principe de subsidiarité, doivent décider eux-mêmes si leurs citoyens vivront, de manière définitive, à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver… Le temps presse. » La décision devra être prise avant les prochaines échéances des changements d’heures en 2019 par chacun des Etats-membres.

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Jean-Pierre Bobichon

Jean-Pierre est membre fondateur de Sauvons l’Europe, et Conseiller auprès de l’Institut Jacques Delors

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8 Commentaires

  1. Jean-Pierre Bobichon ayant considéré que mon récent commentaire sur Jacques Delors – et l’euro – permettait de mettre ou de remettre les pendules à l’heure, je lui retourne le compliment en regard de cette intéressante réflexion sur une autre face des pendules.

    En plus de développements pertinents sur l’état de la question, on notera la judicieuse incidente rappelant la pratique – trop souvent ignorée des citoyens – des consultations publiques auxquelles recourt périodiquement la Commission européenne pour alimenter la préparation de ses propositions. Quantités d’exemples autres que ceux cités par l’auteur mériteraient en effet d’être évoqués, nuançant ainsi l’image d’une institution travaillant en vase clos dans un confort purement technocratique. Mais là, nous touchons à la problématique délicate d’une forme de « désinformation par omission », bien souvent à l’origine des procès d’intention intentés à l’encontre de l’exécutif bruxellois. Une telle problématique mériterait à elle seule une chronique détaillée…

    L’article met également en évidence la marge d’appréciation laissée aux Etats membres pour se déterminer par rapport à l’ « heure de base » à choisir. On peut espérer qu’un souci d’harmonisation, encouragé par d’indispensables concertations, présidera à ces choix. Sinon, on risquerait de se retrouver dans la situation qui a prévalu au moment où la France faisait oeuvre de « pionnière » en instaurant, en 1976, le découplage « heure d’été/heure d’hiver ». La question était loin d’être innocente pour les travailleurs frontaliers: par exemple, ceux qui quittaient leur lieu de travail en France à 18 h arrivaient à Bruxelles… à 18 h !… tandis que, dans l’autre sens… 🙁

    Reste donc à espérer que l’annualité en continu ayant définitivement retrouvé droit de cité, le ressortissant de ladite cité, celui qu’on appelle « le citoyen », pourra s’écrier :  » à la bonne heure ! »

  2. Allez!!! On est reparti comme au millénaire précédent sur le n’importe quoi au sujet de l’heure d’été, et la Commission européenne s’en occupe, comme si elle n’avait pas de sujets plus importants pour nos sociétés comme par exemple des droits sociaux harmonisés au plus haut et une fiscalité unifiée et juste!
    Cette heure d’été, différenciée de l’heure d’hiver, permet sous nos latitudes de profiter au maximum de la clarté du jour, à la fois pour profiter de l’extérieur et pour économiser l’éclairage. Pour ce qui est de l’adaptation au changement, c’est à la portée de tous les petits enfants, des chats d’appartement, et des vaches, quitte à l’étaler sur 2 ou 3 jours. Sinon cela voudrait dire qu’un habitant de Strasbourg ne peut aller passer une semaine de vacances à Brest et réciproquement!

  3. je suis completement favourable à la situation actuelle et je pense que a Bruxelles ils ont de choses plus importantes a faire que s’occuper de ce probleme. Par example de la concurrence fiscale pur les entreprises parmi les different Pays de la Communauté

    1. On peut comprendre votre préoccupation ainsi que celle de M.Rambion… sauf à rappeler qu’en l’état actuel de la répartition des compétences au sein de l’UE ce sont juridiquement les Etats membres qui gardent essentiellement la main dans les matières fiscales et sociales. Cela, certes, n’empêche nullement la Commission de préconiser des avancées dans le sens que vous indiquez….

  4. Merci à J-L Rambion pour ses remarques de bon sens. Pauvres chochottes d’Européens qui ne peuvent pas supporter cette grave dérégulation bi-annuelle de leur assoupissement chronique ! A cette aune, nous ne sommes pas près de sortir de notre égoïsme face aux drames qui nous menacent.

  5. L’heure d’été est une hérésie parce qu’elle n’est pas synchronisée avec notre horloge biologique. Celle qui s’en rapproche le plus est l’heure d’hiver; l’idéal étant l’heure solaire.

    1. Tout-à-fait d’accord avec vous sur l’heure biologique ! On connaît depuis l’antiquité l’influence du soleil et de la lune sur la nature, animaux et humains compris.
      L’heure d’été est extrêmement pénalisante pour les personnes fragiles et notamment les enfants qu’il est impossible de coucher quand il fait grand jour, au troisième trimestre.. Tous les enseignants vous le diront.
      Elle est pénalisante également pour les actifs qui se lèvent à l’aube, et qui ne peuvent pas dormir quand tous les autres « profitent » des longues soirées d’été..
      Il convient donc de revenir à l’heure d’hiver, l’idéal étant même de remettre l’Europe à l’heure du soleil afin de réguler au mieux l’horloge biologique de chacun.

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